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Claire Oppert, la musique pour soigner les maux

Claire Oppert, la musique pour soigner les maux

Un article rédigé par Alice de Germay - Radio Notre Dame, le 5 juin 2026 - Modifié le 5 juin 2026

Allier la rigueur du violoncelle classique à la douceur des soins palliatifs : c'est le magnifique chemin de vie emprunté par Claire Oppert. Violoncelliste de renommée internationale, diplômée du prestigieux Conservatoire Tchaïkovski de Moscou, elle consacre une grande partie de sa vie à faire résonner son instrument au chevet des patients les plus vulnérables. Pour notre émission Portrait, elle revient sur le pouvoir transformateur des vibrations et sur cette intuition devenue une étude scientifique majeure : le "pansement Schubert".

Couverture du livre : Le pansement de Schubert, Claire OppertCouverture du livre : Le pansement de Schubert, Claire Oppert

De la beauté au soin

Petite fille, Claire Oppert grandit dans un univers particulièrement propice à l'éveil des sens. Baignée dans la musique, elle grandit aux côtés de parents qui unissent l'art et la médecine, un milieu profondément imprégné de beauté. Après avoir débuté par le piano, elle fait la rencontre du violoncelle à l’âge de 8 ans. C’est un coup de foudre immédiat et définitif. Au fil des années, en pratiquant son instrument, elle prend progressivement conscience du pouvoir transformateur du son et de la musique lorsque celle-ci est mise au service du soin.

Formée plus tard à l’art-thérapie, elle garde en mémoire une première expérience marquante survenue alors qu'elle n'avait que 14 ans. À l’issue de son tout premier concert, une femme s’approche d'elle et lui glisse cette phrase bouleversante : « Si vous aviez été médecin, vous m’auriez guérie. » Avec le recul et beaucoup d'humilité, la violoncelliste nuance : « Bien sûr que je ne l’aurais pas guérie, car mon violoncelle ne guérit aucune pathologie grave. Et pourtant, cela a été le point de départ d’une prise de conscience que la musique rejoint en chacun de nous une part vivante, intacte et non malade. »

Après ses études de haut niveau au conservatoire de Moscou, une rencontre fabuleuse vient donner des racines et une pratique à son rêve d'enfant. Elle croise la route d'Owen Belton, un grand psychologue clinicien spécialisé dans l’autisme et compositeur reconnu. Durant sept ans, elle travaille à ses côtés auprès de patients au sein d'un centre spécialisé. Au début, Owen Belton trouve presque ridicules les études académiques de médecine, estimant que l’intuition qui guide Claire avec son violoncelle auprès des patients est bien plus puissante que n'importe quel bagage théorique. Finalement, il finit par « lever l’interdiction d’apprendre » et encourage la musicienne à intégrer la faculté de médecine de Tours. Ce diplôme lui apporte des outils précieux, lui permettant de mettre des mots et des quantifications scientifiques sur les expériences empiriques qu’elle menait sur le terrain.

Le "pansement Schubert" : la science valide l'invisible

C'est en 2011, lors d'une visite dans un Ehpad parisien, que naît véritablement l'expérience du "pansement Schubert". Claire Oppert vient y jouer pour des personnes atteintes de démences graves. Elle se retrouve face à une résidente extrêmement agressive et douloureuse, que les infirmières ne parviennent pas à calmer pour effectuer ses soins. Spontanément, la violoncelliste commence à jouer le thème de l'Andante du Trio de Franz Schubert.

L'effet est radical. Dès les premières notes, la patiente s'apaise instantanément et abandonne son bras aux soignantes, permettant de réaliser le pansement en quelques minutes à peine. À la fin du soin, une femme se tourne vers la musicienne et lui dit : « Il faudra revenir pour le pansement Schubert. »

Je pense que la musique fait résonner quelque chose qui est à l’intérieur des personnes malades et qui permet d’éprouver à la fois la vie, la paix et parfois la joie. 

Pour valider scientifiquement ce miracle du quotidien, Claire Oppert s'associe au docteur Jean-Marie Gomas pour lancer une étude clinique officielle baptisée l’« étude pansement Schubert ». Cette recherche observe rigoureusement l’impact de la musique vivante, de Schubert mais aussi d'autres compositeurs, sur la douleur des patients lors de gestes médicaux douloureux.

Une expérience spirituelle et corporelle qui tisse des liens

Les résultats de l'étude clinique apportent des preuves concrètes : la douleur ressentie diminue de 10 à 50% lorsque le violoncelle résonne dans la pièce. Au-delà des chiffres, l’impact se propage à l'ensemble de l'équipe médicale. Les soignants se sentent plus harmonieux, adoptant des gestes plus précis et plus doux. La musique démontre que l'on n'a pas toujours besoin de sa tête pour éprouver des émotions. Des personnes atteintes de démence avancée, incapables de reconnaître leur propre fille, retrouvent ainsi instantanément les paroles de chansons oubliées dès que la mélodie retentit.

Pour Claire Oppert, la musique est une expérience globale : « Elle est à la fois corporelle et puis psychologique, sensorielle tout d’abord, et c'est aussi une expérience spirituelle. Cette globalité prend d'abord racine dans le corps. » Lorsque le violoncelle résonne, les liens entre le souffle de la musique et celui des patients se synchronisent, modifiant leurs paramètres respiratoires et amplifiant leurs respirations thoraciques.

En fin de vie, la musique tisse des liens extrêmement serrés. Certes, elle ne change pas l'issue finale, elle ne refuse pas la mort et n'efface pas totalement la réalité de la maladie. Pourtant, elle possède un pouvoir fédérateur et reliant unique. Grâce à elle, les familles et les soignants reprennent pleinement conscience de la présence au monde de leur proche, baigné dans une atmosphère de dignité. C'est ce dialogue profond et passionné, semblable à celui qui anime les œuvres de Robert Schumann, un compositeur romantique que Claire Oppert affectionne tout particulièrement, qui continue de soigner les âmes lorsque les corps s'éteignent.

Pour retrouver son livre : Le Pansement Schubert , Claire Oppert 

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Portrait
©RCF
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