Chrétiens dans un monde violent : que nous apprend le Livre de Nahum, dans la Bible ?
La violence est très présente dans le Livre de Nahum. On se demande même pourquoi ce texte fait partie du canon des Écritures. Et si ce "petit prophète" de la Bible, vivant au VIIe siècle av. J.-C., apprenait aux chrétiens du XXIe siècle à trouver l'espérance dans un monde violent ?
Veillée de prière pour la paix et les chrétiens d'Orient, église Notre-Dame du Liban. Paris, 15 avril 2026. ©Corinne Simon / Hans LucasQuand elle est entrée au monastère, il y a quarante-trois ans, Sœur Christine Conrath a "découvert que là, il faut se convertir. Il faut changer son cœur, changer son regard sur l’autre. Et il me semble que le prophète Nahum, dans l’intimité de sa prière, se confie à Dieu, en disant : Seigneur, est-ce que tu peux m’aider à lire les événements et à changer mon regard sur l’autre, sur moi-même et le charger d’espérance ?"
Dans LA BIBLE NOUS PARLE, la religieuse bénédictine propose une interprétation du Livre de Nahum. Un livre de l’Ancien Testament qui semble a priori d’une grande violence. La religieuse nous montre qu’en réalité il nous parle d’espérance. Et il nous aide, nous lecteurs du XXIe siècle, à trouver des raisons de croire quand le monde semble si chaotique.
"Travailler la non-violence" : au cœur de la vie bénédictine
Sœur Christine Conrath vit depuis 43 ans selon la Règle de Saint-Benoît, qui rythme le quotidien à l’abbaye de Jouarre, en Île-de-France. Chaque jour, après le lever, il y a la prière, puis le petit-déjeuner, puis la lectio divina… Mais une fois qu’on a fait cela, "on a encore rien dit et rien fait !" assure la moniale. "Le vrai enjeu, c’est : Seigneur, que je te fasse confiance et que j’aime l’autre quel qu’il soit pour construire la paix, aujourd’hui et demain, dans un monde qui est vraiment traversé par des violences presque insurmontables, semble-t-il."
"Une vie bénédictine, explique Sœur Christine Conrath, c’est la vie d’une communauté, donc ce sont des pauvres gens, des pauvres types, qui ont été appelés à faire communauté ensemble. Et tout mon travail, ce sera justement d’accepter de construire une communauté par-delà les tensions, de s’aimer, de travailler cette non-violence qui fait que, à mon avis, c’est la seule chose qui permette de vivre."
En tant que secrétaire de l'Alliance InterMonastères (AIM) de 2017 à 2025, Sœur Christine Conrath a pu voyager dans de nombreux pays où les chrétiens sont persécutés. Plus largement, elle constate que la violence est "partout, aussi en France. Notre responsabilité, dit-elle, est vraiment, nous chrétiens, de suivre le Christ en disciples là où il nous a mis et de combattre cette violence par un désarmement intime très, très difficile mais c’est incontournable."
Si le Livre de Nahum est violent, pourquoi est-il dans la Bible ?
C’est parce que le Livre de Nahum fait écho à notre monde, marqué par la violence, que Sœur Christine a choisi de le commenter dans La Bible nous parle. Nahum fait partie de ceux que l’on appelle les douze "petits prophètes" de l’Ancien Testament - "petits prophètes" car leurs textes sont courts, par rapport à ceux d’Isaïe ou de Daniel, les "grands prophètes".
Cela n’empêche pas les pages du Livre de Nahum d’atteindre un degré de violence destructrice assez impressionnant. Il y est question de l’empire assyrien, "l’empire qui a développé en premier dans l’histoire, semble-t-il, une telle capacité de violence, décrit la religieuse. Ce qui me frappe dans le texte de Nahum, c’est ce bruit de guère, le bruit des armes, et cette image… C’est comme un film d’horreur, on a tous les détails !"
Dès lors, on peut se demander pourquoi ce livre figure dans le canon chrétien des Écritures ? Il fait aussi partie du Tanakh - c’est-à-dire l’acronyme de : Torah (Pentateuque), Nevi'im (Prophètes) et Ketouvim (Hagiographes), qui forment la Bible hébraïque. "Peut-être que, justement, le Seigneur tient beaucoup à ce que ça soit dans la Bible." Et si ce "cri des gens qui sont écrasés à Ninive", il fallait le pleurer ? "Il faut pleurer les gens qui sont écrasés aujourd’hui... Il y a tant et tant de pays où les gens hurlent de souffrance !"
L'espérance dans le Livre de Nahum
Le Livre de Nahum commence avec ce verset : "Proclamation sur Ninive. Livre de la vision de Nahoum, du village d’Elqosh." En hébreu, "Nahum" signifie "le consolé, le réconforté". Quant à "Elqosh" - dont on ne sait pas bien où c’est, précise Sœur Christine Conrath - cela veut dire : "cet endroit dont on n’attend plus de fruit, où il n’y a plus d’espoir". Le Livre de Hanum est donc le texte d’un homme consolé mais qui vient d’un lieu sans espoir. Et qui va commencer par parler d’un Dieu jaloux, vengeur, qui ne va rien laisser d’impuni.
En réalité, le Livre de Nahum est un poème. Un poème alphabétique, nous apprend la moniale, puisque les premières lettres de chaque verset suivent l’alphabet hébreu. "C’est le signe que ce poème est un peu comme un psaume, lu dans la liturgie. Donc c’est à mettre à part, ce n’est pas une prophétie comme les autres, ça va être plutôt un chant non pas d’accusation mais d’espérance."
Nahum était un prophète originaire de Galilée, qui a sans doute écrit ses prophéties au VIIe siècle av. J.-C. "C’est un homme qui fait l’expérience que le Seigneur est auprès de lui, qui fait l’expérience de la confiance jusqu’au bout, par-delà ce qu’on voit. Arriver à discerner les signes de l’espérance dans l’aujourd’hui, n’est-ce pas être prophétique aujourd’hui comme au VIIe siècle avant Jésus-Christ ?"


Une émission pour découvrir, ou redécouvrir, la Bible via des entrées thématiques comme l’amour, la mort, le pardon... Des questions sur l’humanité auxquelles nous sommes confrontés tout au long de notre vie et dont la Bible peut nous donner des éléments de réponse.


!["C'est [la grâce] de la paix que nous venons mendier à travers les six conférences de Carême de l'année jubilaire 2025", a déclaré Mgr Laurent Ulrich. © Image KTO](https://assets.radiorcf.com/styles/304x171/assets/2025-03/Les-conferences-de-Careme-honorent-Marie-reine-de-la-paix-RCF.jpg.webp)

