Carême 2026 : 3 questions à Monseigneur François Touvet
40 jours pour se préparer à Pâques. Le Carême a débuté mercredi. Ce temps de prière, de jeûne et de partage attire de plus en plus de jeunes.
Monseigneur François Touvet, évêque du diocèse de Fréjus-Toulon. Photo TSLe Carême s'est ouvert ce 18 février. Si elle est difficile à quantifier, c'est une tendance qui semble se vérifier : de plus en plus de jeunes assistent aux messes du mercredi des Cendres qui lancent cette période de 40 jours destinée à se préparer à Pâques. Une tendance qui réjouit Monseigneur François Touvet mais qui demande pour l'évêque du diocèse de Fréjus-Toulon d'être accompagnée
RCF : D'après les témoignages que l'on peut entendre, la recherche de sens dans un monde où tout va très vite, trop vite parfois, explique ce regain d'intérêt pour le Carême et plus largement la foi. Cette dernière semble de nouveau perçue par certains comme un socle. Comment percevez-vous cela ?
Monseigneur François Touvet : Je crois effectivement que, que ce soit dans le domaine social, le domaine économique ou les questions internationales, les jeunes sont en recherche de sens parce qu'ils prennent conscience que le monde parfait qu'on leur a vendu ou promis est en fait un monde qui marche sans boussole. Et donc la recherche de sens se traduit aussi par une aspiration religieuse qui existe dans le cœur et dans l'intelligence de toute personne humaine.
Une aspiration qui dépasse les préoccupations immédiates, les préoccupations matérielles. Et l'Eglise catholique veut être au rendez-vous en accueillant ces nombreux jeunes qui viennent célébrer les Cendres et suivre tout un parcours de Carême sans quelquefois bien connaître ce dont il s'agit, ce qui est assez étonnant aussi.
On essaie bien sûr de les introduire dans la réalité de ce Carême, la réalité de la vie chrétienne en leur enseignant aussi le cœur de la foi chrétienne parce qu'il ne faudrait pas que cette demande en reste à la recherche d'une performance privée sur soi-même par exemple. Il ne s'agit pas simplement d'obéir à des prescriptions juridiques, de savoir comment il faut prier, à quelle heure il faut prier, dans quelle position il faut prier, non.
Il ne s'agit pas simplement d'obéir à des prescriptions juridiques
Le Carême c'est tout un ensemble, c'est un parcours spirituel qui va s'adosser sur des points de référence comme le renoncement à soi, à certaines choses qui peuvent nous accaparer pour être davantage ouvert à Dieu et aux autres. Donc il faut accompagner ces demandes surtout chez des jeunes qui nous disent "je voudrais faire un bon carême, un vrai carême, dites-moi comment il faut faire".
Souvent décriés, les réseaux sociaux semblent jouer un rôle important dans ce regain d'intérêt pour le Carême. Certains jeunes s'encouragent entre eux. Il y a aussi de nombreux influenceurs chrétiens. Quel regard vous portez vous là-dessus ?
Je suis convaincu que les réseaux sociaux jouent un grand rôle dans cette large mobilisation de jeunes pour venir vivre le Carême. Je constate moi-même aussi cette influence de certains prédicateurs, de certains témoins, des chrétiens, des catholiques qui insistent sur la nécessité de revenir à Dieu. C'est l'objectif du Carême. Le rôle de l’Église est d'accompagner ces jeunes pour qu'ils découvrent, pas simplement l'assemblée le mercredi des Cendres, mais aussi la communauté qui se rassemble et qui continue de se rassembler et qui va progresser pendant tout le temps du Carême et au-delà, qu'ils découvrent dans l'Eglise une véritable communauté humaine, fraternelle, accueillante, ouverte qui n'est pas enfermée dans des principes stricts et étroits mais qui va vraiment manifester cette ouverture.
Qu'ils découvrent dans l'Eglise une véritable communauté humaine, fraternelle, accueillante, ouverte
C'est comme la mission d'un éducateur. Quand on a des enfants dans une classe ou un groupe scout, on essaie de les faire grandir, de les faire aller plus haut, plus loin, de leur faire découvrir toute la beauté de la vie.
Il faut quand même dire que sur les réseaux sociaux et parmi les influenceurs, il y a aussi à boire et à manger. Donc il faut être toujours très prudent et ne pas tout prendre pour parole d'évangile.
Vous comparez dans une vidéo, diffusée sur le site du diocèse de Fréjus-Toulon, le Carême à un entraînement sportif. Pourquoi ?
On peut aussi faire la comparaison avec l'entraînement d'un musicien, qui doit reprendre les mêmes morceaux tous les jours ou d'un étudiant qui prépare un examen ou un concours important.
Le thème de l'entraînement me semble effectivement parlant. Saint Paul lui-même parle de la vie chrétienne comme d'une course. Il faut courir l'épreuve jusqu'au bout afin de gagner la couronne de la victoire. Donc le Carême, c'est un temps d'entraînement. Un entraînement au combat spirituel. Et pour s'entraîner, on le sait bien, il faut s'appuyer sur les autres qui savent nous donner des bons conseils. Et puis il faut se donner des moyens concrets. L'Eglise nous parle de ces trois p : la prière, le partage et la pénitence. On dit aussi la prière, l'aumône et le jeûne.
Et le pape Léon XIV a renchéri il y a quelques jours dans son message de Carême, en invitant aussi tout le monde à jeûner pour trouver la véritable faim de l'essentiel, du sens de la vie dont nous parlions. Et puis à s'abstenir aussi des paroles méchantes qui tuent, qui blessent. Il y a tout cet effort conjugué sur les trois repères. La prière, pour s'ouvrir à Dieu, être présent à Dieu, écouter Dieu, méditer sa parole. Le jeûne, c'est pour renoncer à tout ce qui nous accapare et nous empêche d'aller plus loin et plus haut, de nous ouvrir à Dieu et aux autres. Et puis l'aumône, c'est de donner sa vie. Parce qu'en donnant notre vie, en laissant la place aux plus pauvres, aux plus fragiles, nous sommes là justement dans l'essentiel et dans le sens de la vie.
