Bible : sur les pas de saint Augustin avec Léon XIV
À ce jour, Léon XIV n'a pas encore publié de texte programmatique pour son pontificat. Cependant, plus d'un an après son élection, on remarque qu'il cite très souvent saint Augustin dans ses prises de paroles. Comme lui, le pape semble porter "le souci de l’unité du genre humain, qui passe par une fraternité." Et pour l'évêque d'Hippone, l'écoute et la lecture de la Bible permettent de trouver une paix intérieure.
Saint Augustin a compris que les Écritures "nous parlent de ce que je suis et de là où je vais". ©Vatican mediaLéon XIV est entré dans l'ordre de Saint-Augustin il y a près de 50 ans, en 1977. Son élection à la tête de l’Église catholique a remis sur le devant de la scène la pensée et spiritualité augustiniennes. Même si les catholiques n’avaient pas attendu ce nouveau pape pour lire les textes de l’un des plus éminents penseurs du christianisme. Cela fait plusieurs années que des artistes - Gérard Depardieu, Gad Elmaleh, ou ces tempos-ci, Brigitte Fossey - expriment leur intérêt pour ses textes dont ils font la lecture en public. Qu’a-t-il de si passionnant à nous dire ? Et que nous apprend-il des Écritures ?
Saint Augustin : pourquoi est-il si connu ?
Ce qui a contribué à faire connaître l’évêque d’Hippone, c’est déjà sans nul doute le nombre de textes que l’on a conservés de lui. "Il était attentif à conserver dans une bibliothèque ce qu’il rédigeait", décrit Alban Massie. Augustin d'Hippone (354-430) était vraisemblablement très écouté puisque ses sermons ont été souvent retranscrits. "Son génie était tel, ses interprétations des livres, ses commentaires bibliques, étaient tellement appréciés et faisaient autorité, que l’on a gardé cela dans les siècles."
Ce Père de l'Église est l’un des plus grands auteurs chrétiens. Il a contribué à formuler la doctrine de l’Église. Mais c’est aussi un grand écrivain. Avec son autobiographie, ses "Confessions", Augustin a en effet été pionnier dans cette façon de se raconter. "Cela a touché des lecteurs tout au long de siècles. On l’a appelé le grammairien de la littérature en Europe", nous dit le prêtre jésuite Alban Massie, théologien et directeur de la Nouvelle revue théologique (NRT).
En octobre 2025, Alban Massie a donné une série de conférences aux Facultés Loyola Paris sur le thème "Augustin : un penseur pour temps de crise". Il participe à l’édition des œuvres complètes de saint Augustin dans La Bibliothèque augustinienne, dont il nous rappelle la grande modernité.
L'héritage de saint Augustin chez Léon XIV
Le pape que les cardinaux ont élu le 8 mai 2025, est le premier issu de l’ordre de Saint-Augustin, fondé au XIIIe siècle à partir des règles dictées par Augustin. L’évêque d’Hippone était aussi moine, "il avait besoin de retrouver sa communauté monastique, l’idéal de la vie des Actes des Apôtres". Alban Massie rappelle qu’être moine c’est "être unis les uns aux autres, être comme une seule personne dans une communauté". Léon XIV a eu lui aussi un idéal de vie religieuse avant d’être appelé par son Église à devenir évêque.
Aujourd’hui, les dominicains, les chanoines Prémontrés de saint Norbert, les Assomptionnistes… de très nombreux ordres apostoliques vivent selon la Règle de saint Augustin. Une règle très courte, dont l'axe central est sans doute "la fraternité. Elle est très importante dans la règle de saint Augustin, observe Alban Massie, et cette fraternité, elle ne se vit que par la charité."
Il y a aussi la place importante accordée à l'écoute ou la lecture de la Parole de Dieu. "Lire l’Écriture, c’est vraiment trouver un chemin pour accomplir, ce qui est dans l’Écriture, la loi de Dieu, la loi qui est la loi de charité, la loi de l’amour de Dieu et du prochain." Il semble porter comme Augustin "le souci de l’unité du genre humain, qui passe par une fraternité, précise Alban Massie. Pas de paix civile sans une concorde vraiment intérieure."
Certains médias de la presse catholique ont relayé les rumeurs persistantes annonçant la parution prochaine de la première encyclique de Léon XIV. Officiellement toutefois il n’existe pas encore de "de texte véritablement programmatique" de Léon XIV pour son pontificat. "Je pense que ce sera cet idéal d’une concorde de l’humanité", prévoit Alban Massie. Ce que pourrait confirmer le titre de sa première encyclique dont on dit qu’il pourrait être : "Magnifique humanité".
Quoiqu’il en soit, un tel programme serait le bienvenu. "À l’heure où les structures internationales ne suffisent plus à réguler les relations entre États, je crois que Léon XIV a un programme en tout cas devant lui, de réunifier l’humanité."
"La Bible répond à notre soif de sens"
Lors de son audience générale du 11 février 2026, Léon XIV a affirmé : "La Parole de Dieu répond à notre soif de sens, de vérité sur notre vie." Lui qui est si familier de l’œuvre d’Augustin ne peut ignorer que la Bible était précisément "l’une des difficultés de la vie d’Augustin. Il trouvait qu’il n’y avait pas de sens dans la Bible."
Avant de se convertir au christianisme, Augustin "s’est converti intellectuellement à la philosophie". À l’âge de 19 ans, il a été séduit par les œuvres de Cicéron et s’est senti appelé à une vie de sagesse. Il a ensuite adhéré au manichéisme, religion fondée par Mani, au IIIe siècle - qualifiée d'hérésie par l'Église. La Bible des manichéens, qui exclut l’Ancien Testament, "ne garde du Nouveau Testament que le message moral, les Béatitudes et une vie chrétienne faite d’ascèse et l’organisation ecclésiale. Augustin va être séduit parce que finalement c’est très simple pour lui, il n’y a pas de lecture autre que respecter le texte dans sa littéralité."
Puis, Augustin a rencontré, grâce à sa mère sainte Monique, saint Ambroise de Milan, qui lui a fait redécouvrir la Bible. Il a compris que les Écritures "nous parlent de ce que je suis et de là où je vais. La Bible nous parle de l’éternité, du Royaume, de tout cela et de moyens pour y arriver." Il est devenu un maître de l’interprétation des Textes saints.
Se demander par exemple qui parle quand on lit la Bible, "c’est un des points essentiels des interrogations d’Augustin". C’est ce que l'on appelle l’exégèse prosopographique : tenter de réponse à la question Qui m’interpelle quand je lis la Bible ? "Est-ce le Christ, l’Église, le Père ? Ça peut être les ennemis... Au fond, Augustin, par sa propre vie, sait que lui-même était présent dans tous ces personnages. Il s’est cru tout-puissant, il s’est cru l’ennemi de Dieu…" Cette méthode de lecture invite à une grande introspection.


Une émission pour découvrir, ou redécouvrir, la Bible via des entrées thématiques comme l’amour, la mort, le pardon... Des questions sur l’humanité auxquelles nous sommes confrontés tout au long de notre vie et dont la Bible peut nous donner des éléments de réponse.




