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Fête du corps et du sang du Christ : la nourriture, lieu de rencontre avec Dieu

Fête du corps et du sang du Christ : la nourriture, lieu de rencontre avec Dieu

Un article rédigé par Pauline de Torsiac, avec OR - RCF, le 31 mai 2026 - Modifié le 7 juin 2026
B. A. -BA du christianismeLes symboles de la nourriture dans la Bible

Ce dimanche 7 juin, c'est la Fête-Dieu, aussi appelée fête du Saint Sacrement du corps et du sang du Christ. Pour un chrétien, le rapport à la nourriture a une importance particulière. Manger, c'est "sans doute l’acte le plus incarné que nous posons dans notre vie quotidienne". Pour comprendre cela, il faut se référer à la symbolique des aliments dans la Bible.

"La nourriture est sans doute l’acte le plus incarné que nous posons dans notre vie quotidienne." ©Stéphane Ouzounoff / Hans Lucas"La nourriture est sans doute l’acte le plus incarné que nous posons dans notre vie quotidienne." ©Stéphane Ouzounoff / Hans Lucas

Lors de la messe de la fête du Saint Sacrement du corps et du sang du Christ, les fidèles peuvent communier sous les deux espèces : manger l'hostie et boire le vin consacrés. Considérer la messe comme un repas auquel on est invité, cela trouve son origine dans la Bible, où la nourriture est souvent évoquée. 

Le pain azyme, la manne au désert, les fruits du jardin d’Éden, le vin... Nombreux sont les aliments à la dimension symbolique forte. Les récits bibliques utilisent la nourriture pour parler de la vie, de l'alliance, du partage, mais aussi de tentation ou de transformation intérieure. Et pour un chrétien, il y a dans la nourriture un enjeu spirituel fort, celui de la rencontre intime avec le Christ.

La nourriture dans la Bible : pourquoi est-elle si importante ?

Pourquoi la Bible parle-t-elle si souvent de nourriture ? "La nourriture est sans doute l’acte le plus incarné que nous posons dans notre vie quotidienne", nous dit le Père Charles Antoine Fogielman, docteur en sciences des religions, théologien, enseignant à l'Institut supérieur de sciences religieuses (ISSR) et au Collège des Bernardins. "La façon dont nous vivons la nourriture a une place particulière dans notre relation avec le Christ parce qu’elle est au centre de notre rencontre avec lui."

L’incarnation est un dogme pour les chrétiens, c’est-à-dire une vérité selon laquelle Jésus est Dieu incarné en Homme. Ainsi, la religion chrétienne accorde une grande importance au corps. Et si l’eucharistie est importante dans la vie de foi des chrétiens, c’est parce qu’elle permet "notre rencontre la plus intime avec le Christ". Tout croyant aspire à cette rencontre. Le Père Fogielman rapporte que saint Augustin déclare dans ses Confessions que lorsque "ce n’est pas une nourriture ordinaire que nous assimilons à notre corps, c’est nous qui sommes assimilés au corps du Christ".

Ce n’est donc pas anodin pour un chrétien de lire dans la Bible que Dieu se révèle à travers la nourriture. Cela "prépare la façon dont nous le rencontrons nous personnellement".

 

Le pain pour subsister

L’aliment le plus symbolique de la Bible c’est certainement le pain. Il tient une place centrale dans la liturgie chrétienne. "Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel, dit Jésus lui-même dans l’Évangile, si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement." (Jn 6 , 35) Jésus dit qu’il est "un pain de nature supérieure à celui que les Israélites ont connu", explique le théologien. Dans une perspective chrétienne, "atteindre la rencontre avec le Christ", c’est "découvrir un monde supérieur". 

Quand il récite la prière du Notre Père, le chrétien formule plusieurs demandes. La quatrième concerne le pain : "Donne-nous notre pain de ce jour." Le Père Charles Antoine Fogielman précise que le mot grec "epiousion", généralement traduit par "de ce jour", saint Jérôme le remplace par "sursubstantiel" ou "supersubstantiel". C’est-à-dire que le pain que l’on demande à Dieu est "d’une nature plus élevée ou plus haute que celle que nous connaissons dans le monde au quotidien".

Le pain auquel font référence les évangélistes est bien sûr le pain azyme, à l’origine de l’hostie. Dans la tradition catholique en particulier, l’hostie est bien un morceau de pain sans levain. C’est lors de la sortie d’Égypte, moment fondateur dans l’histoire du judaïsme raconté au Livre de l’Exode, que l’on trouve ce pain. "Pendant sept jours, tu mangeras des pains sans levain." (Ex 13, 6)

Puis, lors de la traversée du désert durant quarante ans, les Hébreux reçurent mystérieusement une manne. "Les fils d’Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu’à leur arrivée en pays habité." (Ex 16, 35) Littéralement, le mot hébreu signifie "Qu’est-ce que c’est ?" Et c’est Moïse qui déclare que c’est du pain donné par Dieu (Ex 16, 15). Le pain, "c’est ce qui permet de marcher jusqu’à un but désiré, vers la terre promise, un aliment de l’entre-deux, qui permet de subsister jusqu’à ce qu’on atteigne le but désiré".

 

Halte spirituelleLes catholiques et la messe (3/5) : Jésus présent dans l'hostie

Le vin et la terre promise

Dans la liturgie chrétienne, le vin accompagne le pain. Il évoque la joie mais c’est aussi le sang versé de Jésus. Mais avant sa Passion, le vin fait l’objet d’un miracle. C’est même selon l’évangéliste Jean, le premier miracle que Jésus accomplit. "Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui." (Jn 2, 11)

"Dans la Bible, le vin, c’est d’abord l’aliment de la fête." Durant leur traversée du désert, les Hébreux n’ont pas pu cultiver la vigne. "Le vin restait l’aliment que l’on consommerait une fois qu’on serait sur la terre promise, une fois qu’on aurait pris possession de ce lieu promis par le Seigneur." Au chapitre 13 du Livre des Nombres, Moïse "envoie des hommes pour explorer le pays de Canaan" (Nb 13, 2). Après quarante jours, ceux-ci reviennent avec "un sarment et une grappe de raisin" (Nb 13, 23). 

"Et donc, nous aussi lorsque nous consommons le vin en particulier dans l’eucharistie, ça nous évoque la prise de possession de la terre que nous espérons du Royaume des cieux." Et si c’est le même vin qui symbolise pour les chrétiens le sang versé du Christ sur la croix, c’est parce que "nous sommes introduits dans ce royaume des cieux par la Passion du Christ".

 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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