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Bénédiction des couples homosexuels : le pape François avait-il anticipé l'ampleur des réactions ?

Bénédiction des couples homosexuels : le pape François avait-il anticipé l'ampleur des réactions ?

Un article rédigé par Pauline de Torsiac, Melchior Gormand, Odile Riffaud - RCF, le 15 janvier 2024  -  Modifié le 18 janvier 2024
Je pense donc j'agis Bénédiction des couples homosexuels dans l'Église : à quoi ça engage ?

Si le texte du Vatican "Fiducia supplicans", autorise notamment la bénédiction des couples homosexuels, il ne change rien à la doctrine. Les relations sexuelles entre personnes de même sexe restent un péché aux yeux de l'Église catholique. Si la doctrine ne change pas, pourquoi ce texte suscite-t-il autant de réactions ? Le pape François avait-il anticipé cette vague de protestations ?

 Le cardinal Ambongo, président de l'organisme regroupant tous les évêques d'Afrique, a fait part de sa perplexité face  au texte "Fiducia supplicans". ©Photographie de VATICAN MEDIA / Catholic Press Photo / HANS LUCAS. Le cardinal Ambongo, président de l'organisme regroupant tous les évêques d'Afrique, a fait part de sa perplexité face au texte "Fiducia supplicans". ©Photographie de VATICAN MEDIA / Catholic Press Photo / HANS LUCAS.

Le pape a donné son aval à la bénédiction des couples de même sexe. Le texte "Fiducia supplicans" du 18 décembre 2023 a suscité des réactions particulièrement vives. Et ce au point de diviser les catholiques. Pourquoi le pape a-t-il publié ce texte ? Avait-il anticipé de telles réactions ? 

 

C’était inévitable. La question des mœurs d’une manière générale et la question de l’homosexualité de manière plus précise dans l’Église est une question explosive

Une vague de réactions sans précédent au sein du clergé catholique

Datée du 18 décembre 2023, la "déclaration Fiducia supplicans sur la signification pastorale des bénédictions" a fait fortement réagir. "On constate une confusion générale, note le rédacteur en chef au Figaro Jean-Marie Guénois, on a rarement vu un tel état de fait après la publication d’un document romain." Les réactions sont telles que le Vatican a publié, le 4 janvier, un communiqué de presse "sur la réception de Fiducia supplicans".

 

→ À LIRE : Bénédiction des couples homosexuels : la mise au point du Vatican

 

L’opposition la plus ferme vient du continent africain. Le Symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (Sceam) a exprimé, jeudi 11 janvier, un "non" très net à la bénédiction des couples homosexuels.

 

Nous avons été étonnés de cette déclaration parce qu’elle est confuse

En France, les consignes des évêques de l'Ouest

En France, l’épiscopat se montre prudent. Dans un communiqué du mercredi 10 janvier, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France se dit favorable à la bénédiction, non pas des couples, mais des personnes homosexuelles.

Mais plusieurs évêques français n’ont pas attendu pour donner des directives au sein de leur diocèse. Ainsi, Mgr Marc Aillet, a demandé, dès le 29 décembre, aux prêtres et aux diacres de son diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron, de ne pas bénir les couples mais les personnes. Demande qu’ont également formulée, le 1er janvier, les neuf évêques de la province ecclésiastique de Rennes. Parmi eux, Mgr Emmanuel Delmas du diocèse d'Angers, ou Mgr Jean Bondu, évêque auxiliaire de Rennes. "Nous avons été étonnés de cette déclaration parce qu’elle est confuse", explique ce dernier sur RCF.

Pourquoi le pape a-t-il publié ce texte ?

Qu’un texte officiel de l’Église catholique sur l’homosexualité suscite autant de réactions, cela était prévisible. "C’était inévitable, estime Timothée de Montgolfier, le président de l’association Devenir un en Christ, la question des mœurs d’une manière générale et la question de l’homosexualité de manière plus précise dans l’Église est une question explosive."

Pourquoi donc le pape a-t-il pris le risque de diviser une Église catholique déjà traversée par de graves tensions ? Le vaticaniste du Figaro rappelle que c’est "depuis son élection" que France mène cet "axe politique". Et que lors du Synode 2023, où la question de l’accueil des couples homosexuels était à l’ordre du jour, "curieusement" elle "a été repoussée parce que les évêques africains, déjà, avaient fait une sorte de pression à l’intérieur du synode pour que cela n’avance pas". "Et je pense que ce refus du synode, ajoute Jean-Marie Guénois, a joué beaucoup dans cette décision de passer, de court-circuiter en quelque sorte, la voix synodale." Selon le journaliste, la décision du pape "est mûrie depuis longtemps". 

 

→ À LIRE : Quelles sont les conclusions du synode sur l'avenir de l'Église ?

 

Ce lundi 15 janvier à la télévision italienne, le chef de l’Église catholique a "justifié sa décision, ce n’est pas du tout un accident, c’est très, très pensé". L’auteur du livre "Pape François – La révolution" (éd. Gallimard, 2023), estime que le pape "savait qu’il y aurait des réactions très dures contre ce texte mais il confirme et signe ce long cheminement". Il identifie avec la publication de Fiducia supplicans, "un des aboutissements du pontificat" de François. "On peut le dire, parce que c’est une réforme assez importante, en tout cas très significative, même si elle est ouvertement combattue dans l’Église et factuellement elle divise l’Église aujourd’hui comme jamais."

 

C’est ça la révolution, c’est ce petit mot - "couple" - qui a créé la polémique

 

"Couple" : le mot qui divise

Un mot en particulier soulève la polémique : "couple". "Il y a toute une ambigüité autour du mot couple, précise Mgr Bondu, le texte dit : Il faut bénir les couples mais pas leur union et pas leur relation. Or, un couple c’est une union et c’est une relation. Il nous fallait absolument préciser ces éléments-là." Pour le vaticaniste Jean-Marie Guénois, "c’est ça la révolution, c’est ce petit mot couple qui a créé la polémique, ce n’est pas du tout le reste, c’est seulement ça !"

Un texte "qui ne change rien à la doctrine"

Pourtant, le texte "ne change rien à la doctrine", a pu constater, un peu déçu, Timothée de Montgolfier, qui avait cru, à l’annonce de la publication du texte, à "une reconnaissance" des unions homosexuelles au sein de l’Église.

"Le pape a redit devant les prêtres de Rome que la doctrine de l’Église catholique n’a pas changé, confirme Mgr Bondu, les relations homosexuelles sont un péché. Les choses sont posées et on peut difficilement les changer en fonction de ce qui nourrit la réflexion de l’Église…" Si l’on considère en effet que reconnaître les unions homosexuelles ce serait remettre en question "la parole de Dieu" et la "longue tradition de réflexion avec l’anthropologie chrétienne", la doctrine peut difficilement évoluer. Toutefois, la réflexion peut avancer. "L’expérience des chrétiens homosexuels nous permettra peut-être de réfléchir encore", avance Mgr Bondu. 

Comme le rappelle Timothée de Montgolfier, "l’homosexualité, elle est récente, elle date du XIXe siècle. La notion d’orientation exclusive envers une personne de même sexe, ça a été découvert au milieu du XIXe siècle… Peut-être qu’on pourrait réinterroger cette anthropologie, réinterroger la question de l’orientation homosexuelle à l’aune des sciences sociales, à l’aune de ce que l’on a découvert aujourd’hui…"

 

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