Baptêmes d'adultes : "Les catéchumènes sont très fragiles"
Ancien catéchumène, Guillaume-François Saling a été baptisé à l'âge de 21 ans après une longue "quête de vérité". Riche d'une longue expérience d'accompagnateur en catéchuménat, il observe qu'un nombre non négligeable de nouveaux baptisés finissent par ne plus aller à la messe et à délaisser la foi. Il nous alerte : "Les catéchumènes sont très fragiles." Explications.
"Il est plus dur d’être chrétien et catholique aujourd’hui qu’à n’importe quelle autre époque." Droits image: Guillaume-François SalingPourquoi certains néophytes, c’est-à-dire nouveaux baptisés, ne vont plus à la messe et finissent même par délaisser la foi chrétienne ? Difficile de savoir combien ils sont : Guillaume-François Saling assure qu’il y en a "beaucoup". Cet ancien catéchumène a été baptisé à l’âge de 21 ans après une longue "quête de vérité". Riche de son expérience d'accompagnateur en catéchuménat, il nous parle des "fragilités" des catéchumènes. Et de tout ce vient décourager les néophytes.
Diplômé en psychologie et en théologie, Guillaume-François Saling partage son temps professionnel entre la pastorale d’un établissement scolaire et son cabinet de psychothérapie. Il publie "Pour toi qui demandes le baptême" (éd. Emmanuel, 2026), adressé aux catéchumènes. Il y évoque la beauté de ce cheminement spirituel, mais aussi les obstacles et les épreuves. "Le parcours pour devenir chrétien, catholique, de nos jours [est] vraiment difficile", dit-il. Pour le rester aussi. Suivre le Christ n’est pas chose aisée : et si cela faisait du bien aux catholiques de longue date de le réentendre ?
"Les catéchumènes sont très fragiles"
À force d’accompagner des catéchumènes, Guillaume-François Saling a repéré chez certains d’entre eux "une forme de fragilité". "Les catéchumènes sont très fragiles, dit-il, beaucoup ne persévèrent pas dans la foi, beaucoup se convertissent le temps du sacrement mais une fois le sacrement reçu, ne poursuivent pas."
Pourquoi donc certains néophytes abandonnent-ils la pratique et même parfois la foi qui les a menés au baptême ? Il ont pourtant fait une expérience spirituelle forte, suffisamment puissante pour qu'ils s'engagent dans le long parcours du catéchuménat.
Avant de devenir catholique, Guillaume-François Saling était "imprégné", comme il le dit, par ce "subtil anticatholicisme" qu'il identifie en Occident. Et il trouvait les catholiques "mous". Il a délaissé son anticatholicisme : pour le reste, il n’a pas changé d’avis ! "Je suis pleinement catholique et convaincu de l’être mais je trouve les catholiques toujours mous !"
D’ailleurs, il arrive que des catéchumènes autour de lui le disent : "C’est mou, ça manque de conviction, ça manque de force." Notamment au sujet de la catéchèse, il entend parfois des remarques comme : "On s’ennuie, on ne comprend pas, c’est perché, c’est mou, c’est des formules…" Pour lui, cette mollesse "rend l’engagement [des catéchumènes] plus difficile".
Se préparer au combat spirituel
Parfois, les obstacles qui "vont venir entraver le processus de conversion" et empêcher un individu "d’adhérer et de s’abandonner au Christ", se trouvent non pas dans les paroisses ou au sein de l’institution ecclésiale mais dans la société elle-même. L’ancien catéchumène a ainsi identifié quatre freins : "relativisme, amoralisme, laïcisme - considérer que la religion doit être strictement privée et cachée - et combat spirituel".
Le combat spirituel : et si les catéchumènes devaient y être plus préparés ? C’est d’ailleurs tout l’enjeu de la période des scrutins, qui précède leur baptême. Guillaume-François Saling rappelle une réalité qui n’est pas toujours agréable à entendre lorsque l’on est enthousiasmé par la découverte de la foi chrétienne : "Se convertir est un arrachement, c’est un arrachement au vieil homme".
C’est ce que dit l'apôtre Paul dans le Nouveau Testament : "Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité." (Ep 4, 23-24) Pour Guillaume-François Saling, "la conversion est un arrachement à des passions mauvaises, à des attachements passés, donc le combat va venir". Or, cela concerne finalement tous les croyants, catéchumènes ou pas.
Le combat spirituel, Guillaume-François Saling en a fait l'expérience avant de demander le baptême. Il avait vécu une rencontre avec le Christ au moment de se baigner dans une piscine de Lourdes, le fameux geste de l’eau qu'il a fait en accompagnant un jeune homme porteur de handicap. Mais cet intellectuel avait besoin de comprendre le discours catholique. Grâce à l’écoute et la patience d’un religieux dominicain de Bordeaux, il est sorti de ce combat convaincu par la cohérence de l’apologétique catholique.
Si on est tièdes, mondains et angéliques, ça ne va pas donner envie !
La difficulté d’être catholique aujourd’hui
Élevé dans une famille où l'on ne parlait pas de religion, Guillaume-François Saling s’est tourné vers le catholicisme après avoir exploré le bouddhisme, l’islam, la pensée des témoins de Jéhovah. Pressé par des questions existentielles sur la vie après la mort, il a lu Jean-Jacques Rousseau, Nietzsche ou Schopenhauer. Et décortiqué toutes les hypothèses.
Il a fini par choisir le catholicisme : et pourtant, il estime qu'il est "plus dur d’être chrétien et catholique aujourd’hui qu’à n’importe quelle autre époque", dit-il, sur les plans "philosophique et psychologique". Pour lui, le contexte actuel représente l’une des grandes épreuves qui guettent le croyant. Il le dit souvent aux catéchumènes : "C’est normal si c’est dur d’y adhérer."
À la façon du pape François qui avait repéré les maux de la curie romaine, Guillaume-François Saling a repéré chez les catholiques – dont il fait partie, insiste-t-il – des "maladies spirituelles" : "la tiédeur, la mondanité - qui est plus qu’un enfermement sociologique, c’est beaucoup plus profond que ça – et l’angélisme". Des maladies qui "nous éloignent de Dieu", dit-il. Et qui ont un effet repoussant pour les catéchumènes. "Si on est tièdes, mondains et angéliques, ça ne va pas donner envie !"
Finalement, le parcours de catéchuménat pourrait s'adresser à tous les catholiques, au premier rang desquels les habitués, les pratiquants de longue date. C’est "une école de vie chrétienne intégrale" que peut rejoindre "n’importe quel catholique", assure Guillaume-François Saling. Pour y relire "sa propre histoire sainte, son propre parcours".


Chaque semaine, un chrétien témoigne de sa foi. Qu’il la vive dans des circonstances très particulières ou en toute simplicité, qu’il ait vécu des choses extraordinaires ou pas, il raconte pourquoi la rencontre avec le Christ a changé sa vie. Une dizaine de producteurs du réseau RCF réalisent à tour de rôle cette émission.




