Arras : la transformation pastorale, un laboratoire pour l’Eglise de demain ?
A l’occasion de la journée diocésaine "Hosanna" le 25 mai 2026, le diocèse d’Arras ouvre une nouvelle étape dans son processus de “transformation pastorale”. Au travers de la réorganisation territoriale, Mgr Leborgne et ses équipes souhaitent alléger les structures ecclésiales pour libérer la créativité des catholiques du Pas-de-Calais et leur permettre de devenir davantage missionnaires.
Hosanna 2026, le rassemblement du diocèse d'Arras a vu converger plus de 6000 catholiques du Pas-de-Calais. Crédits : Emilien Vandenbussche RCF Hauts de France« Nous, nous le savons, eux ne le savent pas. » C’est en regardant la foule présente mais peu croyante lors des obsèques du professeur Dominique Bernard en 2023 que Mgr Olivier Leborgne a pris conscience de « la responsabilité des croyants de dire au monde l’amour de Dieu. » Arrivé en 2020 dans le diocèse d’Arras, il entreprend de parcourir le Pas-de-Calais. Sur le terrain, il constate l’épuisement des équipes et l’inadéquation des structures en place. Il charge alors une équipe de travailler sur la transformation pastorale du diocèse. Plusieurs étapes jalonnent le processus, et la dernière en date n’est pas passée inaperçue : la refonte de la carte du diocèse.
Un allègement des structures ecclésiales pour une plus grande souplesse
« Cela fait 50 ans qu’il n’y a plus de messe tous les dimanches dans chacun des 1.100 clochers que compte le Pas-de-Calais ! Aujourd’hui, nous avons 140 prêtres dans le diocèse dont 70 ont moins de 75 ans » rappelle Mgr Leborgne. Un constat qui l’a poussé à prendre une mesure drastique : fusionner massivement les paroisses, en passant de 89 à 11 paroisses, divisées en « espaces missionnaires ».
En pratique, chacune des paroisses aura une équipe de prêtres dont l’un sera nommé curé de l’ensemble. Et chaque prêtre aura la charge d’un espace missionnaire où la messe dominicale sera célébrée toujours au même endroit à la même heure. Un point de crispation pour les habitants des autres communes qui y voient l’abandon de leur clocher, mais Mgr Leborgne voit la chose différemment : « la messe qui tourne chaque dimanche dans un autre clocher, c’est illisible pour les personnes extérieures ! Seuls les paroissiens qui ont la feuille des prochaines messes aimantée sur leur frigo s’y retrouvent ! »
La messe qui tourne chaque dimanche dans un autre clocher, c’est illisible pour les personnes extérieures !
Côté prêtres, ce changement est de taille : « il y a une vraie collaboration qui se met en place entre prêtres, nous échangeons les informations et nous avons même un groupe whatsapp » explique visiblement enthousiaste le père Jean-Christophe Neveu, prêtre à St Pol-sur-Ternoise en partance pour St-Omer. « Il y a plus de joie et de fraternité entre nous, et cela me donne un nouvel entrain. »
Il y a une vraie collaboration qui se met en place entre prêtres, avec plus de joie et de fraternité entre nous, cela me donne un nouvel entrain.
Pour les laïcs aussi, la fusion des paroisses permet de mutualiser les services à l’échelle de la paroisse et de se partager les bonnes idées : « nous avons créé un site où nous publions les initiatives qui ont lieu sur notre paroisse » affirme Audrey Cnocquaert, laïque en mission ecclésiale à St-Pol-sur-Ternoise.
Mais paradoxalement, cet allègement des structures n’est pas le but ultime de la transformation pastorale, à entendre l’évêque d’Arras.
Un changement culturel majeur
« Ces dernières décennies, nous avons une pratique de la foi très individualiste et consumériste, c’est un peu « mon Jésus et moi » » regrette Mgr Leborgne qui souhaite au contraire une Eglise en sortie. « On est restés très entre nous. Nous devons sortir, aller vers les personnes qui ne viennent pas à l’église » précise-t-il, avant de déclarer que « c’est un changement culturel majeur ! »
On est restés très entre nous. Nous devons sortir, aller vers les personnes qui ne viennent pas à l’église
« Nous devons nous ressaisir de la joie d’être chrétien, et devenir des communautés catéchuménales, des communautés qui se rendent disponibles à toutes ces personnes qui viennent frapper à la porte de nos églises » ajoute Blandine Coquet, coordinatrice de la transformation pastorale.
Pour que cela ne reste pas que des mots, Mgr Leborgne exige des mesures concrètes : « Je ne veux pas qu’on parle de mission, je veux qu’on vive la mission ! Je demande donc à chaque paroisse de monter un projet, qu’il soit précis, et on y va ! »
Je ne veux pas qu’on parle de mission, je veux qu’on vive la mission ! Je demande donc à chaque paroisse de monter un projet, qu’il soit précis, et on y va !
Le rôle central des fraternités
Dans cette transformation, un élément central est sur toutes les lèvres : les fraternités. Ces petits groupes forment les communautés de proximité, celles qui vont au contact des personnes localement. Les fraternités se retrouvent tous les 15 jours pour un temps de prière et de partage de la Parole de Dieu, et pour partager un temps convivial.
Par leur ancrage local, les fraternités sont le lieu propice à l’accueil de personnes plus éloignées de l’Eglise mais en quête de Dieu. Elles sont également un levier de créativité locale : « une fois, on a voulu parler des saints aux enfants du caté » raconte Audrey Cnocquaert, « alors j’ai préparé une enquête à propos de chacun des saints de notre église. Les enfants ont fait le jeu avec leurs familles. Cela leur a tellement plu qu’ils ont demandé à ce qu’on le refasse à la Toussaint ! »
De la même manière, ce sont des chapelets à la grotte du village qui s’organisent pour le mois de mai, des marches dans la région à l’occasion de la prière pour la sauvegarde de la Création, des bénédictions de roses pour Ste Rita, ou tout simplement des covoiturages pour aller à la messe doublés d’un petit-déjeuner convivial.
De même, la messe en semaine redevient l’occasion de se retrouver dans un clocher : « nous célébrons le soir à 18h, et c’est une fête pour le village ! » se réjouit le père Neveu.
Missionnaires de la joie
Le 25 mai 2026, lors de la journée diocésaine « Hosanna » à Longuenesse près de St-Omer, Mgr Leborgne a voulu marquer une nouvelle étape par la publication de sa lettre pastorale « A vous d'en être les témoins ». Cette lettre résume les nouvelles mesures d'organisation territoriale, mais rappelle surtout l'idée centrale de toute la transformation missionnaire : être « missionnaires de la joie ».
Une intuition confirmée par Mgr Jean-Marc Aveline, cardinal archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, venu tout spécialement pour l'occasion. Pour lui, c’est cette même joie chrétienne qui était palpable lors de la journée Hosanna : « ce n'est pas une joie de surface, c’est une joie profonde, celle de quelqu'un qui a trouvé la paix, la source, ce qui est essentiel à sa vie. » Pour lui, les initiatives ecclésiales telles que cette transformation pastorale sont à encourager, sans chercher à les encadrer car elles sont le fruit de l’Esprit Saint dans l’Eglise de France, boostée par l’arrivée de nombreux catéchumènes : « Pour l’instant, il n'y a pas besoin de mettre des cadres, on a besoin d’écouter ce que dit l’Esprit à notre Eglise au travers des gens que lui-même est allé chercher. On a pu déployer beaucoup d’efforts pastoraux, c’est très bien, il fallait le faire, mais ce n’est souvent pas par là qu’ils sont entrés: on avait aménagé la porte et ils sont passés par la fenêtre. »
Par nos efforts pastoraux, on avait aménagé la porte, et ils sont passés par la fenêtre.
Avec une nouvelle organisation plus souple et davantage de place pour la créativité, l’objectif de la transformation pastorale est clair : trouver des solutions aux défis de l’Eglise aujourd’hui. En se transformant en laboratoire pour l’Eglise de demain ?


Le rendez-vous d'actualités des chrétiens des Hauts-de-France. Chaque semaine un focus sur l'actualité d'un diocèse, en partant à la rencontre des chrétiens qui s'engagent dans l'Eglise.
