ARCHIVE - 1986 : il y a 40 ans, le Pape Jean-Paul II béatifiait Antoine Chevrier à Lyon
Premier moment fort du voyage du Pape Jean-Paul II à Lyon, la béatification d'Antoine Chevrier, fondateur du Prado, réunissait 350 000 personnes à Eurexpo le samedi 4 octobre 1986. C'était il y a tout juste 40 ans.
Le Pape Jean-Paul II lors de son voyage à Lyon en octobre 1986 - DRC'est un voyage historique, le premier d'un Pape à Lyon depuis 1805. Si Jean-Paul II a d'abord répondu à l'invitation du sanctuaire d'Ars pour fêter Saint Jean-Marie Vianney, le souverain pontife polonais va en profiter pour présider la messe de béatification d'Antoine Chevrier le samedi 4 octobre 1986 à Eurexpo.
Premier moment fort du voyage pontifical, la messe se déroule devant 350 000 fidèles. Dans son homélie, Jean-Paul II souligne le charisme du prêtre de la Guillotière envers les plus pauvres.
"Chers Frères et Sœurs, vous savez qui sont ces pauvres dans notre monde actuel. Ce sont tous ceux qui manquent de pain, mais aussi d’emploi, de responsabilités, de considération de leur dignité, ceux aussi qui manquent de Dieu. Ce n’est plus le monde ouvrier seulement qui est touché, mais bien d’autres milieux. Dans une civilisation de consommation à outrance, il y a paradoxalement de “nouveaux pauvres” qui n’ont pas le a minimum social”. Il y a la multitude de ceux qui souffrent du chômage, jeunes qui ne trouvent pas d’emploi ou personnes d’âge mûr qui l’ont perdu. Je sais que beaucoup d’entre vous, au sein des mouvements de jeunes en particulier, ont à cœur de leur apporter un soutien efficace.
Nous pensons également aux étrangers, aux travailleurs immigrés, très nombreux dans cette région, et qui, en ce temps de crise économique, sont davantage menacés à cause de leur statut précaire. Même si le problème de leur intégration demeure complexe, en considération du bien commun du pays, l’Eglise ne se résoudra pas à ce que l’on manque de respect envers leurs personnes et leurs racines culturelles, ni d’équité devant leurs nécessités et celles de leurs familles qui ont besoin de vivre avec eux. Les chrétiens seront au premier rang de ceux qui luttent pour que leurs frères originaires d’autres pays bénéficient de légitimes garanties, et pour que les mentalités s’ouvrent de façon plus accueillante à l’étranger. Ils seront attentifs à leurs difficultés et aideront les migrants à se prendre eux-mêmes en charge. Oui, comme vos évêques l’ont courageusement souligné à plusieurs reprises, comme je le disais moi-même au deuxième Congrès mondial de pastorale de l’émigration (18 octobre 1985), l’Eglise se fera ici encore la voix des sans voix. Elle s’efforcera d’être l’image et le levain d’une communauté plus fraternelle. Les pauvres ce sont encore tous ceux qui souffrent d’une vie marginale, comme les malades et les handicapés. Ce sont les prisonniers: ces derniers sont bien parmi les plus pauvres, quelle que soit la cause de leur incarcération. Les paroles de Jésus nous interpellent: “J’étais malade, j’étais en prison, et vous êtes venus à moi”.
Enfin, au-delà de votre cité, de votre pays qui dispose de tant de ressources, il y a, à travers le monde entier, les multitudes qui souffrent de la faim, du manque de toit et de la carence de soins. C’est l’expérience impressionnante que je fais moi-même au cours de mes voyages apostoliques, en Afrique, en Amérique latine, en Inde. Il s’agit de pays, de continents entiers. Et ces peuples qui arrivent si difficilement au développement nécessaire pour survivre et s’épanouir, interpellent vigoureusement les peuples qui ont la chance d’avoir en abondance les biens matériels et les possibilités techniques. C’est tout l’enjeu des rapports Nord-Sud. Le Père Chevrier ne pouvait connaître dans son ampleur ce drame universel de la pauvreté. C’est être fidèle à son esprit que de devenir le prochain de ces peuples frères. Ils ne demandent pas une aumône, mais la considération de leur problèmes, le souci d’équité dans les échanges commerciaux et les investissements, la solidarité généreuse dans les situations d’urgence, l’entraide à long terme pour qu’ils puissent réaliser leur propre développement, et, par-dessus tout, l’estime de leur dignité de pauvres, qui ont d’ailleurs des richesses humaines et spirituelles à partager avec nous.
Le Christ s’identifie à ces affamés. Et l’homme ne vit pas seulement de pain: il a soif de dignité, de liberté, de liberté de conscience, il a soif d’amour et, sans en être toujours conscient, soif de Dieu."
Antoine Chevrier entre dans la mémoire collective de l'Eglise lyonnaise
Dans sa conclusion, le Pape Jean-Paul II invite à s'appuyer sur la figure d'Antoine Chevrier pour regarder vers l'avenir.
"Père Antoine Chevrier, guide-nous dans la voie de l’Evangile. Tu es bienheureux ! Ta figure se lève et resplendit dans la clarté des huit béatitudes de Jésus. Cette ville de Lyon t’appellera bienheureux, elle qui dès le jour de ta mort t’entourait déjà de vénération. De même l’Eglise, qui vénère en toi le “petit” - exalté par Jésus plus que les savants -, le prêtre, l’apôtre, le serviteur des pauvres. Comme Paul, saisi par le Christ, tu as vécu en oubliant ce qui était derrière toi, tout tendu vers l’avant. Oui, tu es totalement tourné vers l’Avenir, vers le grand avenir de tous les peuples en Dieu. Tu as couru vers le but pour remporter le prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus. C’est le prix de l’amour. C’est l’Amour !"
