Après les violences conjugales, rencontrer un Dieu qui console : le témoignage de Florence-Anne Ambroselli
Mère de neuf enfants, Florence-Anne Ambroselli a été obligée de fuir un foyer "toxique" marqué par les violences verbales, psychologiques et physiques. Elle a pu relire son histoire à la faveur d’une demande de reconnaissance de nullité du sacrement de mariage. Elle témoigne d'une vie de foi marquée par un relèvement intérieur inattendu. Et la rencontre avec un Dieu consolateur, qui redonne vie.
©Florence-Anne AmbroselliÀ l’heure où l’on parle beaucoup dans les médias des violences faites aux femmes et notamment au sein du couple, le témoignage de Florence-Anne Ambroselli nous éclaire sur un aspect souvent ignoré, la vie spirituelle à l’épreuve des violences conjugales. La foi peut-elle rester forte quand le sacrement de mariage est atteint ? Arrive-t-on encore à croire en Dieu quand c’est au cœur même du couple et du foyer que s’immisce la violence ?
Mère de famille nombreuse obligée de fuir un foyer "toxique" marqué par les violences verbales, psychologiques et physiques, Florence-Anne Ambroselli a pu relire son histoire à la faveur d’une demande de reconnaissance de nullité du sacrement de mariage qu’elle a entamée auprès de l’Église catholique. Une démarche qui lui a permis de prendre du recul. Et de pouvoir s’engager à nouveau dans une relation de couple.
Ses propos peuvent sembler choquants car bien que victime de violences conjugales, et se reconnaissant pleinement comme telle, Florence-Anne Ambroselli parle de sa "part". Difficile de supposer qu’une victime puisse avoir une "part", même infime, de responsabilité dans les violences qu’elle a subies. Le témoignage de Florence-Anne Ambroselli s’écoute avec beaucoup de finesse. Elle tente de comprendre comment les blessures laissées par une adolescence compliquée ont pu brouiller ses capacités de discernement.
Repartir de zéro
Un jour Florence-Anne Ambroselli se retrouve chez ses parents avec ses neuf enfants, obligée de "repartir à zéro". "Je n’avais rien, je n’avais pas de carte bleue, pas de chéquier. J’avais une tenue par enfants, ma carte d’identité. Et ma foi, très fragile, hyper fragile !" Elle vient de quitter le père de ses enfants après quatorze ans de mariage et va devoir compter sur l’aide des autres.
Ses parents, ses frères et sœurs, la banque alimentaire… Aujourd’hui encore, elle s’émerveille de la grande générosité dont tant de personnes ont fait preuve. "J’ai découvert toute une compassion, toute une humanité." Alors même qu’elle se souffrait de se sentir coupable "de faire vivre cela" à ses enfants. Comment en est-elle arrivée là ?
En fait, on ne vivait absolument pas du sacrement de mariage
Un idéal de vie de famille catholique
Son histoire est celle d’une jeune fille de 21 ans, aînée d’une famille de dix enfants, qui avait toujours rêvé d’avoir elle-même une très grande famille. "Il y avait quelque chose de très naturel d’être entourée de vie, d’un rythme soutenu, joyeux, enthousiaste, avec les cris, les larmes… La famille nombreuse était quelque chose de naturel."
Portée par cet idéal et un sens très fort de l’engagement, la jeune fille est enceinte. "C’est ce qui nous a entraînés à nous engager aussi rapidement. À l’époque on ne nous accompagnait pas aussi bien, peut-être…" Viendront huit autres enfants en l’espace de quatorze ans.
Imprégnée par la foi catholique, la famille vivait au rythme de la pratique religieuse. Parents et enfants priaient chaque soir tous ensemble. Et cependant, cela n'a pas été un rempart contre la violence au sein du couple. "Concrètement, il y avait des jours où ce n’était pas possible de vivre, se souvient la mère de famille. La violence, autant verbale que psychologique et même physique, prenait trop de place."
Comment comprendre tant de toxicité dans un foyer où la foi chrétienne était exprimée ? "Tout ça était très mélangé justement, et c’est ça aussi le danger, c’est qu’il y avait un vrai désir d’avancer sous le regard de Dieu et en même temps très blessé." Florence-Anne Ambroselli comme son mari sont arrivés au mariage "fragilisés", comme elle le dit. "Il y a eu beaucoup d’amour dans notre histoire. Mais on était tous les deux je pense extrêmement blessés par un passé…"
Entamer une démarche de reconnaissance de nullité du sacrement de mariage
Il a fallu une personne tierce pour aider Florence-Anne Ambroselli à comprendre que ce qu’elle vivait n’était "pas normal". Que la relation entre elle et son mari "était profondément toxique. Elle était violente, on se faisait beaucoup de mal, j’ai beaucoup souffert, je pense que le père de mes enfants aussi et puis mes enfants aussi. En fait, on ne vivait absolument pas du sacrement de mariage." C’est ce qu’elle a fini par admettre au terme d’un long cheminement spirituel.
Environ six ans après sa séparation, Florence-Anne Ambroselli a entamé une démarche de reconnaissance de nullité du sacrement de mariage. C’est une possibilité pour les couples divorcés après d’être mariés au sein de l’Église catholique. Cela implique de relire son histoire sous un angle spirituel. Cette démarche peut être difficile mais elle aide à comprendre quels ont été les "piliers" manquants de l’engagement. Pour l’Église catholique en effet, le mariage repose sur les quatre "piliers" que sont la liberté de consentement, la fidélité, l’indissolubilité et la fécondité.
"Pour pouvoir pardonner et pour pouvoir recevoir le pardon de l’autre, témoigne Florence-Anne Ambroselli, il faut faire une sorte d’anamnèse un peu sur sa propre histoire. J’avais besoin de voir où est-ce que mon cœur, mon âme, mon intelligence n’avaient pas été ajustés et où est-ce que je n’avais pas pris les bonnes décisions."
"Voir ma part"
C’est ainsi que la mère de famille avance la possibilité qu'elle ait eu elle-même "sa part" . "Oui, j’ai été victime de choses inacceptables mais où est-ce que, dans ma situation de victime, j’ai laissé faire ? Je sais que c’est très délicat quand je dis ça parce que quand on a été victime de choses épouvantables, évidemment il y a des situations où on a été frappée de plein fouet et ce n’était pas du tout de notre faute mais il y a des situations où, parfois, on a laissé faire."
"Voir ma part a été un chemin de guérison", dit-elle. Cela l’a aidée à "accueillir le pardon de l’autre reconnaître que j’ai un pardon à donner". C’est aussi "une manière de se redresser". Pour elle, la démarche spirituelle de guérison après une vie conjugale marquée par la violence passe par la nécessité d’avoir une parole "au plus près de la vérité", de "toujours se remettre dans cette justesse". Elle cite le psalmiste, "Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent." (Ps 84, 11).


Chaque semaine, un chrétien témoigne de sa foi. Qu’il la vive dans des circonstances très particulières ou en toute simplicité, qu’il ait vécu des choses extraordinaires ou pas, il raconte pourquoi la rencontre avec le Christ a changé sa vie. Une dizaine de producteurs du réseau RCF réalisent à tour de rôle cette émission.




