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Après la Résurrection, "l’espérance organise le temps"

Après la Résurrection, "l’espérance organise le temps"

Un article rédigé par Madeleine Vatel, avec OR - RCF, le 2 avril 2026 - Modifié le 7 avril 2026
Halte spirituelle, l'intégrale"Ils crieront de joie" : l'urgence de l'espérance

Avec la Résurrection, le temps change puisque la mort n’est plus la fin. Philippe Capelle-Dumont, prêtre et philosophe, nous parle d'une "espérance lucide". En considérernt la façon dont la Résurrection change le rapport au temps, il nous aide à comprendre à nouveaux frais le message de Pâques. Désormais, "l'espérance organise le temps".

Matthias Grünewald, Christ en majesté ©Wikimédia CommonsMatthias Grünewald, Christ en majesté ©Wikimédia Commons

"Ils se réveilleront, ils crieront de joie" (Is 26,19), dit le prophète Isaïe. Ce verset de la Bible a guidé les auditeurs de Halte Spirituelle tout au long du Carême. Il prend un sens particulier évidemment lors de la fête de Pâques. Ce "réveil" annoncé par Isaïe, "prédicateur hors pair" et "prophète extraordinaire, peut-être le plus grand de l’Ancien Testament", selon le Père Philippe Capelle-Dumont, ce réveil, pour les chrétiens, n’est autre que la résurrection.

Dans les chapitres 24 à 26 du Livre d’Isaïe, que les exégètes nomment "la petite Apocalypse" - apocalypse qui veut dire "révélation", Isaïe "instille dans la conscience du peuple hébreu l’idée que Dieu ne peut pas se satisfaire de la mort de sa créature. Donc qu’il y a certainement une vie après la mort." Et donc que le temps change puisque la mort n’est pas la fin. Considérer la Résurrection par le prisme du rapport au temps permet de comprendre à nouveaux frais le message de Pâques.

 

"Une espérance lucide"

L’idée que Jésus est ressuscité d’entre les morts, c’est l’intuition qui a donné naissance au christianisme. Et l’on résume souvent le message de Pâques à ce mot : espérance. Mais qu’est-ce que l’espérance chrétienne ? On la confond souvent avec une forme d’optimisme béat niant les difficultés du quotidien ou les souffrances liées à la condition humaine.

Ou encore, on fait de l’espérance un message politique, l’idée d’un lendemain meilleur - et souvent, une "espérance usurpée", selon le Père Philippe Capelle-Dumont, prêtre et curé de paroisse à Paris. C’est le temps qui se trouve idolâtré dans les régimes totalitaires, puisque "l’espérance devient horizontalisée, il n’y a plus de verticalité".

Philosophe, professeur émérite des universités, doyen honoraire de la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris (ICP) et ancien président de l’Académie catholique de France, Philippe Capelle-Dumont avait écrit il y a quatre ans "Le catholicisme contemporain en péril" (éd. Artège, 2022), où il posait, dit-il, "un diagnostic lucide". Cette fois, c’est d’espérance dont il veut nous parler. Avec son essai "Le Moment espérance - Provocation sur le temps" (éd. Cerf, 2026), Philippe Capelle-Dumont propose cette fois un regard "plus positif", mais une "espérance lucide", comme il l’appelle, en prise avec le réel mais reliée à la transcendance, au Tout-Autre, à Celui qui, perpétuellement, nous échappe.

 

L’espérance, c’est la vocation même du temps

 

Organiser le temps avec Dieu

L’espérance chrétienne, c’est une manière "d’organiser le temps" avec Dieu, nous dit le philosophe, spécialiste de phénoménologie et de métaphysique. "Nous nous demandons toujours mais quand y a-t-il de l’espérance ? En réalité, en christianisme, il y a de l’espérance à chaque moment du temps que nous vivons avec Dieu. Tout moment du temps peut être un moment espérance, parce que l’espérance organise le temps."

S’il parle de l’espérance comme d’une "provocation sur le temps", c’est au sens étymologique de "l’appel". Une "pro-vocation", explique-t-il. Pour lui, l’espérance, c’est "la vocation même du temps". Le temps, en tant que tel, n’a pas de message : dans une perspective chrétienne, il revient à l’Homme de "l’organiser". 

Ainsi, l’espérance, "c’est ce qui est donné par Dieu" aux Hommes pour "organiser le temps" et "aboutir à la félicité, au bonheur, à un changement de relations, à une transformation du monde, et même à une transfiguration du monde et de nos regards". Le temps chrétien, c’est donc l’inverse de tout fatalisme. 

Mais le Dieu de la Bible fait de l’Homme un partenaire. "Nous avons en permanence à organiser le temps avec Dieu." Et c’est pourquoi, dans les Évangiles, Jésus dit toujours "Ta foi t’a sauvé" et non pas Je t'ai sauvé. "Comme si le salut venait aussi de la part que nous prenons dans l’organisation du temps, souligne Philippe Capelle-Dumont. L’espérance n’est pas quelque chose que nous voyons passer. C’est quelque chose qui nous est donné pour que nous puissions nous-mêmes transformer les choses."

 

Sortir d’un temps qui enferme

Dans la Bible, à de très nombreux passages Dieu rouvre le temps. Prête-t-on assez attention à ce verset de la Genèse ? "Le Seigneur mit un signe sur Caïn pour le préserver d’être tué par le premier venu qui le trouverait" (Gn 4, 15) Caïn, qui est tout de même l’auteur du meurtre de son frère Abel, le premier fratricide de l’humanité, est "protégé" par Dieu. "C’est extraordinaire ! C’est une relance de l’espérance malgré le péché. Il n’y a que Dieu qui puisse faire cela."

Le péché n’est donc pas un enfermement. Et "le péché n’introduit pas un temps irrémédiable, irréversible. Au contraire, il va y avoir de la part de Dieu une relance de la proposition." Cela n’annule en rien la gravité du geste de Caïn : mais l’Homme n’est pas enfermé dans son péché. C’est là le grand message de la Bible.

"Ce que nous apprend la Bible, c’est qu’il y a en nous des zones qui nous permettent d’espérer et de grandir malgré cela." Et pour le Père Capelle-Dumont, c’est même une caractéristique du catholicisme de dire "que le péché ne fait pas le l’Homme un simple esclave". Ce que n’a pas compris précisément Judas. Il est "la figure du désespoir", car il est dans un temps qui refermé.

Jeudi saint Judas quitte la table pour trahir le Christ, une espérance déçue ? Judas fait partie de ceux qui avaient placé une espérance déplacée en Jésus. Jésus ne correspond pas à l’espérance qui était celle de Judas. Judas, c’est la figure du désespoir. "Le désespoir, c’est comme un temps clôt", nous dit Philippe Capelle-Dumont, citant le philosophe Gabriel Marcel (1889-1973). "On a une prétention à fermer le temps. C’est ça qui ne va pas dans le désespoir, nous prétendons fermer le temps." Or, "c’est ça le péché, c’est sans doute le péché contre l’Esprit".

 

Émission Halte spirituelle © RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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