« À Lourdes, les aiguilles sont inversées » : quand la fraternité rallume la flamme
Du 1er au 6 juin 2026, 2 700 pèlerins du diocèse de Lyon et de sa région ont pris la route de Lourdes autour du thème « Le Seigneur est avec toi ». Un millier de jeunes bobs de 4ème et de 2nde, des personnes malades, des hospitaliers, des pèlerins, des personnes en situation de précarité ou de handicap : tous ont vécu une même aventure où la rencontre de l’autre devient souvent le lieu d’une rencontre avec Dieu.
Les gilets roses, des binômes pour partager la joie avec les hospitaliers et les personnes malades - © RCF Lyon« Donner, recevoir : c’est cela Lourdes »
À Lourdes, la joie se lit sur les visages dès les premières heures du pèlerinage. Les jeunes « bobs » qui accompagnent les personnes malades découvrent une expérience qui les marque profondément. Pour beaucoup, c’est une première. À seulement 13 ans, Irénée, élève de quatrième, découvre le sanctuaire pour la première fois. Venu pour aider les personnes malades et faire de nouvelles rencontres, il s’émerveille de découvrir le lieu des apparitions de la Vierge Marie à Bernadette. Ce qui le touche particulièrement, c’est cette fraternité qui naît spontanément entre les pèlerins : « On retrouve des personnes qu’on avait déjà vues auparavant ou tout simplement on fait de nouvelles rencontres ». Derrière les chants, les célébrations et l’ambiance festive, il découvre déjà ce qui fait l’âme de Lourdes : la joie du service et de la rencontre.
Cette même joie habite les nombreux hospitaliers présents tout au long de la semaine. Pour Claude, venu pour la treizième fois, Lourdes se résume en quelques mots : « La foi des gens ». Depuis son fauteuil roulant, il adresse un souhait simple aux jeunes présents : qu’ils puissent eux aussi vivre cette expérience qui nourrit l’espérance. Jean-Lucien, brancardier pour la deuxième année, est quant à lui touché par l’attention réciproque qui se crée entre hospitaliers et personnes malades. « Plein de petites attentions, de petits sourires, de petits gestes », explique-t-il. Une fraternité discrète mais profonde qui continue bien après le retour à la maison.
Brancardier pour la première fois, Philippe, résume l’expérience avec simplicité : « Donner, recevoir ». Pour lui, le pèlerinage est l’occasion de « poser les valises », de se mettre au service des autres et de vivre concrètement l’appel du Christ à s’aimer les uns les autres.
Parmi les jeunes adultes présents cette année, Emma, 20 ans, porte un témoignage particulièrement lumineux. Baptisée à Pâques 2026, confirmée à la Pentecôte, elle raconte un chemin de foi inattendu. Élevée dans une famille athée, elle a ressenti un profond apaisement et découvert une présence qui a changé sa vie. Oriana, jeune néophyte de 22 ans venue avec sa paroisse de Sainte-Foy-lès-Lyon et sa grand-mère, décrit quant à elle un pèlerinage riche en émotions spirituelles. Depuis plusieurs années, la prière occupe une place importante dans sa vie, mais Lourdes lui donne un nouvel élan. Elle évoque avec émotion sa découverte de Marie comme mère spirituelle et son désir renouvelé de persévérer dans la foi. « J’ai quelque chose dans le cœur qui palpite, que ce soit à la grotte ou dans les différents lieux saints ».
Un groupe solidarité, une nouveauté cette année
Au fil des jours, Lourdes révèle une autre de ses particularités : ici, les priorités semblent s’inverser. Les personnes fragiles ne sont pas en périphérie ; elles occupent le cœur du pèlerinage. Une nouveauté cette année : la création d’un groupe Solidarité, réunissant des personnes accompagnées par le Secours Catholique, le foyer Notre- Dame-des-Sans-Abris et l’association Aux Captifs la Libération. Axelle, qui accompagne ce groupe, décrit une aventure où chacun apprend à se connaître et à se porter mutuellement dans la prière. Une expérience profondément humaine qui permet à chacun de trouver sa place. Parmi les participants, Gaëtan qui a connu la rue, réalise enfin un rêve ancien : venir à Lourdes. Après un parcours de vie marqué par les épreuves et une période de grande précarité, il découvre un lieu où la prière, les rencontres et la foi lui apportent réconfort et espérance. « J’ai réalisé mon rêve », confie-t-il avec émotion.
Le sourire contagieux des gilets roses
Cette attention aux personnes les plus fragiles s’est également incarnée cette année avec une autre initiative nouvelle : les Gilets Roses. Ces binômes permettent à de jeunes personnes en situation de handicap de participer pleinement au pèlerinage, en mettant leurs talents au service des autres. Parmi elles, Alix rayonne par son enthousiasme communicatif. Passionnée de danse et salariée d'un Café Joyeux, elle souhaite montrer que le handicap n’empêche ni la joie ni l’engagement. « Malgré le handicap, il faut se dire qu’on est normal », affirme-t-elle avec simplicité. À travers la danse, les chants et les rencontres, elle témoigne d’une joie profondément enracinée dans l’amour des autres. À ses côtés, Juliette, jeune étudiante engagée dans cette mission, souligne tout ce que cette expérience lui apprend : le partage, l’écoute et l’attention à chacun. Une aventure qui fait tomber les barrières et rappelle que chaque personne a sa place dans l’Église.
Pour Cyril d’Everlange, président de l’Hospitalité lyonnaise Notre-Dame de Lourdes, la grâce du pèlerinage se cache souvent dans des rencontres inattendues. Il raconte avoir été profondément bouleversé l’an dernier par une personne non-voyante qui lui avait demandé de lui lire des passages de la Bible. Une heure passée ensemble qui demeure pour lui une véritable visitation intérieure : « J’ai senti le souffle de Jésus durant cette heure ».
À Lourdes, les aiguilles sont inversées : les pauvres sont au centre, les vieux sont au centre, les malades sont au centre - Mgr Loïc Lagadec
la fraternité prend un visage concret
Cette attention aux plus fragiles est aussi ce qui touche le plus Sophie Descours, nouvelle directrice du service diocésain des pèlerinages. Pour sa première année à la tête de l’organisation, elle est frappée par l’engagement des hospitaliers qui donnent leur temps, leurs congés et parfois des efforts financiers pour accompagner les personnes malades. Un témoignage silencieux mais puissant de la charité chrétienne.
Le père Luc Garnier, jeune responsable des vocations du diocèse, retient quant à lui la grâce des rencontres. Arrivé avec une intention particulière, il raconte avoir reçu les paroles dont il avait besoin grâce à un couple rencontré presque par hasard près de la grotte. Une rencontre qui lui rappelle que la vulnérabilité peut devenir un lieu de relèvement et de confiance.
Enfin, Mgr Loïc Lagadec voit dans ce pèlerinage une belle image de l’Église : une famille où toutes les générations se retrouvent et où les plus fragiles occupent la première place. « À Lourdes, les pauvres sont au centre, les vieux sont au centre, les malades sont au centre ». Pour l’évêque auxiliaire de Lyon, c’est peut-être là l’une des plus grandes grâces de Lourdes : permettre à chacun de retrouver l’essentiel. Pendant quelques jours, les hiérarchies habituelles s’effacent, les générations se rencontrent, les fragilités deviennent des richesses partagées.
Une invitation à se laisser surprendre
Au terme de cette semaine, beaucoup repartent avec le sentiment d’avoir reçu bien plus qu’ils n’étaient venus chercher. Une rencontre, une parole, un sourire, un temps de prière ou simplement la joie d’avoir marché aux côtés d’autres pèlerins. Et une semaine marquée par ces rencontres inattendues qui changent parfois une vie.
Comme le résume Mgr Loïc Lagadec, "Lourdes est une invitation". Une invitation à venir en famille, avec ses amis, avec ses questions ou ses fragilités. Une invitation à se laisser déplacer par les rencontres. Une invitation, peut-être, à rallumer sa propre flamme intérieure.


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Lætitia de Traversay donne la parole aux hommes et aux femmes qui construisent ce monde, discrètement et passionnément : spécialistes du couple et de la famille, philosophes, formatrices en CNV (Communication Non Violente), des personnes qui osent s'engager et relever des défis, portées par leur foi en Dieu et leur foi en l'Homme.
