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[À LIRE] Homélie de Mgr Delmas pour la messe des rameaux.
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[À LIRE] Homélie de Mgr Delmas pour la messe des rameaux.

Un article rédigé par David Mainfroid - RCF Anjou,  -  Modifié le 5 avril 2020
Ce matin Mgr Delmas présidait la messe chrismale en la cathédrale Saint Maurice d'Angers. Retrouvez ici l'intégralité de son homélie.
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Fête des Rameaux 2020.

Cette semaine Sainte ne ressemblera vraiment pas à celles que nous avons l’habitude de vivre et cette fête des Rameaux qui inaugure les jours saints manifeste de façon très concrète cette étrangeté qui nous est demandée de vivre cette année.
Mais l’heure n’est pas à la nostalgie et les quelques mots que je suis heureux de vous adresser à vous qui êtes là autour de moi mais à vous, bien plus nombreux grâce aux ondes et à la vidéo, n’ont qu’un but : vous appeler à vivre plus intensément cette semaine Sainte qui va nous conduire à la célébration de la Pâques du Seigneur. Sur quels éléments puis je m’appuyer pour nourrir notre foi au Christ qui entre dans sa Passion ?
Tout d’abord en contemplant cette célébration des Rameaux telle que la liturgie nous invite à la vivre. C’est à la fois une célébration joyeuse et douloureuse.
Joyeuse ! Nous voyons bien pourquoi : Lorsque tout est dans l’ordre, si je puis dire et aujourd’hui ce n’est pas le cas, elle débute par une procession qui nous fait revivre ce que cette foule qui acclame Jésus a vécu. L’évangile nomme plusieurs éléments qui manifestent la liesse de cette foule qui est heureuse d’accueillir le prophète, le fils de David (ils étendent leurs vêtements sur le chemin, ils acclament Jésus avec leurs rameaux). Oh ! Nous le savons, c’est un moment passager dans cette semaine. Les choses vont changer car la foule est versatile. Mais aujourd’hui, pourquoi taire cette allégresse de l’entrée de Jésus dans Jérusalem. Ceux qui l’acclament ne se trompent pas en acclamant ce roi qui a fait tant de belles choses, qui a donné tant d’amour durant sa vie publique, qui a prononcé tant de paroles si belles, si parlantes pour tous ceux qui étaient en attente d’une marque d’attention, de tendresse, de miséricorde. Ils l’acclament, sans probablement en être conscient, parce que Jésus vient offrir sa vie pour que tout homme ait la vie en plénitude, la vie qui, jamais, ne déçoit. Comment ne pas l’acclamer et lui rendre l’honneur qui lui est dû ! Cette entrée triomphale préfigure le retour du Seigneur à la fin des temps. Ce jour-là sera un jour d’allégresse et totalement et définitivement.
Mais je disais aussi que cette célébration a une dimension douloureuse, empreinte d’une gravité profonde. Nous venons d’entendre le récit de la Passion de Notre Seigneur qui nous révèle que Jésus entre à Jérusalem : cette ville où il va faire le don de sa vie. L’hommage qui lui est rendu est en lien avec le don qu’il va faire de lui-même. Jésus est bien le roi tant attendu mais c’est un roi rempli d’humilité ainsi que l’annonçait l’hymne aux Philippiens à l’instant. En se laissant acclamer comme roi, Jésus montre par-là combien la vraie grandeur, dans le Royaume qu’il inaugure, se révèle dans l’humilité que Dieu est venu revêtir en prenant chair parmi nous. La royauté de Jésus passe par la Passion, la crucifixion, la mort sur la croix et la mise au tombeau.

Ces deux dimensions de joie et de douleur de notre célébration des Rameaux n’éclairent elles pas ce qui fait la réalité de notre quotidien, la réalité de notre condition de créatures ? L’épreuve, liée à cette épidémie que nous traversons en ce moment, n’en est-elle pas un exemple très concret ?
Nous expérimentons une dimension de douleur : la douleur de ne pouvoir vivre nos relations comme nous le voudrions, la douleur de ne pouvoir entourer nos frères plus vulnérables comme nous le souhaiterions, la douleur d’être confronté à notre fragilité, la douleur devant la maladie, parfois la mort de ceux qui sont touchés par le virus. Nous expérimentons sans doute une autre dimension de la douleur : celle qui qui est liée au repentir, au repentir dont nous prenons sans doute plus conscience en ces jours de passer à côté de ce qui est essentiel dans nos existences, le repentir devant notre condition de pécheurs.
Mais, précisément, aujourd’hui, nous sommes appelés à nous ouvrir à l’espérance parce que nous croyons qu’au-delà de cette épreuve, nous ne pourrons pas faire, à l’avenir, comme si rien ne s’était passé. Parce que nous croyons que cette épidémie nous donnera des enseignements pour vivre, à l’avenir, de façon plus juste et plus humaine. Il ne faudrait pas passer à côté des petits ou grands signes que nous recevons et qui ouvrent un espace de joie plus profonde dans notre aujourd’hui. Je pense à cette dimension de plus grande intériorité qui fait partie de notre dignité ; je pense aussi à cette plus grande sensibilité à cette fragilité qui fait partie de notre humanité, je pense à cette invitation à nous ouvrir à ceux qui sont plus vulnérables. Tout cela, lorsque nous le vivons, nous ouvre un chemin de plus grande humanité dont la paix et la joie ne sont pas absentes.
Cette fête des Rameaux ouvre notre semaine Sainte. Une semaine Sainte, je le disais en commençant, qui ne ressemblera pas à celles que nous avons pu vivre les années passées. Demandons, dans notre prière, de la vivre intensément. Que nous puissions accueillir l’enseignement de cette semaine grâce aux différentes célébrations qui la jalonneront, cet enseignement qui donne toute sa profondeur à notre quotidien en ce qu’il nous appelle à vivre de façon plus humaine. Oui, plus humaine parce que nous ouvrons nos yeux sur la gravité de nos choix de vie, parce que nous ouvrons les yeux sur le don de Dieu qui nous appelle à entrer dans sa Pâques. Belle semaine Sainte à chacun de vous. Amen !

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