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Stacy Algrain : "Que dirons-nous aux millions de réfugiés climatiques ?"

RCF, le 20 septembre 2022  -  Modifié le 17 juillet 2023
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Selon le GIEC, d'ici à 2050, 216 millions de personnes seront arrachées à leurs terres par la désertification et la montée des eaux. C'est 10 fois plus que le nombre total de réfugiés en 2021. Une perspective qui doit nous inviter à porter un regard différent sur la question des migrations explique Stacy Algrain.

Stacy Algrain Stacy Algrain

Est-ce que vous vous êtes déjà demandé ce que vous devriez dire à vos enfants ? À l’heure où les phrases comme “travaille bien à l’école, t’auras un bon métier” sonne étonnamment creux, on conseille quoi à un gosse de 12 ans en 2022 ? Du haut de mes 25 ans, je ne me réveille pas de bon matin avec ce genre de questionnement. Mais Virginie Despentes, avec son délicat et non moins saisissant de réalisme “Cher Connard”, se l’est posé pour moi.

 

C’est plutôt Oscar, l’un des protagonistes engagé dans une relation épistolaire avec Rebecca, qui nous dit ceci : "Qu’est ce que je peux dire à ma fille ? Soigne tes selfies, t’auras des followers. Ne réponds pas à tes mails après 22 heures. Apprends à bien faire ta valise, tu ne sais pas de combien de temps tu disposeras le jour où il faudra évacuer la ville et laisser ta maison derrière toi pour toujours ?"

 

Je me suis questionnée sur l’avenir auquel nous, enfin surtout vous, les actuels parents, devons préparer les bambins de notre société. Quitter son foyer, ces lieux si familiers et les souvenirs que l’on y a créés. Oscar se dit qu’un jour, eux aussi, devront partir, comme ça, dans un pays inconnu. Devenir des réfugiés du XXIe siècle et faire leurs valises… Qu’est ce qui les pousserait à partir ? Qui sait, les guerres, les famines, les pandémies. La vie a clairement plus d’imagination que nous, et les années précédentes nous l’ont bien montré. 


Mais il y a une raison que nous connaissons d’ores et déjà : la crise climatique. Tiens, si comme Mina, une Inupiak du petit village de Shishmaref en Alaska, vous observiez les vagues détruire inexorablement votre maison, qu’est-ce que vous mettriez dans votre valise ? Si comme oncle Mannnan et sa femme, habitants du delta du Bangladesh, vous viviez perchés sur une digue attaquée de toute part par les eaux saumâtres, vous emporteriez quoi ? 

 

Pour nous, habitants de l’hexagone, répondre à cette question ça semble pas tellement urgent. Maigre réconfort lorsque l’on sait que la Banque mondiale avertit que le changement climatique constitue un facteur de migration de plus en plus puissant. 

 

D’ici à 2050, le Giec alerte qu’ils seront des centaines de millions à être arrachés à leurs terres par la désertification et la montée des eaux. Oui, d’ici à 2050, 216 millions de personnes porteront la lourde étiquette de "réfugiés climatiques". 10 fois plus que le nombre total de réfugiés en 2021. 


Que diront ces hommes et ces femmes aux générations déracinées ? Sans billet, sans cabine, et sans valises de cuir jaune, d’où tireront-ils leur sécurité si ce n’est de notre solidarité ?

 

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