Pascale Morinière | La famille et l'entreprise
Si, depuis 1945, les syndicats représentent les intérêts des travailleurs, le « mouvement familial », avec l’UNAF, représente, lui de son côté, les intérêts des familles. Y a-t-il néanmoins des liens entre la Famille et le Travail ou entre les familles et les entreprises ? Autrement dit, ont-elles des intérêts convergents ou s’agit-il d’entités totalement séparées ?
Pascale Morinière ©DRLa toute première encyclique sociale, Rerum novarum de Léon XIII en 1891 s’attachait déjà à parler du « juste salaire ». C’est-à-dire le salaire qui permettait à l’époque au père de famille de nourrir dignement ses enfants et d’assurer leur avenir. « Le salaire ne doit pas être insuffisant pour faire subsister l’ouvrier sobre et honnête », écrivait Léon XIII ! Le contexte général de l’encyclique liait déjà le salaire à la famille. Ce point sera ensuite développé en 1931 par Pie XI dans l’encyclique Quadragesimo anno qui rend l’aspect familial plus explicite et relie le juste salaire à la justice sociale : Si le système économique ne permet pas un juste salaire pour le travailleur et sa famille, il faut réformer le système lui-même, expliquait Pie XI.
Aujourd’hui, on a une vive conscience des besoins d’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. La vie professionnelle ne peut pas déborder dans la vie familiale et, de même, on doit pouvoir être engagé dans son travail sans s’inquiéter pour les modes de garde de ses enfants… Toute ceci pour dire que l’entreprise et la famille ne peuvent pas être pensés l’un sans l’autre.
Qu’est-ce que le juste salaire pour une famille, aujourd’hui ?
De grandes entreprises comme L’Oréal, Schneider Electric ou Michelin se sont emparées de cette question depuis quelques années et se sont engagées à verser un salaire minimum décent à l’ensemble de leurs employés dans le monde. On entend par salaire décent un salaire pour faire vivre dignement une famille de 4 personnes et assurer une épargne.
Il existe un mouvement américain, la Coalition Mondiale pour le Salaire Décent qui fournit les données économiques pays par pays et certifie les entreprises. Ces entreprises, L’Oréal, Schneider Electric et Michelin, versent désormais de 1,5 à 3 fois le SMIC, selon le contexte local. Leurs certifications ont d’ailleurs toutes été renouvelées plusieurs années de suite. Il est donc possible aujourd’hui de s’inspirer de l’Enseignement social de l’Eglise pour le bien des familles.
Une question de plus en plus prégnante avec les évolutions démographiques
La baisse démographique va peu à peu se répercuter sur les travailleurs et les talents disponibles. Bonne nouvelle pour le chômage, mauvaise nouvelle pour les entreprises qui devront faire davantage d’efforts pour attirer leurs salariés. Celles qui développent déjà des politiques en faveur des familles : salaires décents, crèches d’entreprise, flexibilité du travail ou travail à temps choisi, etc. auront une longueur d’avance dans ce contexte.
Cela aidera aussi à l’accueil de nouveaux enfants. Les entreprises ont aussi un rôle à jouer dans la démographie en mettant en place des conditions financières et de conciliation vie familiale -vie professionnelle favorables pour permettre aux couples d’accueillir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent. La famille n’est pas seulement un choix privé elle est aussi, entre autres, une donnée de notre système économique !





