Accueil
Pacte sur la migration et l'asile : la réaction de Mgr Herouard

Pacte sur la migration et l'asile : la réaction de Mgr Herouard

Un article rédigé par RCF Notre Dame - RCF, le 10 juin 2026 - Modifié le 10 juin 2026
Point de vuePacte sur la migration et l'asile : la réaction de Mgr Herouard

Le pacte européen sur la migration et l’asile entre en vigueur vendredi 12 juin. Il est renforcé d’un texte adopté au début du mois de juin, le nouveau règlement retour, qui prévoit notamment des centres d'expulsion dans des pays tiers comme le Rwanda, l'Ouganda, l’Ouzbékistan. Ce texte a été voté grâce à l'alliance du PPE, la famille démocrate chrétienne européenne, avec des groupes d'extrême droite. Monseigneur Antoine Hérouard, archevêque de Dijon et vice-président de la commission des épiscopats européens (COMECE), dénonce une atteinte à la dignité des personnes et une dérive par rapport aux valeurs fondatrices de l’Union. Il était dans la matinale RCF Notre Dame. 

Mgr Antoine Hérouard à Lourdes le 12/08/2019 ©Laurent Ferriere / Hans LucasMgr Antoine Hérouard à Lourdes le 12/08/2019 ©Laurent Ferriere / Hans Lucas

RCF Notre Dame : Selon vous, l'Europe est-elle en train de trahir ses valeurs avec ce texte ?

Mgr Antoine Herouard : « En tout cas, c'est une question qu'on peut se poser, c'est-à-dire qu'on voit bien la nécessité d'abord, et ça il faut le souligner, d'avoir une politique européenne en matière de migration. Il y a quelque chose de positif parce qu'on voit bien que si chaque pays essaie d'avoir sa propre réglementation, les choses ne peuvent pas fonctionner. Mais en même temps, elle ne peut pas se faire à n'importe quel prix et il est important que le respect des droits fondamentaux des personnes, en particulier des personnes vulnérables, soit respecté pleinement. »

Qu'est-ce qui vous dérange dans ce texte ?

Ce qui dérange, c'est cette perspective d'installation de centres pour des personnes qui demanderaient le droit d'asile et des centres sont à l'étranger dans des pays comme le Rwanda, l’Ouganda ou l’Ouzbékistan, dont on ne sait pas s'ils vont respecter les droits des personnes concernées et d'autre part avec lesquels les migrants qui seront dans ces pays-là risquent de n’avoir aucun lien. Donc ils vont se retrouver complètement transplantés ailleurs. Nous rappelons simplement que le projet européen a toujours été enraciné dans des principes fondamentaux de solidarité, de fraternité, de protection des plus vulnérables et que ceci n'est pas quelque chose d'optionnel ou qui serait à géométrie variable mais que c'est au cœur même de l'identité de l'Union. Le risque, c'est aussi un risque pour l'Union européenne qui finalement défait ses propres principes. 

On accuse souvent le pape François, l'Église catholique aussi, d'une certaine naïveté sur la question migratoire. Qu'est-ce que vous répondez à cette accusation ?

Je pense que ce n'est pas exact. En même temps, c'est vrai que l'Église n'a pas pour mission de définir une politique migratoire, nous ne sommes pas un parti politique, mais nous avons aussi à rappeler des principes fondamentaux. Je pense qu'on a souvent accusé injustement le pape François de naïveté à ce sujet et on peut se rappeler aussi ce qu'il a dit à plusieurs reprises. J'ai cité dans mon texte une intervention devant une conférence justement faite par la COMECE et la Secrétairerie d'État à Rome il y a presque dix ans, en 2017. Il dit que ce n'est pas en opposition avec le droit de chaque autorité du gouvernement de gérer la question migratoire avec la vertu propre au gouvernement, c'est-à-dire la prudence. Il dit bien que les gouvernements ont le droit de définir des règles, qu'ils doivent tenir compte aussi bien de la nécessité d'avoir un cœur ouvert que de la possibilité d'intégrer ceux qui arrivent. On ne peut pas penser que le phénomène migratoire soit un processus sans discernement et sans règles. Je trouve ça tout à fait possible et souhaitable, mais on ne peut pas non plus ériger des murs d'indifférence ou de peur. 

Ils [les gouvernements] doivent tenir compte aussi bien de la nécessité d'avoir un cœur ouvert que de la possibilité d'intégrer ceux qui arrivent.

Le pape Léon, dans la toute récente encyclique, redit aussi cela en disant que la situation des migrants, des réfugiés, constitue un test décisif pour la justice sociale. Celle-ci implique deux engagements complémentaires, le droit à l'espoir de ceux qui sont contraints de partir et la possibilité de rester sur sa propre terre, en paix et en sécurité, en s'attaquant aux causes profondes qui poussent à la migration. Et pour moi, ça c'est un point très important, c'est-à-dire qu'on est toujours en train de définir des politiques qui se veulent restrictives, qui se veulent avec des sanctions, etc. Mais on ne s'interroge pas sur pourquoi est-ce que les gens viennent ? Pourquoi est-ce que les gens sont amenés à quitter leur pays ? Je pense que cette question-là, tout à fait fondamentale, devrait être au cœur de la politique européenne.

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Point de vue
©RCF
Découvrir cette émission
Cet article vous a plu ? Partagez-le :

Pour aller plus loin

Suivez l’actualité nationale et régionale chaque jour

Votre Radio vit grâce à vos dons

Nous sommes un média associatif et professionnel.
Pour préserver la qualité de nos programmes et notre indépendance, nous comptons sur la mobilisation  de tous nos auditeurs. Vous aussi participez à son financement !

Faire un don
Qui sommes-nous ?

RCF NOTRE DAME, la radio chrétienne.

RCF NOTRE DAME est née de la rencontre de deux grandes voix de la radio chrétienne en France : RCF et Radio Notre Dame.

Écoutée chaque semaine par 1 350 000 personnes, RCF NOTRE DAME propose une information rigoureuse, des débats exigeants et des programmes qui donnent du sens. Le réseau rassemble 65 radios locales et diffuse ses programmes sur 270 fréquences en France et en Belgique.

Reconnues d'intérêt général, les radios associatives du réseau RCF NOTRE DAME vivent essentiellement grâce aux dons de leurs auditeurs.