"Municipalité", le mot de la semaine
LE MOT DE LA SEMAINE – Alors que le cœur de la démocratie bat son plein avec les élections municipales, Jean Pruvost revient ce matin sur ce terme de « municipalité ». Bien que communément compris par la société, les origines de ce mot ne sont pas aussi transparentes que dans l’imaginaire collectif.
Jean Pruvost © Pascal HausherrPour rappeler d’emblée ce qu’est aujourd’hui une municipalité, il suffit de consulter la dernière édition du Dictionnaire de l’Académie française, gratuite sur internet. Et voilà ce que j’y lis : « municipalité, dérivé de municipal », attesté depuis le XVIIIe siècle.
Trois sens du terme « municipalité »
Suivent trois définitions avec, premièrement, « le corps des magistrats municipaux ». Entendons : la personne élue « maire », ses adjoints et les conseillers municipaux. Puis, par extension, il s’agit de « la commune », d’où l’exemple donné : « une municipalité rurale ». Enfin vient un troisième sens, acquis « par métonymie », ce qui consiste à remplacer un mot par un autre, qui se trouve avec lui en étroite relation. « Mairie », présenté comme vieilli, que l’on retrouve chez George Sand dans L’Histoire de ma vie, publié en 1868 où elle explique notamment que ses parents « se marièrent en secret à la municipalité du deuxième arrondissement ».
Des origines latines, au cœur de l’Italie
Remarquons, premièrement, que ce long mot de six syllabes ne connaît pas d’abréviation installée dans la langue, ce qui d’une certaine façon relève d’une marque de respect. Il est issu, en fait, du latin « municipium », désignant une ville dite « municipe », sur lequel est né l’adjectif « municipalis ». Le tout est tiré du latin « municeps », citoyen d’un « municipe », un mot sur lequel on va revenir. Mais repérons que dans « municeps », se niche d’une part le latin « munia », la fonction officielle d’un magistrat, et d’autre part le verbe « capere » : prendre le « municeps » représentant, donc celui qui « prend des charges », des « fonctions officielles ». Rappelons qu’un « municipe », mot présent dans tous nos dictionnaires français, était une ville de la région centrale de l’Italie où se trouve Rome, le Latium, « municipe » étant ainsi défini dans le Dictionnaire de l’Académie : « Titre que portaient les villes du Latium, de l’Italie (et plus tard de certaines provinces) dont les habitants possédaient la citoyenneté romaine tout en conservant le droit de choisir leurs magistrats. » D’où « municipal » pour qualifier ce type de ville, attesté en français dès 1474 et adjectif repris par Furetière en 1690, signalant qu’on « appelle officier municipaux ceux qui sont élus pour défendre les intérêts des villes […] comme les Maires et Echevins ».
Il faut cependant attendre 1758 pour voir attesté le mot « municipalité » en tant qu’« ensemble de personnes qui administrent une commune », et 1789 pour que les termes « municipal » et « municipalité » prennent un fier élan. Ils vont en effet se généraliser avec notamment le « conseil municipal ».
Le « maire » étant élu à sa tête. « Maire » est d’ailleurs un mot issu du latin « major », plus grand, adjectif qui est devenu un nom au XIIe siècle. Aux humoristes évidemment de s’en donner à cœur joie pour jouer sur ces mots. Par exemple : « lumières de la ville », au pluriel, pour désigner la municipalité, ou encore « personnel d’hôtel », entendons l’hôtel de ville ! Enfin quelle est l’anagramme du mot « maire » ? « Aimer ».
Dans le fond se faire « aimer » c’est bien le programme de toute personne devenant « maire » !


Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !




