Marie Wallaert | Pour le Carême, arrêtons de manger du sucre
LE POINT DE VUE DE MARIE WALLAERT - En ce début de Carême Marie Wallaert nous invite à un détour par les Mères et les Pères du désert. A leur suite, tentons de jeuner en arrêtant de consommer du sucre.
Marie Wallaert © DRJ’ai découvert il n’y a pas longtemps la sagesse des mères du désert. Ces femmes ont choisi d’abandonner leur vie quotidienne pour vivre au milieu du désert. Leur intention, c’était de se défaire de tous leurs désirs. Elles voulaient s’attacher à ce qui est vraiment essentiel. Et je me suis dit qu’à l’entrée du carême, c’est aussi ce qu’on cherche. Et c’est la raison pour laquelle vous choisissez d’arrêter de magner du sucre ajouté ? Oui, en tous cas on va essayer, avec mes colocataires. Car le sucre, c’est très politique. D’abord pour des raisons de santé. Mais aussi des enjeux sociaux. Et même pour des raisons écologiques.
Des enjeux sociaux
À la fin du XIXe siècle, le Premier ministre de la reine Victoria avait même déclaré, je cite : « Il est étrange qu’un produit qui charme l’enfance et adoucit la vieillesse ait été à l’origine de tant de catastrophes politiques. » En quoi le sucre est-il un enjeu social ? Le sucre, c’est l’une des raisons pour lesquelles les Européens ont développé l’esclavage. Quand ils ont découvert le sucre ils ont développé l’esclavage pour assouvir leur désir de sucreries. Or pour extraire du sucre, il faut énormément de personnes. Pour vous donner un ordre d’idée, sur une plantation sucrière il y avait entre 200 et 300 esclaves. En comparaison, pour une plantation de café il y avait 5 à 10 personnes. Finalement si on compte, parmi les 12 millions d’Africains qui ont été réduits en esclavage, plus de la moitié l’ont été pour la culture du sucre ! D’ailleurs, c’est l’un des produits que les abolitionnistes ont appelé à boycotter au XVIIIe siècle. Pour lutter contre l’esclavage, ils proposaient tout simplement d’arrêter de consommer du sucre. Aujourd’hui encore, le sucre est un enjeu social. En particulier parce que plus on est pauvre, plus on consomme de sucre, sans le vouloir. Pourquoi ? Parce que dans les produits les moins chers, il y a énormément de sucre ajouté. Cela pose d’importants problèmes de santé publique. Chaque année, le sucre tue un million de personnes en Europe. Il y a de plus en plus sucre dans notre alimentation ces dernières années. En France, on en consomme 2 fois plus qu’il y a quinze ans.
Les conséquences écologiques
Pour ne parler que de la France, la culture de la betterave sucrière a des conséquences très concrètes sur notre biodiversité. C’est justement pour cultiver cette betterave qu’on a réautorisé les néonicotinoïdes. Vous avez sûrement entendu parler de ces insecticides qui entraînent beaucoup de problèmes, dont celui de tuer les abeilles. A l’échelle mondiale, c’est également un souci. Une partie de la déforestation en Amazonie est dû à la plantation de canne à sucre. On comprend donc que vous ayez choisi d’arrêter le sucre pour cette période de Carême.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.




