Marie Wallaert | L'écoféminisme, une chance pour l'Église ?
LE POINT DE VUE DE MARIE WALLAERT | La journée internationale des droits des femmes a été célébrée ce dimanche 8 mars 2026. Marie Wallaert, membre du collectif Lutte et Contemplation, revient sur l’écoféminisme et son rôle dans la construction de l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’Église.
Marie Wallaert © DRQuel est le point commun entre des femmes en Inde dans les années 1920 qui ont enlacé des arbres pour éviter qu’ils ne soient abattus, et d’autres femmes en France aujourd’hui qui luttent contre un site d’enfouissement nucléaire à Bure ? Leur point commun, c’est qu’elles défendent à la fois leur vie, en tant que femmes, et leurs territoires. On parle ainsi d'écoféminisme.
Aux origines de l’écoféminisme
Un constat très simple : les femmes et la nature sont dominées par les hommes. Et cette domination a une racine commune.
Il y a eu 164 féminicides en France en 2025, soit un tous les deux jours. De quoi alimenter nos intentions de prières dominicales. Les agresseurs sont 91 % du temps des proches des victimes. Et plus de 80 % sont des hommes français. Du côté de la domination de la nature, les exemples ne manquent pas. On peut citer les 20 millions d’oiseaux qui disparaissent chaque année.
Des figures chrétiennes
Hildegarde de Bingen est souvent considérée comme une mère spirituelle de l’écoféminisme. A 13 ans, elle entre dans les ordres. Dans le silence de la pierre monastique, elle apprend à écouter les Écritures, mais aussi le bruissement des plantes. Elle en tire une intuition forte. Dieu n’est pas séparé du monde vivant. Elle nomme cette présence viriditas : la verdeur divine. C’est la force qui pulse au cœur de toute créature.
Qu’est-ce que Dieu ? Qu’est-ce que l’humain ?
Cela vient nous interroger sur certains automatismes que nous pourrions avoir.
D’abord sur le fait d’envisager un Dieu le Père masculin. Les écoféministes prient des figures de déesse. Cela vient nous rappeler le Mystère de Dieu, qui n’est ni homme, ni femme. Nous pouvons dans nos prières nous adresser à lui comme un être non genré, ou tantôt féminin, tantôt masculin, comme un être au-delà du genre.
Dans l’écoféminisme, l’être humain est compris comme une entité parmi d’autres. Le cosmos est composé d’êtres humains, de fleurs, d’animaux… Dans la perspective écoféministe, le monde entier devient « sacramentel ». La terre est sacrée. Les fleuves sont sacrés. Les arbres sont sacrés.
Les femmes dans l'Église
« Nous ne nous tairons pas plus longtemps » écrivait Gertrud Heinzelmann au Concile de Vatican II en 1964. Force est de constater qu’on est pourtant loin d’une égalité entre les hommes et les femmes dans l’Église en 2026.
Pour ne parler que de la prêtrise, Jésus était un homme, araméen, du 1er siècle, prêcheur entre ses 30 et 33 ans. Il a nommé à sa suite Pierre, un homme, araméen, dans la trentaine. Mais pourquoi ne pas avoir décrété que « seuls les araméens pouvaient prêcher ? » ou que « seuls les hommes entre 23 et 33 ans pouvaient prêcher ? » En quoi est-ce moins scandaleux d’avoir décrété que « seuls les hommes pouvaient prêcher ? »
Élisabeth Parmentier, dans Femmes et féminismes : « tant que les femmes n’auront pas trouvé leur pleine stature et la reconnaissance de leurs capacités et de leurs voix, le témoignage chrétien dans le monde est lui-même privé de sa plénitude ».
Autant de réflexions que l’héritage écoféministe vient revigorer.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
- Le lundi : Etienne Pépin, directeur de la rédaction de RCF Notre Dame ;
- Le mardi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mercredi : Laurent Landete, directeur général du Collège des Bernardins ;
- Le jeudi : Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales de France ;
- Le vendredi : Erwan Cloarec, président du Conseil national des évangéliques de France et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante.




