Marie Wallaert | Data center de Microsoft en Alsace : à quel prix ?
LE POINT DE VUE DE MARIE WALLAERT - Alors que les débats autour de l'intelligence artificielle s'intensifient , un collectif chrétien s'oppose à la construction d'un vaste data center à Mulhouse. Avec des enjeux technologiques comme la consommation d'eau, énergie, et le contrôle des géants numériques, comment remettre le numérique au service du bien commun ? Éclairage de Marie Wallaert, membre du collectif Lutte et contemplation.
Marie Wallaert ©DRLe collectif Lutte et contemplation s’engage face à la construction de data centers à Mulhouse. Engagement d’actualité, quelques semaines après la sortie de l’encyclique Magnifica Humanitas.
Ce qui m’interpelle moi en tant que chrétienne, c’est l’impensé démocratique autour de l’IA. Cet impensé, il s’incarne à la fois de manière très concrète dans la manière dont on utilise les ressources, et il recouvre aussi la mainmise des géants du numérique sur nos manières de vivre, nos manières de penser.
Le coût caché de l'IA
L’IA pose des questions démocratiques sur l’utilisation des ressources, parce qu’on ne choisit pas collectivement, démocratiquement : que faire de nos ressources.
Pour cela, les data centers sont un objet de réflexion très intéressant. Ils permettent de se poser, à partir d’un objet très précis, des questions qui concernent tout le secteur.
Si on prend l’exemple du projet de Microsoft à Mulhouse, il faudrait bétonner 36 hectares de terres agricoles, pomper l’eau du Rhin et dépenser en énergie l’équivalent de 80% de la population du département. Et tout ça c’est sans parler des métaux rares extraits dans des pays du Sud dans des conditions extrêmes.
Mais comment est-ce qu’on va faire pendant les périodes de sécheresse ? Est-ce qu’on empêchera les gens de boire et de se doucher pour faire tourner les data centers ? En cas de pic de demande énergétique, est-ce qu’on donnera la priorité aux data centers ou bien aux gens pour se chauffer en hiver ?
La méthode du pape face à l'IA
Dans son encyclique, le pape ne remet pas en question l’usage des technologies de manière générale. Ce qu’il dénonce en revanche, c’est la mainmise d’acteurs privés. Ces acteurs ont un agenda économique et politique qui n’est pas de servir le bien commun avec le numérique. Le pape nous invite à revenir à la doctrine sociale de l’Église, et surtout à la subsidiarité. La subsidiarité, c’est la capacité que j’ai de décider avec mes voisins de ce qui nous concerne.
Les GAFAM créent des outils figés, sur le modèle « nous faisons, vous achetez ». Ils cherchent à étendre le « temps de cerveau disponible ». Ils veulent commercialiser les données collectées. Le pape au contraire nous invite à remettre au centre le numérique comme un commun que nous avons en partage. Ce numérique, on le construit collectivement, avec des corps intermédiaires, des associations, des syndicats…
Je me demande à quoi ressemblerait le monde si on pensait un numérique proche des gens, local. Avec des coopératives qui hébergeraient des petits data centers entre voisins. Avec des logiciels qu’on puisse se réapproprier. Pour moi, cette notion de subsidiarité est intéressante parce qu’elle croise le prisme démocratique et théologique. Elle nous invite à construire un numérique pour le plus grand nombre, qui nous amène vers davantage de liberté et de commun.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.

