Marie Wallaert | Chlordécone et cadmium : les leçons d'un scandale sanitaire
LE POINT DE VUE DE MARIE WALLAERT - Trente ans après le drame du chlordécone aux Antilles, la France est-elle en train de reproduire les mêmes erreurs avec le cadmium ? Pourquoi continue-t-on d’utiliser des substances dont les effets sur la santé sont connus ? À l’heure où les députés examinent deux propositions de loi sur ces pollutions, Marie Wallaert fait un parallèle entre le scandale sanitaire d’hier et celui qui pourrait arriver demain.
Marie Wallaert ©DRLe chlordécone est un pesticide pour la culture de bananes dans les Antilles. Il pollue l’eau, les sols et provoque de très nombreuses maladies, comme le cancer de la prostate. En 1990, le gouvernement français a découvert que le chlordécone était très dangereux. Il a été interdit en France métropolitaine. Mais pas aux Antilles. Comme si la mort de personnes loin de l’hexagone n’était pas si importante, tant que nous pouvons continuer à manger des banane ; parce que des intérêts économiques pesaient plus lourd que des vies humaines. Aujourd’hui encore, 95% de la population en Guadeloupe est contaminée.
Le cadmium, c’est un peu le chlordécone d’aujourd’hui. C’est un métal lourd qu’on trouve dans les engrais phosphatés et dans le fumier. Les conséquences ? Pollution de l’eau et des sols, très nombreuses maladies (cancers, ostéoporose, effets sur le neurodéveloppement…). On le trouve beaucoup dans notre alimentation française : dans nos baguettes, mais aussi les pâtes, le riz, les pommes de terre, les fruits de mer… Bref, si on veut éviter le cadmium, on ne peut plus rien manger !
Pourquoi utilisons-nous ces produits s’ils sont si dangereux ?
On continue à utiliser ces produits parce qu’ils sont efficaces, à court terme, pour tuer toutes les mauvaises herbes. Surtout dans un système agricole à bout de souffle, avec seulement 1% d’agriculteurs pour nourrir toute notre population. C’est plus facile de minimiser les risques sanitaires d’un produit que de réformer notre système agricole. Surtout avec des agro-industriels puissants qui ont intérêt à le préserver, dans un contexte où le gouvernement refuse de les condamner fermement.
« Nous sommes les prophètes d’un avenir qui ne nous appartient pas »
Nous pouvons demander aux personnes que nous avons élues de voter des lois qui protègent notre santé, celle de nos enfants, et des enfants qui vivent dans nos outre-mer. Car « nous, nous sommes les prophètes d’un avenir qui ne nous appartient pas », comme l’a écrit le Cardinal John Dearden.
Je ne résiste pas à l’envie de vous en lire un court passage : « Durant notre vie, nous n’arrivons à accomplir qu’une petite partie de cette entreprise magnifique qui est l’œuvre de Dieu. (…) nous plantons des graines qui, un jour, germeront. Nous arrosons les graines déjà plantées sachant que d’autres en prendront soin. Nous posons les bases de ce qui se développera. Nous mettons le levain qui multipliera nos capacités. (…) Nous sommes les prophètes d’un avenir qui ne nous appartient pas »


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.




