Madeleine Vatel | L’irrésistible soif de pouvoir, ou comment le roi Saül perdit son job
LE POINT DE VUE DE MADELEINE VATEL |Avec les élections, ce n’est pas seulement la question du choix des candidats qui est posée, mais la façon d’exercer le mandat confié. La Bible pose un regard intéressant sur le pouvoir : à celui qui veut trop, il lui sera retiré ce qu’il a déjà. L’histoire de Saül est celle d’un homme qui ne se contentait pas de sa mission.
Le chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche. Crédits: Dan Scavino capture d'écran. Les élections sont l’occasion de regarder de près les questions de pouvoir dans la Bible. Parce que c’est souvent à rebours de ce que nous pensons y trouver. La semaine dernière, c’est avec le Prophète Samuel que nous avons lu comment se fait le choix d’un roi pour le Peuple. David était le bon car « Dieu ne regarde pas l’apparence comme les hommes, mais le cœur » (1Samuel 16). Aujourd’hui, ce qui m’intéresse, ce n’est pas le pouvoir, mais le contre-pouvoir. Ou plutôt comment le pouvoir exerce une attraction si forte qu’il crée aussitôt la soif d’en vouloir plus.
Au fond, est-ce qu’un roi ou un président peut vraiment en rester au mandat qui lui a été donné ? Le risque est de vouloir étendre ses fonctions, ses domaines de pouvoir.
Quand il s’agit de politique, l’envie d’aller vers le religieux est souvent très dangereux. J’ai été extrêmement marquée par une photographie, prise au moment où les forces armées américaines sont entrées en Iran. Le président américain prie, entouré de responsables religieux au cœur même du Bureau ovale. Tout est filmé, diffusé. En appeler à la bénédiction de Dieu, prier pour être inspiré, oui. Le médiatiser, l’instrumentaliser, ça pose question. Ce que dit la Bible, c’est d’une certaine manière, « à chacun sa mission ».
Illustrons cette tentation avec l’histoire du roi Saül. Vous vous souvenez peut-être que le Peuple hébreu était depuis longtemps guidé par des Prophètes comme Moïse. Et puis un jour, par comparaison avec les autres peuples, ils en ont marre, et eux aussi veulent un roi. Ils exigent un roi, comme les territoires voisins. Le prophète Samuel obtempère et c’est Saül qui reçoit l’onction. Mais voilà. À un moment, Saül perd son fonction si on peut dire. Pourquoi ? Quel a été le premier événement qui a fait que Saül a perdu son onction ? C'est le jour où... Saül a offert un sacrifice.
Saül voulait ajouter l'autorité religieuse à l'autorité politique
Il avait un pouvoir politique, il avait une armée, il menait des batailles, c’était sa mission, celle pour laquelle il avait reçu l’onction…Mais Saül voulait plus de pouvoir encore. Alors arrive ce qui le perdra : le roi Saül finit par décider tout lui-même. Il fait la guerre aux Philistins, mais soudain il va refuser soudain l’ordre qu’il entend de Dieu. Il désobéit. Première transgression. Puis il commence à offrir un sacrifice lui-même, ce n’est pas son rôle. Deuxième erreur. Quand le prophète Samuel arrive, il lui retire immédiatement le pouvoir. Alors qu’y avait-il de si grave à avoir offert un sacrifice à Dieu ? Est-ce que le roi... ne peut pas offrir un sacrifice ? En quoi est-ce une faute au point que Saül en perde son onction ? Dans cette histoire Saül est sorti de son rôle politique. Il a voulu ajouter l'autorité religieuse à l'autorité politique. Cela parait incroyable qu’il perde sa place de roi à cause de cela. Mais là on peut saisir une partie du message biblique : c’est que chacun a une vocation bien particulière. Et ce qui lui est demandé, c’est de la vivre à fond, et à sa place. Un roi comme un roi, un prêtre comme un prêtre, un prophète comme un prophète. Bref, chacun depuis son poste. Les influences existent mais le bonheur tient tant que personne ne cherche à se substituer au pouvoir de l’autre. Saül l’a compris…un peu trop tard.
Il y a ceux qui interpellent le pouvoir, et ceux qui l’exercent, ceux qui rappellent les exigences de justice, de dignité humaine. Et ceux qui ont été élus pour mettre en pratique ces exigences.
Retrouvez l’émission « la Bible nous parle » tous les lundis à 14h30 et le samedi à 15h.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
- Le lundi : Etienne Pépin, directeur de la rédaction de RCF Notre Dame ;
- Le mardi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mercredi : Laurent Landete, directeur général du Collège des Bernardins ;
- Le jeudi : Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales de France ;
- Le vendredi : Erwan Cloarec, président du Conseil national des évangéliques de France et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante.




