Madeleine Vatel | Pourquoi la fin de vie préoccupe tant les chrétiens ?
LE POINT DE VUE DE MADELEINE VATEL - Alors que le Sénat examine les propositions de loi sur la fin de vie, Madeleine Vatel rappelle que la souffrance et la peur de mourir concernent chacun. Une réflexion sur la dignité humaine., l'accompagnement et l'espérance face à l'épreuve.
: Madeleine Vatel © DRLes propositions de loi relatives à la fin de vie sont examinées au Sénat, jusqu’à mardi. Pourquoi est-ce un sujet important pour les chrétiens ?
Une question qui dérange
Je me suis demandée, après tout, pourquoi le sujet de la fin de vie préoccuperait-il plus les chrétiens que les autres ? Pourquoi, ceux qui sont convaincus que ça vaut la peine de mieux connaître Jésus, supporteraient-ils plus facilement de vivre malade et condamné ? Est-ce que vous croyez vraiment que c’est plus simple pour un chrétien d’apprendre qu’il a une maladie dégénérative ? Est-ce que vous pensez qu’un chrétien voyant tous les jours son père allongé, les yeux mi-clos, la bouche déformée, le corps meurtri de perfusion, pour lui c’est plus facile à admettre ? Que l’on vive soi-même avec une maladie grave, ou que l’on accompagne quelqu’un d’incurable, c’est violent, et ça reste une épreuve.
Et puis, à l’inverse, est-ce qu’un profane, un non-chrétien, s’en fiche d’emmener sa mère en Suisse à une date précise, et de vivre les mois qui précèdent comme un compte à rebours ? Est-ce qu’un non-chrétien revendique la liberté de mourir avec la même légèreté que celle de choisir son plat préféré ? Je ne crois pas. Il y a une gravité pour chacun à apprendre que la vie est menacée dans sa facilité.
Chrétien ou pas chrétien, devenir dépendant, ou voir ceux que l’on aime être diminués, ça reste extrêmement douloureux.
Face à la souffrance
Au premier abord, il est plus convaincant de se débarrasser de la souffrance que d’y consacrer du temps, ou de vivre avec. Qui pourrait dire le contraire ? Passer par l’expérience d’aimer quelqu’un jusqu’au bout, bousculer sa propre vie, changer ses priorités c’est extrêmement dur. Or c’est l’expérience seule ou c’est la foi qui laisse voir que quelque chose se vit au cœur des souffrances.
Vous avez peut-être déjà lu ce best-seller intitulé « au nom de tous les miens » et signé par Martin Gray, un juif polonais, rescapé du Ghetto de Varsovie, et du camps d’extermination nazi de Treblinka. Plus tard, il a aussi perdu sa femme et ses enfants dans un terrible incendie. Je l’ai rencontré quelques jours avant sa mort il y a 10 ans. Ce survivant m’a raconté qu’il avait pu traverser ses découragements, et les plus grandes épreuves de sa vie, grâce à une phrase que son père lui avait dite dans ses derniers instants, une seule : « Mon fils, la vie est sacrée, ne l’oublie jamais, va jusqu’au bout ».
L'Esprit de force
Les chrétiens croient que le Christ donne un supplément d’âme qu’on appelle l’esprit saint. La Pentecôte approche, et l’un des dons attribués à l’Esprit-Saint, c’est l’esprit de force. La vie divine dépasse infiniment nos forces.
Si on croit au Christ, si on lui fait une confiance totale, alors on croit que dans la situation terrifiante d’une maladie incurable, l’Esprit-Saint sera vainqueur de ma peur. Les Évangiles ne disent qu’une chose : quand tout semble perdu, terminé, fichu, désespéré : les chrétiens croient non seulement que la vie est sacrée, mais qu’une autre force à l’œuvre, que l’Esprit-Saint agit et bouleverse tout.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.




