Madeleine Vatel | Les feux de la saint Jean vous enflamment-ils ?
LE POINT DE VUE DE MADELEINE VATEL - Quel est le point commun entre un livre de bois géant brûlé en pleine université, des feux qui rassemblent les paysans depuis des siècles, et un pape qui encourage les écrivains ? La fête de la Saint-Jean met le feu aux esprits.
Madeleine Vatel © DRJe m’arrête sur ce jour qui fête le soleil à son apogée, marqué non pas par l’achat frénétique de climatiseurs, mais célébré dans les campagnes, par les feux de la Saint-Jean. Elle est pour les chrétiens comme une fête de la vraie lumière, celle du Christ annoncée par Jean-Baptiste. Et moi, je garde un beau souvenir de ces grandes veillées populaires dans les campagnes, où ce feu crépite, feu que les plus jeunes s’amusent à enjamber. Il y a quelque chose de magique et de joyeux, et l’atmosphère y est peut-être même un peu mystique.
La polémique du livre brûlé
Ce que je décris comme une soirée d’émerveillement, de convivialité, et de rassemblement a pourtant pris une toute autre tournure à Rouen… Peut-être d’abord parce que finalement, faire les feux de la Saint-Jean dans une grande ville, fût-elle la ville « aux cent clochers », je ne sais pas si c’est aussi pertinent. Ensuite parce que le prétexte, c’était un anniversaire, les soixante ans de l’Université publique de Rouen. Mais là où tout devient désordre, c’est que ce qui a été brûlé, ce ne sont pas des bûches préparées par les villageois, mais un livre. Un immense livre en bois, un livre ouvert sur un pupitre.
Quand des habitants, choqués, ont exprimé leur surprise, le maire leur a répondu : « Ce n’est pas un feu pour détruire, mais un feu de célébration et de joie dans la plus pure tradition de la Saint-Jean ». Hubert Heckmann, maître de conférences des universités, fait partie de ceux qui ont signé une tribune pour interpeller sur ce geste. L’université reste ce « lieu de transmission du savoir, de la lecture, de l’étude » et on ne saurait brûler l’objet qui symbolise universellement cette transmission : le livre.
Le feu des livres, pas des flammes
C’est vrai que même si ce n’est pas un autodafé à proprement parler, c’est quand même un livre géant fait de bois, qui a alimenté le feu de la Saint-Jean, pour marquer l’anniversaire d’une université… Je laisserai ceux que cet événement bouscule lire l’excellente tribune qui rappelle l’importance des symboles, de la culture et de l’esprit critique.
Justement, je voudrais m’arrêter sur une coïncidence intéressante. Ce même jour, fête de la Saint-Jean, le pape Léon XIV recevait à Rome en audience, une délégation d’écrivains venus du monde entier. Lui aussi voulait marquer un anniversaire : les 100 ans de la maison d’édition du Saint Siège. Face à ces gens de lettres passionnés, le pape Léon XIV s’est enthousiasmé pour la littérature. Il n’a rien brûlé mais il a mis le feu dans le cœur de ceux qu’il recevait. Il leur a redit combien écrire est je cite, « un acte de vérité, de révélation. Écrire révèle qui nous sommes, ce en quoi nous croyons et espérons, le monde vers lequel nous tendons, l’avenir dont nous rêvons ». J’ai retenu aussi une réflexion qui s’applique à tous ceux qui soignent, enseignent, décident : les journalistes, les politiques les éducateurs. Il leur a dit : « La vérité n’est pas un territoire à défendre, mais un bien à partager ». Alors, que ce soit les professeurs de l’université de Rouen, les écrivains reçus par le pape, tous cherchent à stimuler l’esprit, l’intelligence, à mettre le feu à nos préjugés, et à encourager l’émerveillement. À rêver aussi, comme dans ces soirées où seul le feu crépite, éclaire et réchauffe ceux qui s’approchent. Peut-être pour saisir une part de ce mystère de la Saint-Jean…


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.




