Madeleine Vatel | Léon XIV à Monaco : "Ce sont les petits qui font l’histoire"
La visite du pape Léon XIV à Monaco, une terre de luxe et de contrastes, a été l’occasion d’un discours sans détour sur la richesse, le partage et la responsabilité. En s’adressant aux puissants du Rocher, le souverain pontife a rappelé, dans l’esprit des Évangiles, que ce sont les petits, les humbles et les oubliés qui écrivent la véritable histoire du monde.
Madeleine Vatel © DRVive les riches !
La venue du Pape Léon XIV à Monaco, le pays des yatchs, des princes et princesses, le pays du luxe et des casinos. Mais un pays où l’argent coule à flot ostensiblement, est-il un pays qui peut recevoir le Pape ?
Le pape face aux clichés de Monaco
Il y a quelques jours, le clergé de Monaco nous mettait en garde de ne pas tomber dans le piège trop facile des clichés qui collent à l’un des plus petits états monde. « Oui bien sûr, il y a de l’argent à Monaco, nous disait-il, mais il y a aussi de la solidarité, une préoccupation pour les océans, une éthique dans les sujets sociétaux ». Alors, oui c’est vrai, il y a tout ça. Donc en résumé, Les Monégasques ont un cœur, pas seulement un porte-feuille.
Mais justement Pape Léon XIV a mis les pieds dans le plat. Il est entré à fond dans ces clichés, les pauvres, les riches. Tout simplement. Parce que c’est le cœur des Evangiles. Parce que aimer le monde, ça commence par arrêter le déni, ça commence par le regarder comme il est. Et le monde de Monaco, c’est bien celui des fourrures, des tesla, des palaces, des seaux de caviar, des marques de luxe. Bref, du matérialisme. C’est aussi celui de tous ceux qui travaillent pour ces grandes fortunes. Monaco, royaume de contrastes, où se croisent beaucoup de très riches, et quelques très pauvres.
Le Pape n’a pas cherché à faire diversion. Pour reprendre une formule d’Albert Londres, grand reporter du début XXème siècle, à propos du métier de journaliste, il s’agit de « porter la plume dans la plaie ». Porter la plume dans la plaie, c’est aller au cœur du sujet, fusse-t-il gênant, fusse-til dérangeant. Au nom de son baptême, de sa foi, le Pape a dit à l’humanité, celle du Rocher et d’ailleurs, les devoirs et les responsabilités qu’implique de posséder des millions d’euros. Et ce devoir, en quoi il consiste ? c’est un devoir de partage, de don, de service. Et de gratitude.
Les richesses bibliques et la vraie grandeur
Le Pape Léon XIV au balcon du Prince Albert II et de Charlène, a en effet dit « ce sont les petits qui font l’histoire ». Les petits Etats, les petites gens, ceux qu’on ne voit pas ? Assurément. En tout cas, c’est comme ça dans la Bible. Les bègues, les boiteux, les timides, les froussards, les lâches, les bons à rien. Voilà ceux qui annoncent le Royaume de Dieu. Et pourtant, je vous le donne en mille : les grandes figures de l’Ancien testament croulent sous les richesses. OUI. C’est étonnant ? Ecoutez, Abraham possède un immense troupeau, de l’argent et de l’or. On dit de Jacob qu’il regorgeait de biens. Le roi Salomon, le plus grand de tous les rois, avait une sagesse aussi immense que sa fortune. Quant à Job, il a 10 enfants, un gigantesque cheptel et de nombreux serviteurs. La Bible dit même que c’est « l’homme le plus riche de tous les fils d’Orient ». Alors que comprendre ?
Ce que la Bible interroge : c’est l’usage de ces biens et c’est aussi et surtout la confiance que nous plaçons en Dieu. Et cette confiance elle existe si nous gardons une place pour le manque, si nous continuons à donner. Donner notre argent et un peu de nous-mêmes. Mais c’est vrai, l’amour des autres, ça coûte. Ca nous arrache un bout de nous-même parfois, ca nous déroute. Ca n’a pas de prix, et ca vaut de l’or. Et à y regarder de plus près, dans l’Ancien testament, ce qui plait à Dieu, ce sont ceux qui lui remettre leur vie, leurs décisions, leurs
hésitations. Et finalement leurs pauvretés, leur fortune. Ce sont les petits qui font l’histoire. Encore faut-il reconnaitre que Dieu est grand. Et ça c’est à la fois un privilège, une exigence et une sacrée richesse.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.




