Madeleine Vatel | Jéricho, Iran, paix et guerre
LE POINT DE VUE DE MADELEINE VATEL | Alors que l’actualité récente est submergée par la guerre en Iran et l’effroi qu’elle suscite, Madeleine Vatel revient sur les récits de la Bible qui relatent cette violence. Quelle place pour Dieu ? Qu’est-ce que les récits bibliques nous rappellent de la résilience face à la violence ?
Madeleine Vatel © DRIl existe massacres, pillages et persécutions dans l’actualité : mais pas seulement pour l’Iran. Ils sont aussi dans le quotidien du chrétien qui lit la Bible. Avec derrière la question : Dieu prend-il parti dans la guerre ? Dieu choisit-il un camp et se bat-il pour lui ?
L'Ancien Testament nous expose aussi à la violence, et nous livre une réflexion sur le mal. Alors faut-il prendre ces textes à la lettre ? Si oui, Dieu est-il aussi un guerrier ? Et si non, pourquoi lire ces textes beaucoup moins enthousiasmants qu’un paradis fait de miel, de douceur, de montagnes enneigées et de prospérité ? Quelle est l’intention des auteurs de ces récits effrayants ?
C’est intéressant, cette semaine, mon invité était un théologien originaire des Pays-Bas. Et Anton Van der Lingen s’est intéressé à ces textes violents à un moment crucial de l’histoire de son pays. On est dans les années 80, c’est le débat sur l’armement nucléaire aux Pays-Bas. Les Églises catholique et protestantes de son pays participent aux débats. À cette époque, notre théologien néerlandais est un jeune papa qui cherche dans la Bible des réponses. Et il s’aperçoit alors que les pro-nucléaires vont y trouver autant de réponses que les anti-nucléaires. Donc il est un peu perdu. Et va démarrer une recherche qui dure depuis presque 50 ans.
Dieu des tempêtes, des grêlons et des déluges : Dieu libérateur ?
Anton Van der Lingen a compté dans l’Ancien Testament, 600 références à la violence humaine, et 1000 à la violence divine. Autant vous dire que le Dieu gentil, sympa, miséricordieux, plein d’amour, et tout entier donné à notre cause, est un peu difficile à voir dans toutes ces terreurs.
Si vous regardez bien, dans ces textes, c’est un Dieu libérateur qui apparait, un Dieu qui sauve des situations catastrophiques, qui emmène le Peuple finalement en terre promise. La plupart de ces écrits de guerre l’ont été au moment de l’exil babylonien du peuple israélite. Ce sont des prédications de liberté, des prédications d’espérance, des récits qui racontent qu’on survit à ces horreurs si on suit Dieu. Le peuple de l'époque, c'était le peuple en exil, en détresse, sans espoir, sans temple, loin de Jérusalem, perdu au milieu d’autres traditions, d’autres dieux.
Une image de Dieu qui change au fil des pages de la Bible…
Dieu se révèle à travers le temps et les époques. Ce n’est pas très facile à comprendre mais ce que disent les exégètes, c’est qu’il y a un développement au fil du temps. Dieu s'est montré aux croyants, aux prophètes, aux rois, puis à travers Jésus et progressivement nous le découvrons. Mais je dois dire que ce qui m’interroge c’est justement comment nous voyons Dieu aujourd’hui ? Est-ce qu’on en a encore une image ? Est-ce que nous le cherchons dans nos vies ? Est-ce qu’il est perçu comme un Dieu libérateur, un Dieu d’amour, un protecteur, une terre promise, une liberté !
Vaincre la violence : une confiance en Dieu
Si on prend l’exemple de la forteresse de Jéricho, qui est sur le chemin de la terre promise. Avec leur chef Josué, les Israélites font le tour de la ville en silence. Et soudain en dansant et en chantant, ils vont voir les murs s’écrouler. Ils ont confiance dans la grandeur de Dieu. Les gens du désert, sans arme, mais avec des trompettes, vont remporter la bataille. Pas la conquête d’un territoire, du pouvoir, du nucléaire, ou de l’idéologie. Mais la bataille d’une vie nouvelle, d’une grandeur différente, et d’une dignité différente de l’homme. Mais jusqu’au dernier moment, comme Pierre, nous préférons sortir l’épée. Il existe toujours une bonne excuse pour sortir l’épée, ou pour envoyer un drone. La paix est une bataille si difficile. En ce temps de carême, on le sait trop bien… Il va falloir prier pour arriver à faire tomber les murailles de notre petit Jéricho !
Pour en savoir plus, je vous invite à écouter l’émission Halte spirituelle, aujourd’hui et tous les jours de la semaine à 15 h 15 et 20 h 45


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.




