Madeleine Vatel | Epstein et les vertus
LE POINT DE VUE DE MADELEINE VATEL : Le 30 janvier dernier, le ministère de la Justice américain a publié plusieurs millions de nouveaux documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein. Madeleine Vatel, journaliste pour RCF Notre-Dame, revient sur l’absence de vertu dans cette affaire de pouvoir revenue sur le devant de la scène.
Madeleine Vatel © DRL'affaire Epstein, c'est toute la question du pouvoir qui est revenue sur le devant de la scène : pouvoir politique, financier, économique. L'histoire de ce milliardaire courtisé de toutes parts, capable des pires horreurs auprès des plus fragiles, évoque la fascination qu'exercent ceux qui peuvent tout s'acheter. L'univers d'Epstein, c'est celui de tous les excès, les villas les plus folles, les expériences les plus extrêmes, mais également les transgressions les plus ignobles. Epstein incarne ce que les récits fondateurs ont toujours raconté, le pouvoir jamais arrêté est une folie qui conduit à la destruction. Il a été retrouvé pendu dans sa cellule et les dégâts de ses actions se multiplient par la puissance de son réseau et sont révélées jour après jour.
La vertu, une valeur exempte pour l’élite ?
Depuis quelques jours je lis des articles qui parlent de vertu. Ils dénoncent le comportement scandaleux d'une élite que personne n'a jamais vraiment contrôlée mais dont tout le monde s'effraie, d'autant que les dégâts ont impliqué de nombreux pays. On y découvre le train de vie et le réseau de magnats, d'oligarques, le royaume des scandales en tout genre, célébrant ces malfaits en complète impunité. Un royaume inaccessible en dehors de toute règle commune où les puissances sont protégées des milliardaires, des responsables politiques jusqu'à la famille royale.
Une décadence liée à l'impunité
Une décadence mais surtout un homme et l’intégralité de son réseau qui l'incarnent et qui ont bénéficié de ce qu'il autorise : l'impunité. Ce qui m'a marquée, c'est l'appel à la vertu, comme si ces scandales financiers, politiques ou sexuels venaient révéler nos manquements à la justice et l'exigence à laquelle aspire l'homme, celle finalement d'un monde vertueux.
Un modèle de vertu, l’astronaute Sophie Adenot
L'astronaute Sophie Adenot, qui vient de décoller pour la Station spatiale internationale, a fait l'objet de nombreux portraits. Pour décrire celle qui va partir huit mois dans l'espace et qui reconnaît avoir l'âme d'une exploratrice, les commentateurs ont souligné ces nombreuses vertus : le sens de l'effort et du travail, celui de la discipline, du sang-froid aussi.
Des vertus théologales et cardinales
Les chrétiens ajoutent un petit supplément d'âme avec les vertus théologales et les vertus cardinales, qu'on appelle également les vertus morales. Les premières, ce sont les vertus théologales qui concernent notre relation à Dieu. Puis, les vertus cardinales, concernent notre relation aux autres.
Vertu et Carême sont-ils liés ?
Dans les deux cas, c'est un chemin et un combat spirituel. Faire le bien, donner le meilleur de soi-même, agir, non pas seul, mais en reconnaissant qu'on n'y arrivera pas sans Dieu, peut nécessiter les vertus. Et l'une d’elles, c'est le courage, appelé aussi force d'âme. Elle rend capable de vaincre la peur, même celle de la mort ainsi que d'affronter l'épreuve et les persécutions. C’est le catéchisme de l'Église catholique qui l’évoque. Peut-être que je préfère ce que relate le pape François. Un chrétien sans courage, qui ne plie pas ses propres forces au bien, qui ne dérange personne, est un chrétien inutile. C'est un peu fort, mais on reconnaît bien là le pape François. Le chrétien doit venir déranger et c'est ce qui va se passer aussi avec la question de la fin de vie que vous allez aborder ce matin dans la matinale. Déranger n'est pas incompatible avec la vertu de la tempérance. Le philosophe Aristote a été interrogé par son fils Nicomaque sur l'art de vivre et il se demandait pourquoi est-ce que tout le monde recherchait le bonheur et que si peu y parvenaient. À cette question, Aristote avait répondu que ce bonheur a quelque chose à voir avec la tempérance. Une vertu dont fait preuve justement l'astronaute française Sophie Adenot et que tout le monde est invité à suivre.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
- Le lundi : Etienne Pépin, directeur de la rédaction de RCF Notre Dame ;
- Le mardi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mercredi : Laurent Landete, directeur général du Collège des Bernardins ;
- Le jeudi : Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales de France ;
- Le vendredi : Erwan Cloarec, président du Conseil national des évangéliques de France et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante.
