Madeleine Vatel | Du même cœur que les bâtisseurs de cathédrales
Les élections sont l'occasion de réfléchir sur l'engagement. Et notamment sur les actions attendues du chrétien. Doit-il s'impliquer plus que d'autres, doit-il vraiment s'intéresser à ses tâches terrestres, s'il est déjà tourné vers le Ciel ?
Madeleine Vatel © DRQue veut dire l’engagement pour un chrétien ? En politique, mais pas seulement. S’impliquer dans les affaires du monde, dans celles de sa famille, de la société, de sa profession : est-ce un devoir qu’impose l’Evangile ? Et jusqu’où agir au cœur même de son quotidien ? Ces questions nous allons les approfondir tout au long de la semaine à travers les écrits de penseurs chrétiens, et des textes bibliques, et ceux du Magistère.
L’engagement chrétien : éliminer la scission entre la vie spirituelle et la vie personnelle
Les théologiens se sont beaucoup interrogé sur ce qui fait l'agir d'un chrétien, mais ils ne se sont pas vraiment interrogés sur le fait de s’impliquer ou pas, mais plutôt sur l’erreur qui consisterait à séparer vie spirituelle et vie personnelle. Par exemple, l’un des textes travaillé et publié lors du concile Vatican II, exhorte " les chrétiens, à remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres, en se laissant conduire par l’esprit de l’Évangile ". Ces mots sont ceux de la constitution pastorale Gaudium et Spes, de 1965. Et ce document raconte ce qui est attendu des chrétiens dans le monde : la foi, et la vocation de chacun, fait justement des tâches terrestres, " un devoir pressant ". Le Concile redit qu’il n’y a pas, " d’opposition artificielle entre les activités professionnelles et sociales d’une part, la vie religieuse d’autre part ".
Un devoir d’État
Les pensées du résistant Edmond Michelet nous éclaireront aussi dans l’émission "Halte spirituelle" de cette semaine consacrée à l’engagement. Edmond Michelet, capturé en février 1943, puis déporté à Dachau, survivra et deviendra plusieurs fois ministre du général de Gaulle. Et ses écrits sont très intéressants pour comprendre cette question. Le philosophe Paul Valadier commente un écrit d'Edmond Michelet à propos de son père, " il se faisait de sa profession une haute idée qui ôtait l’envie d’en rire à ceux qui la trouvaient dépourvue de noblesse. Je l’ai vu, dans mon enfance, servir des clients, s’assurer qu’ils ne seraient trompés ni sur le poids de la marchandise, ni sur la qualité : faire son devoir d’état du même cœur que les bâtisseurs de cathédrales ". On reconnaît l’inspiration du poète Charles Péguy. Saint François de Sales, dans son langage si imagé disait lui, qu’il " faut travailler au champ où nous sommes ".
Une belle définition de l'engagement
On peut s’appuyer sur ces définitions, pour mieux comprendre où le chrétien est attendu. Je me permets de vous partager une citation d’Emmanuel Mounier, un philosophe français du XXème siècle à qui nous consacrons également une émission. Il est celui qui a insisté sur le réalisme spirituel. Pour lui, il ne faut surtout pas attendre des causes parfaites et des moyens irréprochables pour agir. Les combats d’une certaine manière, seront toujours discutables et c’est pourtant dans ces conditions que tient l’engagement. Et en 1949, il écrivait " l’événement sera notre maître intérieur ". Il voulait dire que ce qui relève de l’ordinaire ou de l’extraordinaire des jours, peut devenir un ressort de vie intérieure. Pour un journaliste, c’est intéressant, il faut ainsi composer avec le réel…


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
- Le lundi : Etienne Pépin, directeur de la rédaction de RCF Notre Dame ;
- Le mardi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF Notre Dame ;
- Le mercredi : Laurent Landete, directeur général du Collège des Bernardins ;
- Le jeudi : Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales de France ;
- Le vendredi : Martin Dumont, historien, auteur de La France dans la pensée des papes, de Pie VI à Léon XIV (Editions du Cerf) et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante.




