« Les actes sont souvent indéfendables mais les gens jamais », Solange Doumic et ce que le pénal apprend sur l'être humain.
Trente ans à défendre l'indéfendable. Comment continuer à croire en l'homme quand on passe sa vie face aux criminels ? Avocate pénaliste, Solange Doumic a participé au procès du tueur en série Guy Georges. Pourtant, ce n'est pas la noirceur qui l'a le plus marquée. Son parcours raconte une autre histoire.
Solange Doumic, avocate pénaliste ; Crédit photo : Hans LucasPendant plus de trente ans, Solange Doumic a fréquenté les cours d'assises et les dossiers criminels les plus lourds. Elle a participé au procès de Guy Georges, le « tueur de l'Est parisien », dont les crimes ont marqué la France à la fin des années 1990. Cependant, lorsqu'elle raconte son métier, ce n'est pas d'abord la violence qui revient. C'est l'humain.
Les actes sont souvent indéfendables, mais les gens jamais
Cette phrase de l'avocate, résume une vision du pénal qu'on entend rarement. Là où on a tendance à rapidement classer les accusés entre innocents et coupables, Solange Doumic est plus nuancée. « Le pénal, c'est un grand lieu d'humanité », dit-elle.
Le procès de Guy Georges, ou le face-à-face avec le mal
Impossible pourtant d'ignorer la réalité des crimes. Au procès de Guy Georges, elle représente la famille de Pascale Escarfail, première victime reconnue du tueur en série.
L'un des moments décisifs du procès survient après plusieurs jours d'audience. En observant l'accusé, l'avocate remarque qu'il utilise constamment sa main gauche alors qu'il affirme ne pas être gaucher. Ses questions finissent par provoquer une réaction inattendue chez lui, puisque Guy Georges mime alors un coup de couteau avec une violence qui va glacer la salle.
Quelques jours plus tard, il passe finalement aux aveux. Toutefois, ce procès laisse quand même une question que Solange Doumic continue de porter aujourd'hui : « Pourquoi tout ce mal ? Pourquoi toute cette douleur ? ». Dostoïevski, Hannah Arendt ou encore Elie Wiesel ont tenté d'y répondre avant elle, sans jamais vraiment trouver de conclusion sur le sujet.
Voir la fragilité derrière les crimes
Ce qui a le plus transformé l'avocate ne vient pourtant pas des grands procès médiatisés. Elle cite plutôt ses commissions d'office, dossiers attribués à de jeunes avocats, ainsi que des rencontres avec des détenus ou des sans-abri.
L'un d'eux l'a particulièrement marquée. Un SDF accusé de deux homicides lors de bagarres. « Il était complètement perdu. Et en même temps, il avait parfois des réflexions pleines de bon sens ».
Ces parcours ont nourri chez elle une forme d'humilité. « Quelle chance on a d'avoir cette vie-là », souffle-t-elle avec émotion. Solange Doumic a toujours eu de l'attention pour les plus fragiles. Elle considère cela comme primordial dans la société. « Une société qui laisse tomber ses plus fragiles, c'est une société totalitaire », affirme-t-elle.
Une pépite dans chaque homme ?
Sa foi n'est jamais loin. Elle lui permet de croire que personne n'est définitivement perdu, et enfermé dans ses actes.
Je crois très profondément que chacun est aimé
Même les criminels ? « Oui. Je pense que dans chaque homme, on peut trouver une pépite », estime-t-elle. Tandis que les procès et dossiers s'enchaînent, à l'exemple de l'affaire Lyhanna qui bouleverse l'actualité en ce moment, comment continuer à croire en l'homme après avoir vu de si près ce qu'il peut faire de pire ? Solange Doumic répond sans hésiter : « Je crois profondément que le meilleur est devant ».


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