Le mot de la semaine : Ballotage… et scrutin
LE MOT DE LA SEMAINE – Ce dimanche 15 mars, les électeurs de 34 000 communes se sont rendus aux urnes pour le premier tour des élections municipales. À cette occasion, Jean Pruvost revient ce matin sur les termes « ballotage » et « scrutin », au goût de l’actualité.
Jean Pruvost © Pascal HausherrLe mot « scrutin » n’est en rien transparent. Pourtant, si j’évoque son origine latine, le verbe « scrutari », fouiller, explorer, ayant donné « scruter » en français mais aussi « scrutinium » en latin, le fait de fouiller, de scruter, on perçoit confusément déjà le chemin que va prendre ce mot.
Le mot « scrutin » : une naissance au sein des premiers lieux de démocratie
En 1251, on repère la formule « par crutine », signifiant « par vote secret », qui sera parfois amplifiée par un préfixe habituel en devenant « escrutine ». De fait, en 1351, on peut lire que l’on « escrutina les mystères divins ». En vérité, il ne faut pas l’oublier, c’est un terme issu en grande partie des premiers lieux de démocratie que furent les couvents. Il suffit de lire, en l’occurrence, la toute première définition du mot « scrutin » que nous donne Richelet en 1680 dans notre premier dictionnaire monolingue, le Dictionnaire françois : « Scrutin ».
Terme de certains religieux et de certaines religieuses. C’est un recueil de voix, un examen de voix pour donner son suffrage sur le choix de quelques officiers religieux, ou sur la réception de quelque novice religieux. Ces voix se donnent d’ordinaire par « billets », ces derniers correspondant à quelques mots écrits portant un nom. Au reste, ceux qui ramassaient ces billets pliés étaient dits « scrutateurs ». C’est l’occasion de rappeler une formule : « Dieu est le scrutateur des cœurs ». Au passage, quelle est l’anagramme de « scrutiner » ? « Incruster ». C’est bien le rêve des candidats : pouvoir au bon sens du terme s’incruster !
Aux origines du mot « ballotage »
Il faut en vérité le rattacher aux « ballotes ». Le ballottage consistant en effet autrefois à voter avec des « ballottes », ce qu’enregistre le Dictionnaire de l’Académie en 1694 : « Ballotter ». Donner les suffrages avec des ballottes. La ballotte est de fait étymologiquement une « petite balle », ce mot étant emprunté à l’italien, la ballotta, servant donc à voter. De l’expression « ballotter deux candidats », signifiant en premier lieu : renvoyer à un second tour de scrutin une élection lorsqu’aucun des candidats n’a obtenu la majorité absolue des suffrages universels.
Est née au XIXe siècle la notion de « scrutin de ballotage », abrégée en « ballotage » entre deux candidats. Ce n’est enfin que dans la seconde moitié du XIXe siècle que le ballotage a évoqué également le fait pour un objet d’être secoué, notamment au cours d’un voyage. On se trouve en réalité ici avec un lien s’établissant avec le « ballot », au départ un paquet plus ou moins rond ressemblant à une balle, transporté sans ménagement. De là est issu le « ballot », en tant que personne peu éveillée. Ce n’est évidemment pas le cas des personnes qui participent aux élections. En cas d’échec, peut-être pourrait-on, imaginer avec un humoriste jouant sur le mot « balle », qu’on pourrait offrir à celles et ceux dont le ballotage a été défavorable un petit « ballotin » de chocolat, en guise de bien maigre consolation.


Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !




