Café philo : "L’autre est-il nécessairement un adversaire… ou peut-il devenir une chance ?"
« L’autre n’est pas seulement une menace : il est la condition même de notre humanité ». Dans ce café philo de l'émission Inspiration sur RCF Lyon, Laetitia de Traversay reçoit la philosophe Mathilde Naegelen, conférencière au collège supérieur de Lyon. Ensemble, elles explorent une question aussi intime qu’universelle : Rencontrer l’autre, est-ce un risque ou une nécessité vitale ? Avec cette interrogation en filigrane : « L’autre peut-il être à la fois ce miroir qui nous dérange et qui nous fait grandir ? » Et si l’autre n’était pas seulement celui qui s’oppose, mais celui qui nous révèle à nous-mêmes ? Cela nous met devant un défi ancien, celui d'accueillir l’autre sans le juger : une invitation toujours actuelle et une conversation philosophique qui touche au cœur de notre humanité.
L'autre, une chance pour grandir en humanité - crédit Shvetsa via Pexels« L’autre me dérange parce qu’il me ressemble »
Dès les premières minutes, Mathilde Naegelen nous invite à déplacer notre regard. L’autre n’est pas simplement celui qui s’oppose à moi : il est un alter ego, un autre moi-même. Et c’est précisément là que naît la tension. Parce qu’il me ressemble, l’autre devient un miroir. Un miroir parfois inconfortable. Il révèle qu’il existe d’autres façons de vivre, de penser, d’être au monde — et vient ainsi bousculer l’image que je me fais de moi-même.
Cette proximité nourrit la comparaison, puis la rivalité. Dans nos sociétés contemporaines, cette dynamique se retrouve partout : en politique, en économie, dans les relations humaines. L’autre devient alors facilement un concurrent, voire un ennemi. Mais cette adversité cache une question plus profonde : et si ce qui me menace chez l’autre était aussi ce qui pouvait me faire grandir ?
« Sans autrui, je ne suis plus tout à fait humain »
En convoquant des penseurs comme Hegel, Sartre ou Lévi-Strauss, la philosophe éclaire les tensions du face-à-face humain. Chez Hegel, la rencontre est une lutte pour être reconnu. Chez Sartre, le regard de l’autre peut enfermer, figer, réduire. Chez Lévi-Strauss, nous découvrons combien notre regard est marqué par notre propre culture, au point de juger l’autre sans vraiment le rencontrer.
Et pourtant, un basculement s’opère avec la figure de Robinson, revisitée par Michel Tournier. Privé des autres, Robinson fait une expérience radicale : celle de la déshumanisation. Peu à peu, sans regards croisés, sans paroles échangées, sans confrontation des points de vue, le monde perd de sa cohérence… et lui-même se perd.
« L'autre, une pièce maîtresse de mon univers. »
Cette phrase résonne comme un retournement : ce qui pouvait apparaître comme une menace devient une nécessité vitale. L’autre ne se contente pas de me limiter : il m’aide à penser, à voir plus juste, à exister pleinement.
C’est dans l’altérité que naissent le dialogue, la créativité, et même la vie
Accueillir l’altérité comme un chemin de vie
Au fil de cet échange, une conviction se dessine : la relation à l’autre est exigeante, parfois dérangeante, mais elle est fondatrice. Loin de se réduire à une opposition, elle devient un lieu de transformation. S'il m'arrive de ressentir l'autre comme une menace, j’ai aussi profondément besoin de lui. Mathilde Naegelen nous invite ainsi à un déplacement intérieur : passer de la méfiance à l’ouverture, du jugement à l’accueil.
Une invitation simple et profonde : oser rencontrer l’autre, non comme un adversaire, mais comme un passage.


Des itinéraires inspirants, des cafés philo, du conseil conjugal et familial et de la Communication Non Violente, le samedi à 16h50 et le dimanche à 9h30.
Lætitia de Traversay donne la parole aux hommes et aux femmes qui construisent ce monde, discrètement et passionnément : spécialistes du couple et de la famille, philosophes, formatrices en CNV (Communication Non Violente), des personnes qui osent s'engager et relever des défis, portées par leur foi en Dieu et leur foi en l'Homme.
