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RCF La fraternité, première victime des élections, par Benoist de Sinety
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La fraternité, première victime des élections, par Benoist de Sinety

Un article rédigé par Benoist de Sinety - RCF, le 28 juin 2024  -  Modifié le 28 juin 2024
Tribunes chrétiennes La fraternité, première victime des élections, par Benoist de Sinety

LA TRIBUNE DE BENOIST DE SINETY - Benoist de Sinety, prêtre à Lille, souhaite ce matin revenir sur les élections législatives de dimanche. Il nous parle de fraternité.

Benoist de Sinety © Hans Lucas / P. Gaillardin Benoist de Sinety © Hans Lucas / P. Gaillardin

Le risque porté par les deux extrêmes est également mortel pour l’âme de notre pays. Ainsi, une amie professeure de lettres me confiait l’autre jour que dans le lycée catholique où elle enseigne, elle suggéra à ses élèves de lire quelques pages de Simone Weil. Une jeune fille lui répondit du tac au tac : "moi Madame je ne lis pas les livres d’une juive."


Dans le même temps, un chauffeur de bus scolaire, à Thiais, en région parisienne, qui avait manifesté de l’impatience devant une voiture qui occupait sa place de stationnement, était renversé par le chauffard, et traité de "sale arabe." 

Quel que soit le vainqueur des élections à venir, la première victime risque bien d’être la fraternité


Des insultes racistes, des jugements antisémites, il y en aura toujours car on ne peut extirper la bêtise (pour ne pas dire plus) ni par la loi ni par la police. Même l’éducation n’y suffit pas. Il nous faut accepter de vivre en société avec un certain degré de violence verbale et physique inhérent à notre humanité. Les lois sont là pour donner le cadre acceptable, la police pour réprimer les débordements et l’éducation pour les prévenir.


Ce qui est nouveau depuis quelques mois maintenant c’est l’aspect désinhibé de ces comportements, de plus en plus nombreux et de plus en plus revendiqués et affichés. On est loin du corbeau qui désignait le juif, ou du lâche qui taguait "à mort les arabes" de nuit et hâtivement. On est aujourd’hui dans une décomplexion de la bêtise et de la méchanceté. Au point que des parents s’interrogent pour savoir s’il est raisonnable de laisser grandir dans son pays un enfant noir qui y est pourtant né. Au point que de nombreuses familles juives, tout en détestant la politique de Netanyahou, se préparent à faire leur Alya...


Certains prétendent que la parole se libère. Je ne le pense pas. Ce qui se libère, c’est le mal. Le mal qui se manifeste par les insultes et les cris, les spasmes hoquetant de la haine et de la peur. L’inverse d’une parole. Même si ce sont des mots, des phrases, des textes. L’inverse d’une parole. En tout cas dans ce que les chrétiens entendent par ce terme : la parole, elle crée, elle relève, elle restaure, elle ressuscite. La Parole faite chair dont nous sommes disciples et qui, en nous, ne peut que se dresser contre les faux discours d’un mensonge qui ne provoque au final que haine et destruction. 

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Dans ce qui pourrait bien être un naufrage, il y a la place pour ces vers d’Aragon dans Les yeux d'Elsa

 

Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa 
sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent 


Et le poète conclut : "Moi je voyais briller au-dessus de la mer, les yeux d’Elsa, les yeux d’Elsa, les yeux d’Elsa" ... Et nous, voyons-nous briller les yeux de celui, trois fois saint, qui doivent être les seuls phares qui permettront de sauver les naufragés ?
 

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©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Tribunes chrétiennes

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