Guillaume Mariau | Le vouvoiement à l'école : une fausse bonne idée ?
Aujourd’hui, Guillaume Mariau nous parle du vouvoiement à l’école. Il y a un mois, au Québec, une loi a été votée pour obliger les élèves à vouvoyer les enseignants.
Guillaume Mariau © DRLe constat posé est simple : il y aurait un manque de respect vis-à-vis du corps professoral. L’idée est donc de recréer une distance entre élèves et enseignants. Les réactions n’ont pas été unanimes. Certains trouvent la mesure pertinente. D’autres estiment que c’est un gadget, un retour en arrière vers une école jugée plus autoritaire et moins bienveillante.
Le vouvoiement : un outil
Je pense que le langage ne fait pas tout. En anglais, par exemple, il n’y a pas de distinction entre tutoiement et vouvoiement, et pourtant les enseignants d’Oxford ou de Cambridge sont respectés. Et malheureusement, les drames que nous avons connus en France ces dernières années n’auraient évidemment pas été évités par un simple changement de pronom.
Donc le vouvoiement n’est pas une solution miracle. Mais c’est peut-être un outil. Cela me fait penser au débat sur l’uniforme scolaire : il ne règle pas tout, mais il peut contribuer à créer un cadre commun et un sentiment d’appartenance.
En Asie du Sud-Est, un respect très marqué
C’est intéressant, car dans beaucoup de pays d’Asie du Sud-Est, le respect des enseignants est très marqué, et le langage y joue un rôle important. En Thaïlande, les élèves appellent leur professeur “Khru”, qui signifie maître ou guide. Au Vietnam, on parle de “Thầy” ou “Cô”, des termes empreints de respect. Au Cambodge, “Lok Kru” traduit également cette autorité bienveillante.
Mais au-delà des mots, il y a une culture : on se lève lorsqu’ils entrent dans la classe, on s’incline légèrement, on évite de les contredire publiquement. Cela ne veut pas dire que tout est parfait. Il existe aussi des tensions, des injustices, parfois des abus. Mais le cadre culturel rappelle clairement que la relation éducative n’est pas une relation d’égalité totale : elle suppose une asymétrie, une responsabilité particulière du professeur.
Le respect ne s’acquiert pas par la loi
À mes yeux, le respect ne se décrète pas par la loi. Il se construit par l’exemple, par la cohérence des adultes, par la qualité de la relation. Mais les mots ont un poids. Et parfois, réintroduire un peu de distance peut aussi redonner du sens à la relation.
Donc, de mon point de vue, le vouvoiement est un outil intéressant à partir d’un certain âge, pour des collégiens ou lycéens tout particulièrement.


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