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Guillaume d'Aboville | « Mon énergie, c’est l’amour, mon moteur, c’est le don »

Guillaume d'Aboville | « Mon énergie, c’est l’amour, mon moteur, c’est le don »

Un article rédigé par Guillaume d'Aboville - RCF, le 11 mai 2026 - Modifié le 11 mai 2026
Loin des yeux, près du cœur Guillaume d'Aboville | « Mon énergie, c’est l’amour, mon moteur, c’est le don »

Alors que les tensions internationales ravivent les inquiétudes autour de l'énergie, Guillaume d'Aboville, directeur général d’Enfants du Mékong, raconte le parcours bouleversant de Martin, engagé auprès des enfants pauvres au Cambodge. Une réflexion sur ce qui nous fait réellement tenir : le don, l'amour et l'attention aux plus fragiles.

Guillaume d'Aboville © DRGuillaume d'Aboville © DR

Quand l'amour devient une force

Quand on est à « sec », la question est légitime. « Mon énergie, c’est l’amour. Mon moteur, c’est le don ». Voilà ce que m’a dit un jour Martin, belgo-cambodgien.

Il y a 32 ans, il aide des communautés de planteurs de café au Mexique. Il reçoit 2 balles à la sortie d’un restaurant. À l’agonie, dans l’hélicoptère qui l’exfiltre vers un hôpital de campagne, il aperçoit un autocollant de Notre Dame de Guadalupe. Allongé et suffocant, il promet : « si je m’en sors, je donne ma vie aux enfants pauvres ». Bingo. Quatre mois plus tard, le voilà retapé. Il part au Cambodge au sein d' Enfants du Mékong avec la mission de s’occuper d’un petit foyer d’une douzaine d’enfants pauvres et illettrés dans une région encore tenue par les khmers rouges. Vingt-neuf ans après, plus de 1 200 enfants rayonnent sur ce site.

En 2020 avec le drame du Covid, c'est le confinement. Le foyer ferme ponctuellement. Martin est asséché de cette absence de vie. Deux mois plus tard, sa petite maison s’embrase en deux heures, d’un court circuit. Il n’a plus rien. Nous nous appelons : il me dit simplement que le plus dur, c’est de perdre photos et livres.
Puis, il cite Kipling : « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie, et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, tu seras un homme mon fils ». Voilà ce qui lui est demandé aujourd’hui.
Actuellement, le foyer de Sisophon a rouvert. Si ce centre est collé des tensions frontalières entre Thaïlande et Cambodge, il jaillit la Vie.

L'énergie du don

Je ne voudrais être donneur de leçon, car le bien fait peu de bruit. Nous ne sommes chez Enfants du Mékong que des témoins. Et les pauvres nous disent : « j’ai soif » ! Oui, nous ne sommes rien sans les pauvres. Notre monde actuel les a rarement mis autant à l’oubli. Comme le dit Emmanuel Todd, géographe et historien : « Le principe fondamental de l'identification à autrui n'est pas la reconnaissance du bien mais la reconnaissance de soi dans l'autre ». Notre pétrole, c’est de se donner. Et la bonne nouvelle, c’est que cela rend heureux !

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Loin des yeux, près du cœur
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