Gabrielle Halpern : « L’IA nous contraint peut-être à devenir meilleurs »
Et si le véritable sujet de l’intelligence artificielle n’était pas la machine, mais l’être humain ? Dans l'émission Des livres et vous sur RCF Lyon animée par Laetitia de Traversay, la philosophe Gabrielle Halpern présente son ouvrage intitulé Intelligence artificielle, et l’Homme créa Dieu, publié aux éditions Hermann. Avec humour, profondeur et un regard volontairement provocateur, elle interroge notre fascination pour l’intelligence artificielle et nous invite à nous poser une question essentielle : qu’est-ce qui fait encore notre humanité ?
Gabrielle Halpern - © RCF Lyon« Et si ChatGPT essayait moins d’imiter l’homme que Dieu ? »
Tout part d’une intuition presque amusée : pourquoi parlons-nous de l’intelligence artificielle avec un vocabulaire si proche du religieux ? Omniscience, omniprésence, omnipotence… Au fil de ses recherches et de ses échanges avec des personnes de tous horizons, Gabrielle Halpern constate que l’IA suscite des imaginaires proches de la foi.
Son livre explore alors une hypothèse audacieuse : et si l’intelligence artificielle n’essayait pas tant de remplacer l’être humain… que Dieu lui-même ? Avec un ton libre et décalé, la philosophe questionne notre rapport à cette technologie capable de répondre à toute heure, immédiatement, avec une patience infinie. « Quand on fait une prière à Dieu, il ne nous répond pas toujours. Quand on pose une question à l’IA, elle répond immédiatement », glisse-t-elle avec malice. Mais derrière l’humour affleure une inquiétude plus profonde : que sommes-nous prêts à sacrifier à ces outils qui promettent le sur-mesure absolu ?
Pour Gabrielle Halpern, l’être humain traverse aujourd’hui une forme de « burn-out social ». Fatigué de devoir sans cesse s’adapter, il pourrait être tenté de déléguer peu à peu son humanité à des machines devenues plus disponibles, plus patientes… parfois même plus empathiques que lui.
“ Le vrai sujet de l’IA, c’est notre rapport à l’homme "
L’entretien prend alors une dimension profondément philosophique et spirituelle. Loin d’un discours technophobe, Gabrielle Halpern propose un retournement étonnant : et si l’IA nous obligeait finalement à redevenir plus humains ? Si une intelligence artificielle écoute mieux qu’un proche, console mieux qu’un médecin ou dialogue avec plus de douceur qu’un enseignant, alors peut-être sommes-nous appelés à nous remettre en question. " Si tu ne te conduis pas en être humain envers ton prochain, tu seras remplacé par un outil paradoxalement plus humain que toi ".
Toute la beauté de Dieu réside dans son mystère. Et celle de notre prochain aussi
« Quand l’IA questionne notre humanité »
Pour la philosophe, le vrai danger n’est donc pas seulement technique. Il est moral, relationnel, spirituel. Car à force de chercher des réponses immédiates, ne risquons-nous pas de perdre le goût du mystère ? Celui de Dieu, mais aussi celui de l’autre ?
Gabrielle Halpern défend une vision profondément incarnée de l’humanité : croire en Dieu, dit-elle, invite aussi à croire en l’être humain, malgré ses contradictions, ses fragilités et ses limites. Son livre devient alors plus qu'un essai sur l’intelligence artificielle, il invite à réfléchir à ce que nous voulons préserver de notre humanité.
En conclusion, Gabrielle Halpern confie que son ouvrage poursuit son chemin à l’international, avec une parution aux États-Unis et des échanges et des rencontres en Chine.
Une manière de prolonger ce dialogue essentiel autour de l’intelligence artificielle, non pour céder à la peur ou à la fascination, mais pour rouvrir une question fondamentale : qu’est-ce qu’être humain aujourd’hui ?


Chaque semaine, un écrivain nous dévoile son ouvrage, sa personnalité, ses passions et les coulisses de son écriture, au micro de Laetitia de Traversay. L'émission est diffusée sur RCF Lyon le vendredi à 19h et le dimanche à 17h45.
