Elisabeth Walbaum | Touché mais pas coulé
LE POINT DE VUE D’ÉLISABETH WALBAUM | Dans un monde ébranlé par la guerre et les catastrophes, où la foi en l’humanité semble vaciller, reste la force de se relever, de créer, de croire encore. “Touchés mais pas coulés” : derrière cette formule, l’invitation à résister, à tisser des liens et à devenir, chacun à sa mesure, artisan de paix.
Élisabeth Walbaum © DRNous sommes alarmés des nouvelles qui nous parviennent du Proche Orient, une nouvelle fois le théâtre de conflits armés. Impossible d’être de simples spectateurs, et difficile de garder la foi en nous, en l’Homme, en Dieu. Nous sommes, malgré tout « touchés mais pas coulés ».
Le monde en tempête
On pourrait se demander où sont les artisans de paix. La paix est quelque chose de fragile, nous avons croyons vivre dans un monde préservé, mais l’actualité nous rattrape, nous inquiète. Pourtant, Il y a des femmes enceintes à Gaza, des mariages en Ukraine. On aménage des habitations dans les ruines en Haïti, on travaille inlassablement la terre infertile au Soudan. Et pourtant, le peuple musulman fêtera l’aïd jeudi. Le peuple chrétien se souviendra de la résurrection du Christ le lundi de pâques, dans peu de temps. Le peuple juif fêtera sa Pâques Pessah, début avril lui aussi. Partir, reconstruire, donner la vie à nouveau, se souvenir, fêter, encore et toujours. Quel mystère que cette force en nous.
Résister, recommencer, continuer !
Résister, reconstruire, apprendre à nager
Nous sommes des épaves, des rafiots torpillés que les avaries paraissent condamner et pourtant vivants. Touchés, abîmés, mais pas coulés. Doués pour nous détruire, doués aussi pour riposter, espérer, inventer la suite. Touchés mais pas coulés, alors oui, mais pour ne pas sombrer, encore faut-il savoir nager, et cela ne s’improvise pas. Il faut accepter de plonger, de retenir son souffle, de boire la tasse, sans doute; de toucher le fond, peut-être; pour pouvoir remonter humblement.
Nous sommes capables de bravoure, c’est certain. Mais il nous faut apprendre à nager. Pour donner du sens aux naufrages. Oui, et pour cela il nous faut des liens. Qu’ils soient affectifs, sociaux, symboliques. Des liens d’amour, d’amitié, de foi qui nous aident à passer de la douleur, muette, à l’action. Des planches de salut, visibles, invisibles, qui restaurent mon âme et me ramènent à la surface. La paix ne s’impose pas, elle se décide, se construit et surtout s’entretient. Elle a besoin de médiateurs, d’artisans, de personnes convaincues pour émerger. Ici, dans nos organisations; là-bas dans les conflits armés. La paix cherche des hommes et des femmes de bonne volonté disposés à laisser une place à l’autre, aux autres. Prêts à partager. Laisser une place aux autre. C’est un beau programme.
Regarder ce qui va bien : la leçon de Gaétan
Pour continuer sur ma métaphore marine; les autres peuvent être des phares dans nos obscurité. J’ai envie de vous donner à entendre un joli témoignage, celui de Gaétan. Résident de l’Association Européenne de l’Education (AEDE), situé à Hautefeuille dans le département de la Seine-et-Marne (77), membre de la Fédération de l’entraide protestante. On a demandé à Gaétan ce qui été positif dans notre monde.
Il nous as répondu « J’ai trente-sept ans et je suis au Domaine Emmanuel depuis très longtemps. Je travaille dans l’Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT). C’est bien de travailler, c’est pour l’argent, pour mon neveu et aussi pour moi, pour partir en voyage avec ma chérie. La nature et les animaux, c’est bien. Les amis aussi c’est bien, on peut discuter des choses. Aller à l’église aussi, ça me rend joyeux. Quand je regarde les informations, ils nous annoncent que des mauvaises nouvelles, ils nous montrent des images un peu horribles. C’est pas bien ça. Il y a le mauvais temps aussi, des catastrophes, des inondations. Nous, les hommes, on en a mis quand même un peu de désordre. On pourrait améliorer les choses. Si on regarde que ce qui va mal, on va être triste ».
Alors, tentons de faire comme Gaétan : Regardons ce qui va bien, essayons d’améliorer les choses, soyons touchés, mais pas coulés !


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
- Le lundi : Etienne Pépin, directeur de la rédaction de RCF Notre Dame ;
- Le mardi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mercredi : Laurent Landete, directeur général du Collège des Bernardins ;
- Le jeudi : Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales de France ;
- Le vendredi : Erwan Cloarec, président du Conseil national des évangéliques de France et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante.




