Elisabeth Walbaum | Séparation et absence, lucidité et responsabilité
LE POINT DE VUE D’ÉLISABETH WALBAUM |À l’occasion de la Semaine sainte, Élisabeth Walbaum revient ce matin sur les notions de séparation et d’absence qui précèdent la joie de Pâques. Elle interprète l’absence sous un nouveau prisme et propose une ligne de compréhension pour y répondre avec lucidité.
Elisabeth Walbaum | Séparation et absence, lucidité et responsabilitéChrétiens, pouvons-nous prendre la parole cette semaine sans évoquer Pâques ? Difficile. Coincée entre la journée mondiale du zéro déchet et celle des blagues du 1er avril, notre actualité du jour semble presque hésiter entre engagement sérieux et légèreté. Et pourtant, nous voilà à la veille de jours graves : Jeudi saint et Vendredi saint. Juste avant la mort et bien avant la résurrection. Ce 31 mars, mon point de vue sera traversé par une question très humaine : celle de la séparation et de l’absence.
Une expérience commune
Nous connaissons tous cela : le deuil, l’éloignement, l’absence qui bouleverse, qui inquiète et qui ouvre la porte à toutes les peurs. Un vide que l’on voudrait combler, expliquer, retenir. Avant toute espérance, il y a des moments où quelque chose se défait. Une relation qui se brise, un proche qui disparaît, un lien qui s’éloigne. Souvent, une tristesse profonde. Dans la tradition protestante qui est la mienne, il y a une forme de lucidité : rien ne comble réellement l’absence. Ce n’est pas la peine d’essayer d’embellir les ruptures.
La révélation de l’absence
Si vous êtes déjà rentrés dans un temple, vous avez vu que nos croix sont vides. Si vous avez déjà assisté à un culte d’action de grâce pour un enterrement, vous avez peut-être été étonnés, choqués même de l’absence du corps du défunt dans l’église. On pourrait croire que ces absences enlèvent quelque chose. Mais en réalité, cela recentre tout : le vide ne remplace pas, il révèle, il met en évidence, et c’est peut-être une grâce. Car si ce vide disparaissait totalement, le souvenir lui-même risquerait de s’éteindre. L’absence, aussi douloureuse soit-elle, dit quelque chose de l’attachement. Elle témoigne de ce qui a compté. Elle marque une histoire.
Donner un sens au vide
Pour que séparation ne rime pas avec abandon, il faut traduire le vide en parole pour les vivants. Pour ceux qui restent, qui traversent, qui cherchent à tenir debout malgré le manque. Parce que mettre des mots sur sa peine, c’est un premier pas. Il faut aussi traduire ce vide par des actes. Ce que font les membres de la Fédération de l’Entraide Protestante. Je pense aux bénévoles et aux salariés de l’Entraide Protestante de Toulouse que j’ai rencontrés la semaine dernière. Leur présence et leur écoute des personnes précaires qu’ils accompagnent empêche que le vide ne devienne un gouffre.
L’absence comme ouverture et non finalité
On pourrait résumer cela simplement : ne pas nier la blessure, mais refuser qu’elle ait le dernier mot. Prendre au sérieux les absences qui traversent nos vies. Ne pas voir la mort, la séparation comme une fin, mais un appel à agir. Accepter que le manque fasse partie de nos vies et qu’il peut aussi devenir un lieu d’espérance. Voir, derrière le Crucifié, déjà, le tombeau vide.
Bonne montée vers Pâques !


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.




