Elisabeth Walbaum | Qu’est-ce qu’être en sécurité ?
LE POINT DE VUE D'ÉLISABETH WALBAUM - La sécurité est devenue une préoccupation majeure des Français. Après les violences qui ont suivi la victoire du PSG en Ligue des champions, le gouvernement veut renforcer son arsenal législatif. À quelques jours du début de la Coupe du monde de football, comment protéger la société face aux violences ? Qu'est-ce qui nous permet réellement de nous sentir en sécurité ?
Elisabeth Walbaum ©DRLa sécurité est partout. Dans les discours politiques, dans les conversations familiales, dans les sondages aussi. Le gouvernement travaille à un renforcement des mesures de sécurité après les violences survenues à Paris après la victoire du PSG en Ligue des champions. Le Premier ministre a annoncé vouloir accélérer l'examen du projet de loi RIPOST visant notamment les troubles à l'ordre public et certains pouvoirs de police. Et dans deux jours, le coup d’envoi de la Coupe du monde de football ravive les mêmes interrogations. D’ailleurs, selon un récent sondage Elabe, près de deux Français sur trois se disent souvent ou parfois inquiets pour leur sécurité.
Au-delà de la sécurité
Personne ne souhaite vivre dans la peur ou l’insécurité ! Notre sécurité est une nécessité. Il existe des risques réels, des violences, des menaces auxquelles les pouvoirs publics doivent répondre. Mais se sentir en sécurité ne se résume pas à l’absence de danger, parce que la sécurité est un ressenti. On peut vivre dans un pays relativement sûr et se sentir profondément vulnérable. Comme on peut traverser des circonstances difficiles et conserver au fond de soi une forme de paix.
Se sentir en sécurité est un besoin, si l’on en croit la célèbre pyramide de Maslow. Le psychologue américain classait les besoins humains par niveaux : d’abord manger, dormir, se loger, les besoins primaires ; ensuite seulement la sécurité, puis l’amour, l’estime de soi et enfin l’accomplissement personnel et la spiritualité. Or je pense que cette hiérarchie peut être discutée. L’expérience montre qu’il ne suffit pas d’avoir un toit sur la tête pour se sentir protégé. À l’inverse, dans les moments où tout vacille, nous avons parfois des ressources insoupçonnées, des refuges qui nous permettent de tenir debout. Pour les croyants, ce refuge a souvent le visage de Dieu. J’aime les psaumes qui parlent souvent de cette sécurité profonde. Ils ne promettent pas une vie sans épreuves, mais une présence fidèle au cœur même de la tempête. « Dieu est pour nous refuge et force », dit le psaume 46. Une parole qui ne supprime ni la peur ni le danger, mais qui rappelle qu’aucune obscurité n’a le dernier mot.
Choisir l'espérance
Nous avons deux attitudes possibles. Nous pouvons nous barricader. Considérer que tout est perdu et que chacun doit désormais se protéger seul. Rester, en quelque sorte, au premier étage de la pyramide de Maslow. Nous pouvons aussi choisir de continuer à croire qu’un autre avenir est possible, parce que Dieu nous a promis d’être avec nous, même si nos besoins primaires ne sont pas remplis, même si nous sommes en insécurité, même si nous nous sentons en insécurité.
Vous savez que j’aime bien citer un membre de la Fédération de l’Entraide protestante dans mes chroniques. Aujourd'hui, ce sont les mots de Charles-Édouard, de l’Armée du Salut, qui résonnent : « Dans les moments de doute, quand tout semble se fragiliser, je ne suis pas seul face au chaos du monde. Il existe un Dieu qui tient ses promesses, plein d’espérance pour ceux qui se confient en lui. Ensemble, nous pouvons construire des refuges sécurisés pour cette humanité déboussolée ».
Peut-être est-ce là le véritable défi de notre époque : assurer la sécurité de tous, bien sûr, mais aussi cultiver cette confiance qui permet de ne pas céder à la peur. Car une société ne tient pas seulement par ses murs, ses lois ou ses dispositifs de protection. Elle tient aussi par l’espérance qu’elle est capable de faire vivre.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.




