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Édito de Clotilde Brossollet - Rendez-moi mon ticket !
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Édito de Clotilde Brossollet - Rendez-moi mon ticket !

Un article rédigé par Clotilde Brossollet - RCF, le 11 septembre 2023  -  Modifié le 11 septembre 2023
Le point de vue de 7h55 Édito de Clotilde Brossollet - Rendez-moi mon ticket !

Depuis le 1er août, le ticket de caisse n'est plus obligatoire dans les magasins, il est délivré uniquement lorsque le client en fait la demande. C’est une mesure de la loi anti-gaspillage. L’objectif est louable : économiser 44 000 km de papier par an soit près de 15 00 tonnes de tickets de caisse.

Clotilde Brossollet ©Claudia Corbi Clotilde Brossollet ©Claudia Corbi

L’entrée en vigueur, le 1er août dernier de la fin de l’impression systématique du ticket de caisse a bien vocation à préserver l’environnement en luttant contre la surconsommation de papier tout en cherchant à protéger la population de l’exposition aux substances dangereuses pour la santé contenues sur ce type de ticket.


La mesure n’a pas suscité beaucoup de réactions négatives puisque 73 % des Français y étaient favorables. Nous avons donc découvert un nouveau rituel de sortie de caisse : "Vous désirez le ticket ?" suivi quasi-systématiquement par "Non, c’est bon. Je vous remercie". Fini donc les portefeuilles et porte-monnaies déborbants de tickets de caisse et de tickets de carte bleue que seule une minorité d’entre nous prenait le temps d’éplucher, de classer, de pointer… Bon débarras, pourriez-vous me dire, puisque, une grande majorité d’entre nous avaient réduit la vocation de ces papillons comptables à finir plus ou moins vite dans la poubelle !

 

 

Une mesure vraiment écologique ?

 

La disparition du ticket de caisse systématique s’accompagne nécessairement d’une multiplication des données numériques. En effet sa disparition totale est impossible, rien que parce que le ticket de caisse est la pièce maîtresse de l’application des garanties. Ce qui à terme va disparaître c’est la matérialisation des tickets de caisse. Nous boîtes-mail en sont déjà les témoins : nous subissons une explosion des mails commerciaux et comptables. Un grille-pain qui ne fonctionne pas et nous voici contraints de plonger dans les abysses de nos boîtes aux lettres virtuelles pour retrouver la fameuse preuve d’achat…

 

 

Des boîtes-mails dont le stockage important ne nous impose aucun tri régulier, des boîtes-mail qui stockent nos données dans des data centers qui, nous le savons, contribuent au réchauffement climatique. Si la Loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire est de bonne intention, elle oublie une question fondamentale qui est celle du cycle de vie du ticket électronique et du moment de sa disparition. En fermant les yeux sur la question des déchets numériques, la loi ne fait que transférer l’impact écologique. Si l’objectif est louable, l’efficacité n’est tant pas au rendez-vous.

 

 

 Autre critique : l'impact social

 

En effet, c’est une mesure dont l’impact social n’est pas négligeable. La disparition progressive du ticket de caisse ne fait que précipiter notre société dans sa dématérialisation au service d’une société du marketing, laissant sur le côté, pauvres et personnes âgées, premières victimes de la fracture numérique. Le ticket de caisse a pour vocation de protéger le client. Dans une période d’inflation comme celle que nous vivons, il est l’outil essentiel pour vérifier l’exactitude du montant payé, pour comparer les prix entre les enseignes, pour faire ses comptes, pour établir un budget familial… Des pratiques, évidemment, plus essentielles pour les personnes à petits revenus que pour les foyers aisés.

 

 

Si, jusqu’à cette mesure, nous étions 63 % de Français à vérifier régulièrement notre ticket de caisse, il est fort à parier que nous ne serons bientôt plus nombreux à le faire. Sera-t-il encore longtemps admis de demander l’impression de son ticket de caisse sans passer pour un pollueur sans scrupules, plus préoccupé par la crainte de se faire arnaquer que par celle de l’avenir de la planète ?

 

 

Quant aux commerçants, particulièrement les grandes enseignes, elles ne peuvent que se réjouir d’une mesure qu’il leur garantit des économies de litiges et de réclamations, une acquisition encore plus grande de nos données personnelles, qu’elles partageront avec les hébergeurs, pour des campagnes marketing encore plus ciblées, des clients qui perdent progressivement la réalité de leurs dépenses et sont donc tentés de consommer toujours plus...
 
Bref, si l’objectif annoncé était plutôt louable, la réalisation s’avèrera probablement contre-productive ! 

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