D’un conflit, d’une guerre et de l’Iran
LE MOT DE LA SEMAINE - La tension n’a cessé de monter ces dernières semaines entre l’Iran, Israël et les États-Unis, et vient de commencer, selon une formule récurrente un « conflit armé », et désormais une « guerre ouverte ». Le monde entier a l’œil rivé sur le Moyen Orient avec la peur d’un terrible « embrasement ».
Jean Pruvost © Pascal Hausherr« Conflit », « guerre », « embrasement » autant de mots qui résultent d’une « escalade » et que Jean Pruvost à choisi, de nous expliquer ce matin.
L’origine même du mot Iran
C’est important en effet de rappeler que, le mot « Iran » est à la fois très ancien et très récent. En fait, il s’agit d’un choix de désignation nationale officielle qui ne date que du 21 mars 1935 lorsque l’empereur de Perse né en 1878 et mort en 1944, Reza Shah Pahlavi – « Shah » étant un mot persan signifiant roi – a officialisé internationalement l’appellation « Iran », en remplacement du mot « Perse », sans exiger pour autant que ce dernier soit inusité. Au reste, en 1959, le gouvernement annonçait que « Perse » et « Iran » pouvaient être utilisés de manière interchangeable. Cependant, en 1979, la révolution iranienne proclamait « la république islamique d’Iran », en tant que désignation officielle. Il nous reste à expliquer l’origine des mots, « Iran » et « Perse ».
Signalons d’abord que « Iran » veut dire « royaume des Aryens » mot issu du sanskrit Aryas, signifiant « noble » ou « compatriote », et de fait les peuples occupant l’espace concerné l’appelèrent au IIIe siècle « Eran », terre des Iraniens, lui-même issu du sanskrit « arya », d’où le grec « Aria, Areia », aboutissant finalement à l’« Iran ». Quant au mot « perse ». désignant le même pays et le même peuple indo-européen, on le trouve mentionné dès le IXe siècle avant Jésus-Christ, désignation adoptée par les Grec sous la forme « persis », en référence à la province de Pars aussi dite le Fars, située aujourd’hui au centre-sud de l’Iran. Il est entré par le latin « Persa » en français au XIIe siècle, et le mot s’est fixé, rappelons qu’on est nombreux à avoir étudié les Lettres persanes de Montesquieu publiées en 1721, œuvre majeure qu’on ne va bien sûr pas rebaptiser en « Lettres iraniennes ». Mais hélas, on est bien en face d’un « conflit » non pas littéraire et persan, mais « iranien ». une « guerre », un « embrasement »
Les multiples origines du mot « conflit »
Alors, commençons par le « conflit » qui vient directement du latin classique « conflictus », issu de « fligere », heurter, frapper, battre qui précédé du préfixe signifiant ensemble a donné« confligere ». Dans nos dictionnaires du XVIIe, « conflit » est certes défini comme le « choc de plusieurs personnes armées qui font bien du bruit avec leurs armes » mais il est présenté comme dépassé. « Il vieillit », écrit Furetière. Or aujourd’hui, l’idée même d’un « conflit armé » a repris hélas du service. Au XVIIe siècle, le conflit était perçu comme, dixit Furetière « un terme de palais », se disant « particulièrement en Justice ». Il est depuis aussi en usage en psychanalyse à propos du conflit entre le ça, le moi, et le surmoi et on aurait aimé que le conflit n’ait pas eu à se développer avec les armes, devenant trop souvent synonyme du mot « guerre ». Ce dernier issu du francique « werra », fut aussi d’abord synonyme de trouble, dispute, avant de désigner un recours aux armes, sens infiniment plus brutal. Quant à l’embrasement, où se reconnaît la braise responsable d’un incendie, on aimerait que s’impose le mot « désembrasement », qu’au reste tout le monde comprendrait. On en est tous convaincu, le seul embrasement souhaité est celui du cœur !


Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !




