Claire des Mesnards | L'université populaire des religions
LE POINT DE VUE DE CLAIRE DES MESNARDS - L’Assemblée générale de l’Université populaire des religions s’est tenue hier soir à Nîmes. Ce lieu, neutre et entièrement consacré au partage des connaissances sur les religions, offre à chacun des clés pour mieux comprendre la diversité des croyances et des cultures. Claire des Mesnards, secrétaire exécutive du réseau chrétien européen pour l’environnement et pasteure dans l’Aisne, revient sur cette initiative, plus que jamais en prise avec l’actualité.
Claire des Mesnards ©DRÀ Nîmes, hier soir, se tenait l’assemblée générale de l’Université populaire des religions. Une initiative unique en son genre, qui veut donner à tous les clés pour comprendre la diversité des religions que l’on peut rencontrer de nos jours au coin de la rue, mais que l’on connaît souvent assez mal, et dont on se méfie parfois.
Une université populaire unique pour comprendre le fait religieux
Il s’agit d’une université pour comprendre le fait religieux, mais c’est une université populaire, c’est-à-dire qui s’adresse à tous, et pas nécessairement aux seules personnes qui veulent en faire profession - que ce soit profession de foi ou profession rémunérée ! Il y a déjà des croyants qui s’engagent dans des activités interreligieuses, et des experts du religieux qui s’impliquent dans les communautés de fidèles ; il y a des lieux qui s’efforcent de répondre aux personnes en quête spirituelle ; mais de lieu neutre largement dédié au partage du savoir sur les religions, je n’en connais pas, si ce n’est celui-ci.
Je viens de l’école publique, qui m’a appris, avec le mot « prosélytisme », quelque chose dont je ne me doutais pas. C’était dans le règlement intérieur de mon école primaire ! À ce moment-là, avec mon raisonnement d’enfant un peu simpliste, j’ai eu l’impression que ce n’était pas seulement un gros mot, mais tout un champ lexical qui était banni avec lui, et qu’au fond, le mieux, c’était simplement de ne pas parler de religion. Jamais.
Mais nous vivons dans un monde où la vie spirituelle et la religion sont une réalité pour beaucoup de gens. Et les réalités dont on ne parle pas ont tendance à produire, à notre insu, des effets pervers. On voit comment les guerres qui font rage aujourd’hui au-delà de nos frontières peuvent exacerber les tensions autour des identités et des convictions religieuses en France. Je me demande si les instrumentalisations politiques, qui justifient leurs violences par telle ou telle religion, y compris chrétienne, auraient aujourd’hui un tel succès si les gens avaient un savoir fiable et objectif sur ces sujets.
Il est temps de faire la lumière sur les religions
Comme le disent les anthropologues et les sociologues à propos des systèmes de croyance, parce que nous ne pouvons pas l’ignorer : que nous appartenions ou non à une Église, à une communauté, nos croyances nous construisent et façonnent en retour nos sociétés. Même quand on affirme ne croire que ce que l’on voit, on croit encore quelque chose - et l’IA, si terre à terre, peut maintenant mettre à mal cette foi-là ! On croit ainsi connaître ce que l’on peut toucher du doigt ; mais c’est dans les croyances qui sont au plus près de nous que peuvent se manifester nos lacunes : comme un poisson dans l’eau d’un bocal trop connu, finalement confondu avec l’eau vive. Il nous faut alors faire œuvre de théologie pour prendre du recul et agir avec discernement. Là, notre liberté prend sens : quand elle va de pair avec la connaissance.
La radio nîmoise Radio Alliance Plus s’est fait l’écho des tout premiers cours donnés par la théologienne Céline Rohmer et d’autres. Je vous recommande d’y faire un tour cet été si vous êtes prêts à entendre combien penser Dieu, c’est humain ! Vous croiserez peut-être sur votre route Averroès, Maïmonide et Thomas d’Aquin, ou, plus près de nous, des psychanalystes s’intéressant à la place des religions dans la psychanalyse contemporaine. De quoi patienter jusqu’à la rentrée prochaine, pour laquelle se concocte un programme très actuel sur les liens entre religions et valeurs de la République : Liberté, Égalité, Fraternité.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
- Le jeudi : Antoine-Marie Izoard, directeur de la rédaction de Famille chrétienne, et Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de La Vie ;
- Le vendredi : Etienne Pépin, directeur des programmes de RCF et Radio Notre-Dame.




