JavaScript is required
Accueil
Claire des Mesnards | Fourmies (Nord), mémoire vive d’un 1er mai meurtrier

Claire des Mesnards | Fourmies (Nord), mémoire vive d’un 1er mai meurtrier

Un article rédigé par Claire des Mesnards - RCF, le 5 mai 2026 - Modifié le 8 juin 2026
Point de vueClaire des Mesnards | Fourmies (Nord), mémoire vive d’un 1er mai meurtrier

LE POINT DE VUE DE CLAIRE DES MESNARDS | Les ponts de mai sont l'occasion de faire du tourisme près de chez soi. Pour Claire des Mesnards, c'est l'occasion de redécouvrir la région de la Thiérache. Rien de tel que le tourisme de proximité quand on n’a pas les moyens de faire souvent le plein !

Claire Kleiber des Mesnards, secrétaire exécutive du réseau chrétien européen pour l’environnement et pasteure dans l’Aisne. Crédits : DRClaire Kleiber des Mesnards, secrétaire exécutive du réseau chrétien européen pour l’environnement et pasteure dans l’Aisne. Crédits : DR

Des Ardennes au Nord en passant par l’Aisne, avec le Hainaut et la province de Namur en Belgique : la Thiérache est une région très étendue. Mais juste à 40 km de chez moi et 12 kg d’équivalent carbone en voiture, la petite ville de Fourmies recèle bien des surprises. L’éco-musée situé dans une ancienne filature est un précieux témoin de la riche histoire de l’industrie textile et de la vie sociale de notre pays. 

C’est en effet à Fourmies, première Capitale Nationale et Mondiale de la laine peignée, qu’aurait été fabriqué le fil de laine le plus fin au monde ! Et si c’est à Théophile Legrand, entrepreneur proche du catholicisme social, qu’on doit cette ascension fulgurante au milieu du 19e siècle, c’est vers la place Maria Blondeau qu’il faudra programmer votre GPS pour pouvoir vous promener dans une rue d’époque, reconstituée par le musée et les habitants.

La figure de Maria Blondeau

Maria Blondeau est une figure de ces nombreuses ouvrières qui firent elles aussi le succès économique de la France pendant la Révolution industrielle. Elle  m’a appris que la Neuvillette n’est pas qu’une zone commerciale de Reims mais le village natal d’une jeune femme qui croyait dur comme fer en sa valeur et en son bonheur. Elle était venue à Fourmies travailler dans une des nombreuses filatures de coton de la ville. Le 1er mai 1891, elle a 18 ans, elle participe à l’une des premières éditions de la journée internationale demandant la limitation du temps de travail à 8h journalières. L’ambiance est au printemps, elle porte une aubépine en fleurs. 

La suite est brutale : fiancée au matin à Kleber Giloteaux, 19 ans, elle est fusillée comme lui le soir même sur la place de la ville. Les forces de l’ordre appelées à la rescousse ont étrenné leur armement tout neuf, les fusils Lebel à 9 balles, calibre 8 mm, qui peuvent traverser sans ciller trois corps humains. Sans sommation, ils tirent, 45 secondes, 69 balles, 35 blessés, 9 morts plus un le lendemain : des gosses. Émile Cornaille, 11 ans ; Gustave Pestiaux, 14 ans ; Félicie Tonnelier, 16 ans, Ernestine Diot, 17 ans ; Louise Hublet et Charles Leroy, 20 ans ; le plus âgé, Émile Ségaux, a 30 ans. 

Le rôle de l'Eglise Catholique

Le gendre de Karl Marx témoigne : « La boucherie aurait duré encore longtemps si le curé catholique Margerin, n'était pas sorti de la maison et n'avait pas crié : “Assez de victimes” ». Et le rôle de l’Église dans ces contextes de violences ne s’arrête pas là : pour répondre au journal Le Temps qui se contenta de désigner les 4 jeunes filles comme « des femmes de mœurs fort légères », la journaliste féministe Séverine répondit : « C'est drôle ; elle n'a point pensé à cela, la supérieure des Sœurs de la Compassion, à Fourmies, la vieille religieuse de 76 ans qui, après avoir de ses mains lavé et habillé les cadavres, abaissé les paupières sur les yeux à jamais éteints, s'est penchée sur le front des mortes et y a mis, avec un signe de croix, un maternel et désolé baiser. » 

C’était il y a 135 ans, alors bien sûr depuis, l’eau a coulé sous les ponts. Entre-temps, Fourmies a connu encore bien des morts ; deux guerres mondiales, chacune avec plus de quatre ans d’occupation. Dans quelques jours c’est la fin de la Seconde Guerre mondiale en Occident que nous commémorerons avec elle, tandis qu’en beaucoup de lieux du monde on fait encore parler les armes et couler le sang. Au milieu des crimes qui ressurgissent de tous côtés, à nous de dire à nouveau : “Assez de victimes”. A nous de panser les plaies et d’être artisans de paix.

©RCF Notre Dame
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Point de vue
©RCF Notre Dame
Découvrir cette émission
Cet article vous a plu ? Partagez-le :

Pour aller plus loin

Suivez l’actualité nationale et régionale chaque jour

Votre Radio vit grâce à vos dons

Nous sommes un média associatif et professionnel.
Pour préserver la qualité de nos programmes et notre indépendance, nous comptons sur la mobilisation  de tous nos auditeurs. Vous aussi participez à son financement !

Faire un don
Qui sommes-nous ?

RCF NOTRE DAME, la radio chrétienne.

RCF NOTRE DAME est née de la rencontre de deux grandes voix de la radio chrétienne en France : RCF et Radio Notre Dame.

Écoutée chaque semaine par 1 350 000 personnes, RCF NOTRE DAME propose une information rigoureuse, des débats exigeants et des programmes qui donnent du sens. Le réseau rassemble 65 radios locales et diffuse ses programmes sur 270 fréquences en France et en Belgique.

Reconnues d'intérêt général, les radios associatives du réseau RCF NOTRE DAME vivent essentiellement grâce aux dons de leurs auditeurs.