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Cent ans de souvenirs : Jean Sartorio, ancien maire de Vignot, raconte son enfance sous l’Occupation

Cent ans de souvenirs : Jean Sartorio, ancien maire de Vignot, raconte son enfance sous l’Occupation

Un article rédigé par Etienne PAYEUR - RCF Lorraine Meuse, le 25 juin 2026 - Modifié le 26 juin 2026
Vivre en MeuseCent ans de souvenirs : Jean Sartorio, ancien maire de Vignot

Fils d’un immigré italien naturalisé français en 1923, Jean Sartorio évoque son enfance en Meuse entre 1936 et 1945, marquée par une identité partagée entre ses origines et son pays d’adoption.
Il décrit son quotidien, les tensions de l’Occupation. 
Son témoignage se clôt sur la Libération de 1945, un moment de fête et de réflexion sur l’héritage à transmettre aux jeunes générations. Le 15 juin 2026,  nous avons eu la joie de rencontrer Jean Sartorio qui se prépare à fêter son centenaire cet automne.  Jean a été maire de Vignot pendant 18 années.  

Jean bientôt 100 ans et Mauricette sa compagne Jean bientôt 100 ans et Mauricette sa compagne

1) Un enfant de Xivray/Marvoisin
     Jean est né à Xivray/Marvoisin le 13/12/1926. Son père immigré italien de Lombardie,  village d’Armio,  situé à 800 m au dessus du lac Majeur.  La frontière suisse du Tessin était proche.  « Comme pour aller  à Gironville sous les côtes près de Vignot » dit-il avec facétie. 
     Son père fut naturalisé en 1929  par le président Gaston Doumergue. Son père ne parlait jamais du pays natal.  Par contre, sa maman était d’une famille lorraine : les Vauthier.

Armio au nord de Milan


2) la Vie quotidienne                         
Dans son petit village de la plaine de la Woëvre,  Jean découvre la classe unique avec l’avantage d'encourager les bons élèves.  Il arrive à Vignot en 1935. Son père Maçon travaille chez Tollini. Son souci du détail lui fait ajouter : " Tollini  comme le nom du vélodrome de Commercy (Pierre Tollini : l’un des fils de la famille)". Son père construit sa propre maison en 3 ans, qui est celle qu’habite Jean et qui nous accueille pour l’enregistrement.  Jean n’a jamais ressenti une quelconque discrimination à l’égard de sa famille, du fait d’être italien. 
Bon élève il se décrit, comme le soulignait son instituteur de l’époque, « rieur, farceur, bavard ». Il a sans doute  précise-t’il hérité de sa maman, son père était plus rigide mais très droit. 
3) La guerre 1939-1945
Jean a une mémoire extraordinaire.  Il connaît bien les enchaînements ayant conduit à la 2ème guerre mondiale. Occupation de la Pologne (couloir de Dantzig) puis de l’Autriche.  Le coup d’état de Franco en Espagne. Les fusillades (tableau de Guernica) 
Entre septembre 1939 et juin 1940.  Jean évoque la guerre de position. La fameuse ligne Maginot soit disant infranchissable ! 
L’exode : Sa mère lui parlait déjà de l’exode de 1914 à Wassy pour sa famille 


Cette fois départ à Vélo :   Void, Langres, Bains les bains, puis en camion militaire passage par St Claude, la banlieue de Lyon, franchissement du Rhône à Valence et arrivée à St Agreve en Ardèche Haut Vivaray.
Il nous cite aisément le renoncement de Pétain et la bravoure de De Gaulle dans l’appel du 18 juin. 
La vie dans le Haut-Vivarais est paradoxal.  Il garde quelques bons souvenirs. 

 

 


Son père est embauché chez un agriculteur pour faire du fauchage. Lui, le jeune garço,  14 ans  garde un troupeau de chèvre. Il va aux champignons, ramasser les châtaignes mais aussi les pommes de pin (combustible pour allumer le chauffage).

Il entre en 5ème. Il se rappelle qu’il neigeait  dès septembre.  

  

                      


Le décès de son grand-père en Décembre 1940,  appelle sa famille à revenir en zone occupée. 
Grâce à des cheminots, le retour est possible.  Il intègre le collège des Roises (à l’époque école supérieure de jeune fille) :  ça amuse bien Jean (toujours rieur et farceur à 99 ans !)
La vie à Vignot et Commercy.
La 4ème se passe au lycée Vogt. Il se rappelle les étoiles jaunes des quelques familles juives de Commercy. La vie n’est pas facile avec les rationnements.   Le pain est contingenté en fonction de catégories (travailleurs de force, intermédiaires, jeunes)   


Le brevet élémentaire :  Avec toutes ces absences et les perturbations de la guerre, le niveau des élèves n’est pas élevé. 17 recalés sur 17 en juin. Ses parents lui paient des cours complémentaires pendant l’été : il va en train à Bar le Duc.  Jeune diplômé, Il intègre alors le lycée Poincaré de Bar le Duc pour la seconde. 
4) la  Libération 
En Juin 1943, Jean passe la lère partie du bac.  Le 6 juin 1944, la seconde partie.  Il vit un moment extraordinaire,  il voit passer sur la ligne Paris- Avocourt (anciennement Strasbourg) des rames avec des panzers qui filent vers la Normandie pour contrer le débarquement.
Jean (avec émotion)  se rappelle avoir chanté alors  la Marseillaise avec le professeur surveillant les épreuves et ses camarades.          

   

               
Pendant l’été, notre hôte travaille en service civique agricole à Rambucourt. Le jeune homme  a bien en mémoire la débâcle allemande  et les réquisitions  allemandes pour « déguerpir ».  Le fameux cheval allemand (Pferd)  lui reste bien en mémoire.   

  

 


Plus étonnant,  nos alliés américains arrivés fin août à Vignot et prennent leur cantonnement à Vignot aux Ouillons.  (lieu où est implanté la salle polyvalente appelée désormais salle Jean Sartorio). L’intendance ne suit pas.  À l’automne, la Meuse endormeuse.. (pas tant que ça) vient à sortir de son lit et cause des dégâts aux matériels.  Les récupérateurs locaux ont pu faire de belles affaires !
Après la guerre, Jean a réussi à convaincre son père de retourner en Italie.  Les retrouvailles ont été mémorables. (découvert de 3 neveux par exemple).  Il y est retourné pendant 40 ans. M. Sartorio est fier de nous indiquer qu’il est  citoyen d’honneur de la cité du lac de Garde. 


5) le message de Jean à la jeunesse 
     Jean souhaite rappeler son attachement à De Gaulle qui est loué désormais par toute la classe politique.  Liberté, égalité, fraternité,  ne sont pas des vains mots. Il y ajoute solidarité et sentiment national fort.        

                      


6) La suite :
Merci Jean pour votre sympathie, votre écoute et votre dynamisme forgés au cours des 10 décennies de votre vie.  Et si nos auditeurs le désirent :  nous pourrons faire un enregistrement sur la suite de votre vie comme cadre aux forges de Commercy et vos mandats de maire et de président du Sivom de la région de Commercy.   L’idée est lancée  Ce serait un beau cadeau non ?  Avant l’échéance du 13/12/2026
N’est-ce pas Mauricette ?                         Etienne 15 juin 2026

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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