Blanche Streb | Noelia, symbole d’un abandon
LE POINT DE VUE DE BLANCHE STREB | L’examen du texte sur la fin de vie a été repoussé de six semaines par les sénateurs, le mercredi 25 mars dernier. Alors que le sujet suscite de nombreuses controverses en France, Blanche Streb évoque ce matin la tragédie qui a secoué l’Espagne le 26 mars dernier : Noelia Castillo.
Blanche Streb © DRNoélia n’avait que 25 ans. Sa vie semble avoir été particulièrement difficile. Elle est séparée, à 13 ans, de sa famille, puis placée en famille d’accueil. Elle a subi plusieurs viols. En 2022, elle fait une tentative de suicide, elle survit, mais en ressort paraplégique, marquée de souffrances physiques et psychiques. L’année d’après, elle formule une demande d’euthanasie.
Une demande acceptée sans état de fin de vie
Il faut comprendre à quel point, sur un sujet si grave, la porte doit rester fermée. Malheureusement l’Espagne l’a ouverte, cette porte de l’euthanasie en 2021. La commission chargée d’évaluer le dossier de la jeune femme a estimé qu’elle remplissait les critères en mars 2024.
Une opposition parentale
C’est aussi la raison d’une telle médiatisation. Ses parents, opposés à cette mort programmée, ont multiplié les recours. Pendant deux ans, en vain. Tribunaux, et jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Son père estimait qu’elle n’était pas dans un état psychologique qui lui permette de décider librement de cet acte irréversible. Était-elle suffisamment soutenue, soulagée, accompagnée ? Cela fait mal de constater qu’un pays n’a comme seule réponse à la souffrance de quelqu’un que de mettre fin à sa vie. Dans sa seule interview publique, Noelia confie avoir « toujours eu le sentiment d’être seule ». Découvrir cette solitude dans sa vie, c’est bouleversant.
Noelia : symbole d’un abandon
Noelia symbolise malgré elle une forme d’abandon. Comment ne pas y voir une profonde régression ? Une société humanisée, solidaire, fraternelle, c’est une société capable de protéger les personnes désespérées et vulnérables contre elles-mêmes. Qui fait ce qu’elle peut pour soulager, entourer. Pas qui tue l’espérance.
Laurent Frémont écrit dans Le Figaro, qu’« une société qui vote des lois sur le droit de mourir dans la dignité avant d’avoir garanti le droit de vivre dans la dignité n’a pas résolu un problème éthique. Elle a trouvé un moyen légalement irréprochable de ne plus avoir à le résoudre ».
Une situation comparable à la France ?
Vu les critères actuels, il est probable que la France aurait également accepté sa demande. Rappelons aussi que ce texte français prévoit un invraisemblable délit d’entrave, un délai de réflexion de seulement deux jours, une commission de contrôle seulement a posteriori, c’est-à-dire après le décès. Décidément, une porte qu’on ferait mieux de garder fermée.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
- Le lundi : Etienne Pépin, directeur de la rédaction de RCF Notre Dame ;
- Le mardi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
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- Le jeudi : Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales de France ;
- Le vendredi : Erwan Cloarec, président du Conseil national des évangéliques de France et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante.




