Blanche Streb | Fin de vie : le Sénat face à un basculement éthique majeur
Le Sénat a entamé l’examen en séance plénière des textes sur la fin de vie, et notamment de celui qui vise à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Pour Alliance VITA, largement mobilisée depuis toujours sur ces enjeux, ce débat marque un moment de bascule éthique majeur. À quelques jours du vote solennel prévu le 28 janvier, l’organisation appelle les sénateurs à un sursaut de conscience face à un texte jugé dangereux et profondément contraire à la vocation du soin.
Blanche Streb ®/DRUn texte qui divise profondément la société française arrive devant la chambre haute.
Un texte jugé dangereux et porteur d’une rupture éthique
L’examen du texte a débuté hier au Sénat, après son passage en commission. Un passage qui, selon Alliance VITA, a aggravé un projet déjà contesté. Le texte sur la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté est en effet ressorti de la commission en entérinant ce qui est qualifié de "pire" , notamment par la création d’une confusion jugée extrêmement dangereuse entre euthanasie et sédation profonde et continue jusqu’au décès.
"On est passé d’une mauvaise loi à une loi mauvaise ", a résumé Tugdual Derville dans les colonnes de La Croix. Une formule qui traduit la gravité du basculement dénoncé par les opposants au texte. Désormais, tous les regards se tournent vers la chambre haute, alors que le vote solennel est prévu pour la semaine prochaine, le 28 janvier.
Maintenant que le débat commence en plénière, il faut espérer un réveil, un sursaut éthique… face à ce “texte d’abandon”; comme l’a qualifié hier Bruno Retailleau, lors de l’ouverture des débats. Il faut espérer que le Sénat coupe court à toute forme de légalisation du geste qui tue. Parce que l’interdit de tuer n’est pas un principe abstrait ni un vestige religieux, ni un réflexe archaïque, il est un fait de civilisation, une borne posée à la toute-puissance des individus comme à celle de l’Etat. Une ligne minimale, sans laquelle tout devient progressivement négociable : "la valeur d’une existence, le moment de sa disparition, l’opportunité de sa suppression" , comme l’ont écrit si justement Laurent Frémont, Emmanuel Hirsch et Michel Houellebecq dans une tribune du JDD dimanche.
“Notre pays manque de moyens, pas de lois.”
Ce texte est dangereux. Il faut savoir que la France serait le seul pays au monde à faire entrer le geste létal dans le Code de la santé publique ! On est ici dans un basculement, un
dévoiement de la médecine. Tuer n’est pas un soin. Soigner n’est pas supprimer.
Le vrai danger, c’est qu’un jour il devienne plus simple de demander la mort que d’obtenir un soin. C’est le drame de ce texte : il ouvre la voie à une situation où des personnes en viendront à demander la mort non pas parce qu’elles veulent mourir, mais parce qu’elles se sentiront abandonnées, qu’elles n’auront plus la force d’attendre des soins, parce que mourir coûtera moins cher que d’être soulagées, accompagnées, entourées. Une vraie loi d’abandon ! Espérons que des sénateurs courageux soient nombreux pour l’abandonner, cette loi, ou mieux encore, l’aider à mourir.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
- Le lundi : Etienne Pépin, directeur de la rédaction de RCF Notre Dame ;
- Le mardi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF Notre Dame ;
- Le mercredi : Laurent Landete, directeur général du Collège des Bernardins ;
- Le jeudi : Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales de France ;
- Le vendredi : Martin Dumont, historien, auteur de La France dans la pensée des papes, de Pie VI à Léon XIV (Editions du Cerf) et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante.
