Blanche Streb | Aide à mourir : une loi de fraternité… vraiment ?
LE POINT DE VUE DE BLANCHE STREB - En ce 4 février, la Journée mondiale de la fraternité invite à bâtir des liens de solidarité et de respect de toute vie humaine. Pourtant, en France, le projet de loi sur l’aide à mourir divise profondément : loin d’incarner cette fraternité célébrée dans le monde entier, il interroge sur la conception même de la dignité et de la compassion dans notre société.
Blanche Streb © DRLe sujet est toujours bouillant, après son passage au Sénat, qui a mis en lumière la confusion et l’absence de consensus qui règnent. Ce texte damné est déjà de retour à l’Assemblée, la deuxième lecture reprend en commission des affaires sociales aujourd’hui même. Comme s’il n’y avait rien de plus vital que le geste létal. Ce n’est tellement pas une urgence pour les Français, quand on pense insécurité, pouvoir d’achat, système de santé, école, agriculteur, aidants, pauvreté. Quand on pense à tout ce qui gémit dans notre pays, face aux difficultés du quotidien et aux besoins de soutien pour vivre, on affiche cette volonté cynique de permettre l’administration de la mort. De promettre le droit au poison mortel, mieux remboursé demain par la Sécurité Sociale que vos soins dentaires, vos lunettes ou le traitement de votre diabète.
Journée mondiale de la fraternité
Le 4 février est la journée mondiale de la fraternité. Le mot fraternité vient du mot frère. « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Voilà une question qui devrait nous tarauder, tarauder nos députés, notre premier ministre, tous les décideurs et les puissants. Dans aucune situation, le geste d’administrer la mort ne peut être considéré comme compassionnel ou fraternel. Il faut oser dire qu’on serait là dans une fausse compassion, une pitié fallacieuse. Emmanuel Macron a beau l’avoir désigné sans sourciller comme étant une « loi de fraternité », c’est tout sauf cela. Une société fraternelle, c’est une société qui aide à vivre, pas à mourir. Ce dont nous avons besoin, c’est de continuer à assumer, et à développer partout, tout ce qui permet de soulager la souffrance, la douleur, la solitude, la peur, c’est de permettre à chacun de vivre une fin de vie la mieux accompagnée possible. C’est ça, l’aide à mourir. C’est ce que la loi défend déjà et c’est ce que des milliers de bénévoles et de soignants font quotidiennement, au chevet des mourants.
Les risques de régression que fait courir à notre société la disparition de l’interdit structurant de donner la mort sont inouïes. C’est tout le regard sur notre humanité qui s’en trouvera chamboulé. Il est évident que la peur de devenir un poids grandira à mesure que le regard collectif sur la fragilité se brouillera ou se détournera, à cause de l’existence même d’une telle loi. Sachons écouter et faire entendre cette loi morale inscrite dans le cœur de chacun « tu ne tueras point ». Et vous, députés, ne tuez pas la fraternité.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
- Le lundi : Etienne Pépin, directeur de la rédaction de RCF Notre Dame ;
- Le mardi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF Notre Dame ;
- Le mercredi : Laurent Landete, directeur général du Collège des Bernardins ;
- Le jeudi : Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales de France ;
- Le vendredi : Martin Dumont, historien, auteur de La France dans la pensée des papes, de Pie VI à Léon XIV (Editions du Cerf) et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante.




