Aymeric Christensen | Six ans après le Covid, serions-nous prêts à une autre épidémie ?
LE POINT DE VUE D'AYMERIC CHRISTENSEN - L’inquiétude autour d’une possible épidémie de hantavirus des Andes nous invite à faire le point sur nos progrès réels depuis la pandémie de Covid-19. Et, plus largement, à nous interroger sur ces autres maux qui fragilisent la société.
Aymeric Christensen ©DRAprès quelques jours d’incertitude, l’inquiétude est en partie retombée au sujet de l’Hantavirus des Andes. Maintenant que le scénario du pire a l’air de s’éloigner, on peut se le dire : on s’est fait un joli petit frisson. C’est tout de même amusant comme il a suffi de quelques mots – virus, cas contacts… –, et hop : tous ces souvenirs qui remontent d’un coup ! C’est fou. Le monde entier s’est empressé d’oublier les leçons du Covid-19, le fameux « monde d’après » ou encore la mobilisation écologique. Il faut croire que la société a une sorte de mémoire musculaire et que le traumatisme n’est pas tout à fait passé.
Avons-nous vraiment retenu les leçons du Covid ?
Les autorités en France semblent avoir plutôt bien géré le début de la crise. On a quand même retenu quelques réflexes du Covid. Et surtout, la communication a été bien orchestrée. Mais élargissons tout de même le regard, alors qu’en RDC une flambée d’Ebola se profile. Si la menace avait été plus grave, est-ce que nous aurions vraiment été prêts à l’affronter ? Au-delà de quelques augmentations de salaires nécessaires, notre système de santé a-t-il davantage de moyens aujourd’hui ? Est-il en meilleur état ? Je vais me dispenser de répondre à cette question… Plus largement, qu’en est-il de la société dans son ensemble ? L’inflation et le chômage sont autant les germes que les symptômes d’une fragilisation économique inquiétante.
Une société plus fracturée qu'en 2020
L’économie française, mais pas seulement, ne supporterait pas un nouveau « quoi qu’il en coûte », car la confiance dans les discours publics s’est, elle aussi, fragilisée. Dans un climat marqué par la suspicion, la conflictualité ou encore la lassitude, le degré de consentement aux efforts de 2020 ne serait sans doute plus au rendez-vous.
J'ai évoqué l’expression « quoi qu’il en coûte ». Il y a un autre appel qui ne serait plus possible, c’est la formule « nous sommes en guerre ». Pourquoi ? Parce que la guerre, depuis, est redevenue une réalité mentale proche pour nous, en Ukraine, à Gaza, en Iran et ailleurs. S’il fallait filer la métaphore, le moral des troupes est en berne. Jugez par la hausse de la consommation de drogues… là encore, mal et symptôme. Et puisque j’en suis à évoquer d’autres formes de contaminations, il y a ces poisons idéologiques, qui s’importent comme par contagion internationale et gangrènent le débat public. Songez au retour désinhibé de l’antisémitisme, ou encore à ces discours identitaires qui – à droite comme à gauche – cherchent à attiser les tensions et le ressentiment.
Retrouver le sens du collectif
On l’aura compris, le constat n’est pas très réjouissant. Pour autant, je ne suis pas désespéré. Pourquoi ? Car même si ce n’est pas très agréable, ce n’est pas une mauvaise chose de nous rappeler que nous sommes extrêmement vulnérables. Nous, humains, aimons tant nous croire tout-puissants : capables de repousser nos limites, d’asservir la nature ou encore de domestiquer la mort elle-même… Or, que ça nous plaise ou non, nos limites se cognent et nos frontières débordent ! Mais puisque nos problèmes sont interdépendants, cela signifie aussi que leurs solutions sont solidaires, pour peu qu’on réapprenne à œuvrer en commun. Épidémies ou pas, il serait temps de nous rappeler que, par-delà les distances et les différences, nous sommes liés les uns aux autres, et que c’est avant tout une chance !


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
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