Aymeric Christensen | Quand Léon XIV s’affirme comme « l’anti-Trump »
Retour sur le voyage du pape en Afrique et les passes d’arme verbales avec Donald Trump. Et si, en s’en prenant à Léon XIV, le président américain lui avait donné la possibilité de se révéler comme un vrai contre-modèle ?
©Aymeric Christensen ©DRUn voyage qui change la donne
Le voyage de Léon XIV en Afrique touche à sa fin. Et pour bien des commentateurs, ce long périple d’une dizaine de jours marque un tournant, presque un an après son élection. Enfin, la voix du pape semble gagner une vraie stature internationale… Merci qui ? Merci Donald Trump !
Ce n’était certainement pas l’effet recherché, mais en s’en prenant violemment au pape à la veille de son voyage, le président américain lui a fait un vrai cadeau. Ferme sur ses appuis, comme au judo, Léon XIV a retourné contre lui la force de ses attaques, et au passage il lui a donné, aux yeux du monde entier, une leçon de caractère… et d’autorité. Surtout, l’épisode est arrivé au meilleur moment, en braquant tous les regards sur ce déplacement sur le continent africain qui est, avec l’Asie, le nouveau cœur du catholicisme.
Un discours inchangé, une écoute nouvelle
Mais au fond, qu’est-ce qui a changé dans le discours de Léon XIV pour expliquer ce basculement ? Rien ! Sur la paix, sur le respect du droit, sur la destination universelle des biens, sur les « détournements du nom de Dieu à des fins militaires, économiques et politiques », sur les « catastrophes sociales et environnementales » dues à l’exploitation des ressources, sur les « chaînes de la corruption qui défigurent l’autorité », sur la « poignée de tyrans » qui « ravagent » la planète, sur l’intelligence artificielle et la « transformation du rapport même à la vérité », sur tout cela, le pape ne dit rien de neuf. Tout juste est-il peut-être plus affirmé, moins prudent.
En revanche, désormais, le monde écoute et regarde. Car c’est d’abord cela qui lui manquait : une portée, une attention médiatique plus grande. Bref : en le désignant comme ennemi, Donald Trump a offert au pape la stature internationale qui lui manquait peut-être encore.
On a d’ailleurs vu le vice-président J.D. Vance changer de ton ces derniers jours, après avoir assez vivement critiqué Léon XIV. Il a peut-être réalisé que les gesticulations sentencieuses et pseudo-chrétiennes de Washington étaient tellement grossières et vaines qu’elles en devenaient contreproductives.
Que ce soit quand Trump postait une image de lui en Jésus, quand Vance recommandait au pape de « s’en tenir aux questions morales » et même carrément de « faire attention quand il parle de théologie », ou quand le secrétaire à la Défense croyait prier avec la Bible mais se vautrait en fait dans un monologue du film Pulp Fiction.
Une autorité fondée sur la constance
Pour autant, on a pu observer que le pape refusait d’entrer en opposition frontale avec le président américain. Ce n’est pas son rôle. Mais vous noterez malgré tout que cette façon d’éviter le piège dans lequel certains voudraient l’enfermer a des effets très puissants.
D’abord, parce qu’en se maintenant au-dessus de la mêlée, Léon XIV prive Donald Trump de la place centrale qu’il cherche tant à occuper. Or, le traiter comme un dirigeant parmi d’autres, c’est peut-être l’affront suprême pour lui. Mais plus encore : à rebours de la brutalité émotive que le locataire de la Maison blanche impose au monde, le pape révèle une force différente, non pas fondée sur une puissance territoriale, économique ou militaire, mais sur la fermeté et la constance.
Pour le dire autrement, Léon XIV n’est pas « anti-Trump » comme le serait un opposant politique, il est « l’anti-Trump », que ce soit dans les discours, les actes ou le style personnel. Or, cette petite différence change tout. C’est peut-être même exactement le contre-modèle dont l’époque a besoin. Alors, merci qui ? Merci Léon bien sûr !


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
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