Aymeric Christensen | Le trumpisme : beaucoup de mots et aucune parole
Et si les ultimatums et les revirements de Donald Trump face à l’Iran étaient le symptôme d’un mal profond de nos démocraties : une démonétisation dramatique de la parole politique ?
Aymeric Christensen ©DRLe trumpisme : beaucoup de mots et aucune parole
La semaine a commencé dans une extrême tension internationale, avec des menaces majeures du président américain contre le régime iranien, pour aboutir dans la nuit de mardi à mercredi à un cessez-le-feu.
C’est embarrassant, parce que tout le monde espérait bien sûr qu’il recule. Mais peut-on tout à fait se satisfaire qu’un président avec autant de pouvoirs agite des menaces quasi-génocidaires – je vous rappelle qu’il promettait d’« anéantir une civilisation » – et recule au dernier moment en faisant semblant d’avoir obtenu satisfaction ? On dirait ces parents qui comptent jusqu’à trois avant de se fâcher tout rouges, et puis qui s’enlisent dans des « deux et demi », « deux trois quart ». Pour le dire autrement : plus Donald Trump proclame sa force, plus il démontre sa faiblesse. Et ça, sur le plan des relations internationales, c’est tout simplement une catastrophe.
Pourtant, l’émotion et l’inquiétude tout autour du monde montrent qu’on le prend encore au sérieux. Ce que personne ne sous-estime, c’est surtout à quel point cet homme est imprévisible. C’est ça qui fait peur, et sans doute à juste titre. Mais en réalité, tout le monde a conscience que ses menaces sont des paroles en l’air, qui ne l’engagent jamais. Et le problème, c’est que c’est valable aussi pour ses promesses. Quelle valeur ont les mots d’un chef d’État qui a promis d’arrêter les guerres et qui met le Moyen-Orient à feu et à sang ? Qui multiplie les ultimatums sans lendemain ? Qui appelle à des négociations alors que c’est en pleines négociations qu’il a commencé à bombarder l’Iran ? Qui change ses objectifs de guerre au gré de ses humeurs ? Qui a déjà annoncé plusieurs fois avoir gagné ? Le pire, c’est que ce qu’on constate avec ce conflit est valable sur à peu près tous les sujets de sa politique.
En clair, le trumpisme est une mort clinique de la parole politique. Or, sans parole fiable, il n’est plus possible ni de débattre ni de construire un récit commun. Et ça, c’est une forme d’anéantissement de la civilisation.
Réhabiliter une parole digne de foi
Mais est-ce que Donald Trump est vraiment le seul responsable de cet affaiblissement de la parole publique ?
Les excès de la communication et des éléments de langage des partis ont déjà considérablement abîmé le langage en politique, dans le monde entier. Avec pour conséquence qu’on ne croit plus vraiment ce que les élus disent. Rien qu’en France, je vous rappelle cette formule fameuse d’Emmanuel Macron : « Je ne dirais pas que c’est un échec ; ça n’a pas marché ». Ne jamais admettre qu’on s’est trompé, toujours présenter les faits sous un jour favorable, surjouer les désaccords en espérant sortir gagnant des débats. Tout ça a considérablement fragilisé nos démocraties.
D’ailleurs, le trumpisme n’est pas un mal sorti de nulle part. Il est le monstre de notre époque, qui pousse à leur paroxysme le relativisme, le cynisme, l’esprit partisan et tous ces maux qui l’ont précédé. Reste que, comme chrétiens, nous devons absolument réhabiliter une parole sûre et droite. Une parole qui, humblement et fidèlement, dit ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dit. Une parole digne de foi. Il y a beaucoup à faire, mais c’est une nécessité et une urgence.


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h10, dans la matinale de Pierre-Hugues Dubois :
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