Aymeric Christensen | La confession : un secret et des questions Fil d'Ariane Accueil
LE POINT DE VUE D'AYMERIC CHRISTENSEN - Alors que le débat parlementaire a remis en lumière la question du secret de la confession, tour d’horizon de quelques vraies et fausses questions qui entourent le sacrement.
Aymeric Christensen ©DREn début de semaine à l’Assemblée, dans le cadre de la loi dite « Bétharram », un article proposait la levée du secret de la confession. L’article a finalement supprimé du texte, mais le sujet, lui, est bel et bien de retour dans le débat…
On a pu voir une mobilisation éclair pour défendre ce secret, et ça se comprend étant donné que pour les catholiques il est absolu et « inviolable », puisqu’il se joue dans le cadre d’un sacrement. Mais cette vision, qui repose aussi sur la liberté religieuse et est reconnue par la loi civile comme une forme de « secret professionnel », est de moins en moins bien comprise. C’est peu de le dire. Pas seulement en France, mais dans bien des pays où des tentatives de revenir dessus se multiplient ces dernières années.
La confession : un faux procès ?
Ces remises en cause s’appuient sur le principe que la protection des mineurs devrait passer avant toute autre considération, et qu’aucun secret ne doit protéger les agresseurs. Et comment ne pas comprendre ce point de vue ? Malheureusement, cette façon de poser le débat se fonde sur une hypothèse beaucoup plus théorique que réelle : l’idée qu’un agresseur viendrait parler de ses crimes dans le secret du confessionnal pour mieux échapper à la justice des hommes. Pas strictement impossible, mais on est quand même davantage chez Hitchcock qu’à l’église Saint-Éloi de Sempigny (c’est dans l’Oise). Et surtout, cet exemple imaginaire repose sur une vision totalement fausse de ce qu’est la confession. Elle n’est pas un moyen facile de remettre les compteurs à zéro sur le mal qu’on fait, mais une démarche de pénitence qui doit s’accompagner d’une volonté sincère de conversion personnelle. En cela, si je reste sur le cas d’école évoqué, elle peut constituer une première étape vers une autodénonciation, qui n’aurait peut-être jamais lieu sinon.
La parole des victimes
On a par ailleurs entendu ces jours-ci un autre argument : celui que la confession permet parfois à des victimes de trouver une première écoute. Et là, on sort du cas limite pour arriver à quelque chose de beaucoup plus courant. Parce qu’elles se sentent protégées par le secret du confessionnal, certaines victimes y trouvent parfois l’espace qui leur permet de mettre des mots sur les abus ou les violences subies. Enlevez cette garantie de confidentialité, et certaines auront tout aussi peur de parler qu’ailleurs. Au-delà des bonnes intentions qui poussent certains à vouloir lever le secret, ces situations doivent aussi être prises en compte. Mais je ne voudrais pas ne reprendre ici que les arguments catholiques classiques... au risque de passer à côté d’autres questions que nous devrions nous poser à l’occasion de ce débat.
Pour l’Église, il y a tout de même un examen de conscience à faire sur son rapport à ce qui relève ou non du secret. Car parfois, ce principe est tout de même à géométrie variable, et ça n’aide pas à sa bonne compréhension. Mais plus grave : il y aurait aussi un énorme travail à faire sur toutes ces fois où le confessionnal lui-même est devenu un lieu d’emprise, d’abus spirituel et d’agression. Je ne vais pas refaire le tour des affaires de ces dernières années. Il est urgent de renforcer les gardes-fous pour que la confession reste un espace qui libère, et jamais qui enferme. Enfin, plus généralement, il y aurait une réflexion à mener sur le rapport de nos sociétés au secret. Est-il encore souhaitable qu’il y ait des lieux où l’on peut se confier en toute confiance ?


Des chroniqueurs d'horizons variés nous livrent leur regard sur l'actualité chaque matin à 7h20, dans la matinale.
- Le lundi : Madeleine Vatel, journaliste au service foi & spiritualité de RCF ;
- Le mardi : Claire des Mesnards, pasteure de l'EPUdF et secrétaire exécutive du réseau européen chrétien pour l’environnement, et Elisabeth Walbaum, déléguée à la vie spirituelle à la Fédération de l'Entraide Protestante ;
- Le mercredi : Blanche Streb, essayiste, chroniqueuse, docteur en pharmacie, auteure de "Grâce à l’émerveillement" (éd. Salvator, 2023), "Éclats de vie" (éd. Emmanuel, 2019) et "Bébés sur mesure - Le monde des meilleurs" (éd. Artège, 2018), et Marie Wallaert de Lutte & Contemplation ;
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